Trop fort Bruno Denaes, le médiateur de Radio France !

Bruno Denaes et Vladimir Poutine© (C) AFP (C) Sputnik
Bruno Denaes et Vladimir Poutine

Demander à Radio France «une pluralité de vues pour mieux comprendre les problèmes complexes actuels»? Une aspiration digne d'un «rêveur», estime l'économiste Olivier Berruyer.

Petit coup de gueule du soir.

Radio France dispose d’un médiateur pour «porter votre parole auprès des unités de programmes et des rédactions».

Après un nouvel accès de racisme ordinaire anti-russe sur les ondes, un auditeur a réagi en saisissant le médiateur :

«Depuis un moment déjà une sorte de propagande anti-russie semble régner au sein de la rédaction comme de certaines émissions sur tous les «fronts» (intérieur, personnel/Poutine, Syrie, Crimée, etc.). Celle-ci s’entend dans les tournures des journalistes eux-mêmes mais surtout dans les interventions des correspondants et des «experts» choisis pour intervenir et dont l’orientation est assez systématique. Il n’est pas rare d’entendre deux et même trois de ces dernier(e)s invités en même temps et défendre un point de vue identique, ce qui de surprenant devient ridicule de caricature. On a l’impression d’écouter radio-OTAN… faire son travail de désinformation pour formater l’opinion. Un minimum de pluralité de vues serait bienvenue».

Demander une pluralité de vues pour mieux comprendre les problèmes complexes actuels ? Quel rêveur !

Voici la réponse de Bruno Denaes, nouveau médiateur de Radio France :

«Non, il ne s’agit pas de propagande, mais de faits et d’explications de ces faits. A défaut, justement, d’être aveugle ou… militant, il est difficile d’admettre que la Russie soit un havre de démocratie (les médias sont à la solde du gouvernement), qu’elle défend les droits de l’homme en Syrie (elle s’est engagée auprès du dictateur qui dirige ce pays), qu’elle ne soit pas «impérialiste» (elle s’approprie la Crimée, appartenant pourtant à un pays légitime, l’Ukraine)…»

J’avoue avoir été scié – mais bon, après tout, le médiateur ne s’informe-t-il qu’en écoutant Radio France, ce qui doit expliquer tout ceci…

Tous nos journaux appartiennent à des milliardaires, et il n’en existe aucun d’opposition au Système actuel

Je précise que Bruno Denaes a été rédacteur en chef en charge de la journée, et qu’il intervient régulièrement à l’Institut de journalisme de Bordeaux-Aquitaine, de l’Ecole de journalisme de Toulouse et de l’ESJ Lille.

Je rappellerai que, bien évidemment, comme l’explique Chomsky par exemple (il est enseigné à l’ESJ ?), les médias de chaque pays réalisent une propagande qui va dans le sens de leur gouvernement.

Et que, oui, la propagande en Russie est souvent plus intense que chez nous – la différence étant cependant que les Russes, eux, ont facilement accès à des sources alternatives étrangères… Mais la propagande en Russie est le problème des Russes, le nôtre est de limiter au maximum celle que nous subissons en France – a fortiori si elle est subventionnée par nos propres impôts…

Nous avons «le gouvernement du peuple, par les énarques, pour le compte du 0,1 %»

Alors pour répondre à cette prose, je rappellerai par exemple :

  • que non, tous les médias en Russie ne sont pas «à la solde du gouvernement», il existe une presse d’opposition férocement anti-Poutine – et on lira dans ces journaux d’opposition des choses d’une virulence introuvable en France ;

  • que tous NOS journaux appartiennent à des milliardaires, et qu’il n’en existe aucun d’opposition au Système actuel ;

  • que je ne sais pas si la Russie est «un havre de Démocratie». Je sais qu’elle dispose d’un Président élu, populaire à 80/90 %, d’un Parlement élu, à la proportionnelle où tous les partis sont représentés équitablement, etc. Je sais que ce n’est pas parfait, mais quand on voit le parcours en 30 ans, on peut être optimiste ;

  • que je sais en revanche que la France n’est pas une Démocratie – qui s’entend comme «le gouvernement du peuple par le peuple pour le peuple» – puisque nous avons «le gouvernement du peuple, par les énarques, pour le compte du 0,1 %». Bien entendu, seuls les sots penseront que le contraire de la Démocratie est la Dictature, alors que le ce contraire de la Démocratie est la «non-Démocratie». La Dictature est une non-Démocratie, mais le système de non-Démocratie libérale dans laquelle nous sommes en est une aussi – évidemment bien plus confortable que la Dictature, vu que je peux (pour le moment) écrire ceci sans risquer une balle dans la tête demain. Mais notre combat devrait être d’instaurer la Démocratie chez nous (du genre «réaliser des référendums régulier et les respecter», «ne pas espionner sa population», «limiter les inégalités», «lutter contre la corruption du système politique», «arrêter d’effrayer la population en parlant sans cesse de terrorisme», etc). Quand on voit le parcours en 30 ans, on peut être très pessimiste ;

Je ne connais aucun gouvernement qui «défende les Droits de l’Homme en Syrie», ni ailleurs. C’est un conte pour enfants, comme le père Noël

  • que je ne connais aucun gouvernement qui «défende les Droits de l’Homme en Syrie», ni ailleurs. C’est un conte pour enfants, comme le père Noël. Eh oui, désolé, la géopolitique, c’est un peu plus compliqué que «les gentils contre les méchants»...

  • que je connais un gouvernement, le mien, qui défend des Djihadistes et leur a livré des armes (Hollande l’a lui même reconnu, ce qui est évidemment totalement illégal au niveau du droit international, mais chut), entrainant la mort de dizaines de milliers de troufions syriens (mais l’appelé du contingent syrien étant une «non-personne», sa mort n’émeut jamais un journaliste occidental), qui décore de la légion d’honneur un prince moyenâgeux d’un pays qui finance le terrorisme (l’Arabie), et négocie l’entrée dans l’UE d’un autre pays sponsor du terrorisme, qui vient d’ailleurs de la rançonner de 6 milliards d’euros (la Turquie) ;

  • dans notre Démocratie exemplaire, avec des Médias aussi indépendants, j’attends toujours l’enquête sur l’Élysée qui aurait trafiqué le rapport devant nous convaincre de bombarder Assad en 2013, et plus largement sur le rôle de la France dans la guerre en Syrie. Je recommande enfin l’écoute de cette formidable émission de France Inter : Daesh : autopsie d’un monstre, dont le reste de l’antenne de Radio France ferait mieux de s’inspirer…

  • qu’oser éructer sur «l’impérialisme» de la Russie en dit long sur les œillères du locuteur – surtout quand on appartient au pays qui a détruit la Libye (avec le soutien de Radio France qui a par exemple ouvert ses ondes à BHL pour qu’il y délivre sa propagande – à quel titre, on ne le saura jamais) , ultime victime d’une litanie de souffrance que nous avons causées dans le monde ;
  • que, quand la France, ancienne puissance coloniale, s’occupe de la Syrie, en aidant les allahuakbars locaux, c’est juste pour l’aider, hein…

On peut dire ceci sans être le moins du monde un soutien de Vladimir Poutine – il suffit juste d’avoir une certaine idée de l’éthique de la profession de journaliste

  • que, comme au Kosovo, le Parlement de la République Autonome de Crimée a voté son indépendance (et si ça s’appelle justement République Autonome, cela a des implications, hein…), mais qu’à la différence du Kosovo, la population (majoritairement russe) a voté pour son indépendance (le Parlement avait même demandé des observateurs de l’OCDE, mais l’Occident a refusé). Et que de nombreux juristes contestent le rattachement de la Crimée à l’Ukraine en 1954 (lire par exemple ici, ici ou ici – ça sert à ça le pluralisme…). L’Ukraine a eu le droit de quitter l’URSS, mais la Crimée n’aurait donc pas le droit de quitter l’Ukraine – pourquoi, on ne le saura pas…

  • et qu’enfin, je ne sais pas ce qu’est «un pays légitime» hein…

Et je re-précise qu’on peut dire ceci sans être le moins du monde un soutien de Vladimir Poutine – il suffit juste d’avoir une certaine idée de l’éthique de la profession de journaliste.

Bref, M. Denaes, n’hésitez pas à demander qu’on invite au hasard, Jacques Sapir, Pascal Boniface, Fabrice Balanche, Frédéric Pichon, Georges Malbrunot – vous allez apprendre plein de trucs !

Sans rancune – on compte vraiment sur vous – il n’y a pas de Démocratie sans Pluralisme…

Alors, si vous aussi vous avez des choses à dire au Médiateur, n’hésitez pas, on peut lui écrire ici, ou le contacter sur Twitter ici – c’est important de ne pas laisser passer…

Source : http://www.les-crises.fr

DU MÊME AUTEUR : Maïdan, 2 ans déjà : l’information sur l’Ukraine vue par le Monde

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