Bruxelles : L’Europe se brûle en jouant avec le feu

La police et les urgences  belges à la Rue de la Loi suite à l'explosion à la station de métro Maelbeek, à Bruxelles, le 22 mars 2016© Vincent Kessler Source: Reuters
La police et les urgences belges à la Rue de la Loi suite à l'explosion à la station de métro Maelbeek, à Bruxelles, le 22 mars 2016

Les politiques criminelles de l'UE au Moyen-Orient ont contribué à la montée des humeurs terroristes parmi les citoyens de l'Union et désormais l'Europe paie le prix de ces politiques, estime le journaliste nord-irlandais Finian Cunningham.

Bruxelles, la capitale administrative de l'Europe, a été transformé en une zone de guerre suite à une série d'attentats à la bombe meurtriers qui ont poussé la ville à suspendre toutes ses liaisons de transport avec le monde extérieur. 

Deux explosions ont frappé l'aéroport international de Zaventem à l’heure de pointe matinale. Une heure plus tard, une station de métro dans le centre de Bruxelles, sous le siège du Conseil européen, a également été touchée par une troisième bombe. La troisième explosion s’est produite près de l'endroit où sont situés les principaux bâtiments de l'Union européenne et ses services annexes. Terrifiés, les membres du personnel administratif ont parlé de l’onde de choc ressentie dans les étages supérieurs des immeubles alors que, plus bas, le chaos et le carnage envahissaient les rues.

La capitale belge est aussi le siège de l'alliance militaire de l'OTAN sous commandement américain et qui prétend que son objectif est de maintenir la sécurité en Europe. Le Premier ministre belge, Charles Michel, a rapidement décrété l’état d’alerte et de sécurité maximale pour l'ensemble du pays et relayé les avertissements des autorités demandant à tout le monde, y compris aux travailleurs, de rester à l'intérieur ou à la place où il se trouvaient.

Le fonctionnement de tous les transports publics de la capitale belge a été suspendu, y compris celui du métro, des trains, des tramways et des bus. Tous les trains des réseaux ferroviaires Eurostar et Thalys reliant Paris et Londres à Bruxelles, ont été annulés pour des raisons de sécurité. Mais avant que la pagaille ne prenne fin, on a commencé à se poser des questions sur les actions des autorités belges et leur plans de sécurité.

Beaucoup de gens ordinaires ne pouvaient que se demander pourquoi le niveau d’alerte n’avait pas été relevé au maximum après la fusillade et l’arrestation de personnes suspectes de terrorisme dans la capitale et ses alentours, survenues la semaine précédente.

Si le centre politique de l'UE peut être atteint avec une apparente facilité, on redoute que de nouvelles attaques de ce type soient possibles

Vendredi dernier [le 18 mars], le Belgo-marocain Salah Abdelslam, recherché pour sa contribution présumée aux attentats de Paris du mois de novembre, avait été arrêté par la police au cours d’un raid dans un appartement dans la banlieue bruxelloise de Molenbeek. Quelques jours plus tôt, un autre suspect de terrorisme aurait été pris pour cible dans le quartier bruxellois de Forest par un agent de police en civil, opération lors de laquelle Salah Abdeslam avait réussi à s’échapper.

A la suite de ces raids, les autorités belges ont déclaré qu'elles avaient effectué une saisie d’armes importante, prévenant que d'autres membres de Daesh étaient en fuite. Lors du week-end qui a suivi, le ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders, a averti que des attaques terroristes étaient imminentes.

Il y a quelques jours, le président turc Recep Tayyip Erdogan a déclaré que les attentats terroristes qui ont frappé son pays au cours des dernières semaines pourraient se produire dans les villes européennes. Il a mentionné la ville de Bruxelles, en particulier. «Il n'y a aucune raison pour que la bombe qui a explosé à Ankara ne puisse pas exploser à Bruxelles [ou] dans toute autre ville européenne», avait-t-il dit même si le dirigeant turc faisait allusion aux militants kurdes et non aux djihadistes islamistes.

Suite au massacre de Paris du 13 novembre, les services de sécurité belges procédaient à des descentes dans des maisons de Molenbeek, la banlieue bruxelloise où la cellule de Daesh aurait préparé les attentats. Mais Salah Abdeslam, le suspect numéro 1, qu’on pensait être l’unique survivant du groupe de 11 personnes responsable des atrocités parisiennes, était parvenu à échapper à une arrestation pendant quatre mois, jusqu'au 18 mars, jour où il a finalement été capturé au terme d’un échange de coups de feu.

D’où une question : pourquoi les autorités belges n’ont-elles pas relevé le niveau d'alerte au maximum dans les jours qui ont précédé les récentes attentats ?

Bruxelles et d'autres capitales européennes sont maintenant en état d'alerte élevé. Si le centre politique de l'UE peut être atteint avec une apparente facilité en dépit de la forte présence militaire et policière, on redoute que de nouvelles attaques de ce type soient possibles.

Ce qui est aussi inquiétant, c’est qu’un nombre de citoyens de plusieurs pays de l'UE sont des terroristes djihadistes et qu’ils se sont rendus en Syrie pour y participer à la guerre

Le centre politique de l'Europe est en état de choc. Les réseaux de téléphonie mobile auraient été débordés, ce qui a aggravé l'inquiétude de la population. On craignait d’autres attentats immédiats ailleurs en Belgique, alors que les autorités, à Bruxelles comme dans d'autres capitales européennes, s’efforçaient d’appréhender l'ampleur de l'attaque.

En France, qui est déjà en état d'urgence, après les attentats de Paris du mois de novembre dernier qui ont fait 130 morts, le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, a annoncé que des milliers d'autres soldats et policiers étaient déployés autour de la capitale. Le Premier ministre britannique, David Cameron, a déclaré qu'il avait été choqué par les événements de Bruxelles et qu’il avait convoqué une réunion de sécurité d'urgence de son cabinet à Downing Street.

Le président du Conseil européen, Donald Tusk, et le chef de la politique étrangère européenne, Federica Mogherini, ont publié une déclaration déplorant le carnage.

Le Premier ministre suédois Stefan Lufven a souligné qu’il s’agissait «d’une attaque contre l’Europe démocratique».

Ce qui est également inquiétant, c’est qu’il est connu qu’un nombre de citoyens de plusieurs pays de l'UE, dont la Grande-Bretagne, la France, le Pays-Bas et l'Allemagne, sont des terroristes djihadistes et qu’ils se sont rendus en Syrie pour y participer à la guerre. Beaucoup de ces djihadistes sont soupçonnés d'être rentrés dans leur pays d'origine, à partir du moment où la guerre en Syrie est devenue moins intense en raison de la trêve.

Aux prises avec une crise de réfugiés – résultat du conflit syrien – et déchirée par des querelles entre ses Etats-membres au sujet des contrôles aux frontières, l'Union européenne connaît des tensions croissantes. La dernière attaque dans son centre administratif, Bruxelles, ne fera que compliquer le défi sécuritaire déjà important pour ses 28 membres.

Les pouvoirs de l’état d'urgence et les mesures autoritaires inévitables contre des communautés arabes, comme celles à Molenbeek et dans d'autres villes européennes, vont aggraver le problème de la gestion par l’Europe de la menace terroriste.

Cette attaque terroriste meurtrière à Bruxelles, au centre de l'Europe, opérée sous le nez de nombreux agents de sécurité, souligne, de plus, la vulnérabilité à de telles attaques.

La guerre secrète de l'UE, des Etats-Unis et de leurs alliés régionaux en Syrie a servi à motiver les futurs djihadistes de l'Europe entière à se rendre en Syrie pour combattre

Mais il reste une question encore plus importante : seraient-ce des contrecoups ?

L'UE peut officiellement nier toute relation, mais le fait est que les pays européens ont aussi alimenté le conflit en Syrie. La Grande-Bretagne et la France en particulier, avec les Etats-Unis et les alliés régionaux comme la Turquie et l'Arabie saoudite, ont déclenché une guerre secrète en Syrie pour renverser le gouvernement d’al-Assad en mars 2011.

La Grande-Bretagne et la France sont connues pour avoir fourni des armes aux soi-disant «rebelles modérés» en Syrie, tout en essayant de renverser Assad. Ces armes n’ont pu que se retrouver entre les mains des brigades terroristes liées à Al-Qaïda ou Daesh, qui a revendiqué la responsabilité des attentats de Paris et qui sont sans aucun doute impliqués dans les atrocités de Bruxelles de cette semaine.

La guerre secrète de l'UE, des Etats-Unis et de leurs alliés régionaux en Syrie a, à son tour, encouragé les futurs djihadistes de l'Europe entière à se rendre en Syrie pour combattre. Un «adieu aux armes» ne devrait pas concerner ces djihadistes, même s’ils sont de retour en Europe.

La politique secrète criminelle de changement de régime en Syrie, dont l'UE a en partie été complice, produit maintenant un contrecoup horrible dans les rues de l'Europe, en réalité, au cœur même de l'Europe.

Les politiciens européens vont sans aucun doute appeler à des mesures d'urgence plus draconiennes encore, à la suite de ce carnage. Mais, en fin de compte, ce sont les politiques criminelles de l'UE qui leur retombent sur le nez.

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