L’art consommé de la propagande ou comment accuser Poutine de tous les maux de l’Europe

Vladimir Poutine, le président russe Source: Sputnik
Vladimir Poutine, le président russe

Le gouvernement allemand a demandé à ses services de renseignement de déterminer si la Russie menait une campagne de propagande en Allemagne - une tentative de plus de présenter Poutine comme le croquemitaine de l'Europe. La rédaction de RT analyse.

Comme les informations quant à une prétendue désinformation menée par la Russie sont vagues et que Berlin n’indique pas leur provenance, on ne sait pas exactement ce qu’ils espèrent de découvrir. Le renseignement allemand aurait-il inventé un test décisif permettant de classer un point de vue discordant comme comme «propagande», ou va-t-il le faire au fur et à mesure de son enquête ?

Deutsche Welle, la chaîne d’information internationale allemande (financée avec de l’argent public, tout comme RT, afin de représenter le point de vue allemand, mais qui ne serait jamais qualifié de «propagande» par les médias occidentaux) affirme que les experts du gouvernement allemand s’inquiètent du fait que Moscou aurait préparé «une propagande systématique qui rappelle les méthodes du KGB de l’époque de la Guerre froide». L'ironie est que RT a été fondée comme un service d’information, précisément parce que la Russie, grâce à son passé soviétique, a très bien compris que la propagande n’était pas un bon moyen de faire entendre sa voix.

Ce ne serait pas surprenant si, dans quelques décennies, des documents d'Etat montraient qu’«accuser Vladimir Poutine de tout les maux» est en fait une politique officielle de notre époque

Qui veut se vautrer dans son canapé et regarder des informations, toutes passionnantes puissent-elles être, sur, sur la récolte de céréales à Stavropol ? Ou sur la polémique sur l’amitié entre la Russie et Cuba - sauf, peut-être, si le Buena Vista Social Club y figure ?

Et pourtant, cela n’empêche pas les services de sécurité allemands de tirer la sonnette d’alarme, vraisemblablement pour la simple raison que la radiodiffusion russe en langue étrangère existe.

Car, voyez-vous, comme le reconnaissent les médias allemands, les choses ne vont pas très bien en Allemagne et en Europe en général ces derniers temps et le coupable ne peut être plus évident à trouver : la Russie.

Ce ne serait pas surprenant si, dans quelques décennies, des documents d'Etat montraient qu’«accuser Vladimir Poutine de tout les maux» est en fait une politique officielle de notre époque.

La Russie semble être devenue le bouc émissaire pour toutes les difficultés contemporaines rencontrées par l'Occident. La seule chose qui les sauve est, qu’au moins, ils sont cohérents, ils ne pointent jamais du doigt quelqu’un d’autre. Surtout pas eux-mêmes.

Le maire de Londres, Boris Johnson, et le Premier ministre britannique, David Cameron, causent en ce moment plus de dégâts à l'UE que Poutine ne pourra jamais en faire

Ainsi, qu’a encore fabriqué la Russie ?

Récemment, les médias allemands ont accusé Moscou de tenter de détruire l'Union européenne via l'afflux de réfugiés syriens. Apparemment, la Russie «utilise les migrants à des fins militaires» pour déstabiliser l'institution. Et cela malgré le fait que plus d'un million de migrants sont arrivés en Europe au cours de l'été dernier avant que la Russie n’intervienne militairement en Syrie. En fait, la Russie est arrivée tardivement dans le bourbier du Moyen-Orient.

Moscou n’est intervenu que l'automne dernier et à la demande du gouvernement de Damas. Alors que de leur côté, l'Amérique et un certain nombre de ses amis de l'OTAN se sont largement immiscés dans les affaires de la région depuis 2003.

En 2015, l’espace Schengen s’est fissuré et les gouvernements à travers l'Europe ont commencé à résister aux sollicitations de Berlin pour accueillir des migrants. Certes, la Hongrie et la Slovaquie, qui résistaient le plus aux appels d’Angela Merkel, ont d'assez bonnes relations avec Moscou. Mais seul l’eurocrate le plus bercé d’illusions pourrait imaginer que la Grande-Bretagne, la Pologne et la Lettonie, tous les trois fanatiquement hostiles au Kremlin, étaient d’une certaine façon influencée par Poutine dans leur refus d’obéir.

De peur que vous ne l’oubliiez, rappelons que la Russie est également accusée d'avoir mené une «guerre hybride» contre l'Allemagne, censée faire partie d'une grande stratégie visant à détruire l'UE. Car, naturellement, toute mésaventure se déroulant entre Lisbonne et Athènes est causée par l'ingérence russe.

Les journaux de droite britanniques prennent de si ridicules positions sur l'Europe que les médias russes ne peuvent que les lire avec stupéfaction

Le vrai problème est à l’intérieur

En réalité, le maire de Londres, Boris Johnson, et le Premier ministre britannique, David Cameron, causent en ce moment plus de tort à l'UE que Poutine ne pourra jamais en faire. Moscou n'a pas influencé le deuxième membre le plus puissant de l'Union dans sa décision d'organiser un référendum sur le Brexit – un mouvement qui pourrait faire plus de dégâts à l'unité de l'Europe que, sans doute, aucun autre défi auquel pourrait faire face le continent. À moins que certains affabulateurs du camp «pro-Bruxelles» croient que Johnson et Cameron suivent les ordres du Kremlin ? Bien sûr, cela n'a pas empêché les lobbyistes pro-UE de d'agiter le spectre de Poutine dans leurs efforts destines voué à maintenir la Grande Bretagne dans l'union.

En outre, ils accusent Moscou de «propagande négative» envers l'UE. Mais la réalité est différente : la presse britannique fustige Bruxelles depuis des décennies. Les journaux de droite britanniques prennent de si ridicules positions sur l'Europe que les médias russes ne peuvent que les lire avec stupéfaction. Rupert Murdoch, propriétaire du Sun&The Times, a exercer des pressions sur les gouvernements du Royaume-Uni pendant quatre décennies, plaidant pour un retrait de l'Union Européenne, comme l’a affirmé l'ancien Premier ministre britannique, John Major.

Témoignant dans le cadre de l'enquête Leveson à Londres, John Major a révélé que juste avant l'élection générale de 1997, Ruppert Murdoch «a précisé qu'il n’appréciait pas mes politiques européennes, qu’il voulait que je les change». L’ex-Premier ministre britannique a poursuivi : «Dans le cas contraire, ses journaux ne soutiendraient pas le gouvernement conservateur. A ce que je me rappelle, il ne faisait aucune mention d'indépendance éditoriale, mais faisait référence à tous ses titres en disant «nous».

Alors que le Brexit et la crise des migrants sont en ce moment des dangers évidents pour Bruxelles, des défis économiques se profilent également. Il est vrai qu’en ce moment, en Russien tout n’est pas parfait non plus, mais les experts occidentaux ont fait en sorte que vous sachiez que «la Russie est tout à fait au bord de l'effondrement, nous le promettons !» D’une manière ou d’une autre, ils ne parviennent pas à remarquer que l'inflation reste en dessous d'1% [en Europe], les puissances européennes comme l’Italie et la France se forcent à retrouver une croissance qui continuer à leur échapper, tandis que les économies endommagées du Portugal et de la Grèce ne montrent aucun signe de reprise.

Paul Krugman, lauréat du prix Nobel d’économie, appelle cela une «stagnation séculaire». Paul Krugman n’est pas russe, d’ailleurs, et n'a jamais travaillé pour les médias russes.

Qui tire les ficelles ?

Une autre accusation fréquente contre la Russie est qu'elle essaie de semer le trouble au sein de l'UE en osant tenir des dialogues différents avec toutes sortes avec de pays différents. Il est difficilement choquant que Moscou puisse ne pas avoir pleine confiance en l’autonomie de la prise des décisions d'une organisation (UE) à laquelle le vice-président des Etats-Unis Joe Biden a reconnu avoir donné des ordres. «L’[Europe] ne voulait pas le faire» [imposer des sanctions à la Russie], jusqu'à ce que l'Amérique la pousse à faire des concessions, a-t-il fièrement déclaré en octobre 2014. Et donc, encore et encore, au lieu de faire face à leurs propres problèmes, certains acteurs de Berlin et Bruxelles préfèrent présenter ces derniers sous l'angle de malfaisants complots russes.

Le rapprochement entre Berlin et Moscou pourrait bien être le pire cauchemar de Washington

Ainsi, nous avons Stratcom Orient, qui reçoit des millions d'euros de financement de l'UE pour publier une feuille composée en grande partie de «dénonciations» d'activistes sur les réseaux sociaux qui ne fournissent que rarement, s’ils le font, des réfutations factuelles des informations diffusées par RT. Au lieu de cela, ils relatent simplement leur mécontentement sur les points de vue exprimés. Ô pluralisme ! RT, en passant, a une section (Facts vs. Fiction – les faits face à la fiction) pour contrer la désinformation flagrante dont elle est victime, lancée au moins six mois avant le projet Stratcom. Peut-être que pouvons-nous prendre ce projet comme une forme de flatterie très sincère ? Si ce n’est pas sur le fond, au moins sur la forme ?

L’obsession actuelle des médias allemands sur une éventuelle «guerre hybride» mentionnée ci-dessus est également très intéressante. Le terme représente un slogan de l’OTAN, destiné à attiser les craintes et à justifier la poursuite de l'existence de l'organisation militaire. Bien sûr, l'OTAN est avant tout un bras armé de la politique étrangère des Etats-Unis. Le rapprochement entre Berlin et Moscou pourrait bien être le pire cauchemar de Washington. Par conséquent, quelle meilleure façon de protéger les intérêts américains en Allemagne, si ce n’est en diabolisant la Russie et en semant la discorde entre les deux pays ?

Dans le passé, les échelons inférieurs du BND (Service secret allemand chargé de l’«enquête sur la propagande russe») étaient infiltrés par des espions de la CIA. En outre, les hauts responsables de la CIA et du BND coopèrent fréquemment. Il y a eu ensuite les révélations d’Udo Ulfkotte, un ancien journaliste de la Frankfurter Allgemeine Zeitung, qui prétend qu’en Allemagne, des journalistes reçoivent des pots-de-vin de la part de la CIA et du BND pour écrire des articles de propagande en faveur de l’OTAN. Enfin, l’establishment militaire américain considère depuis longtemps la Russie comme son premier adversaire au plan géopolitique et le président Poutine comme l'ennemi public numéro 1.

Lord Ismay, le premier secrétaire général de l'OTAN, est resté célèbre pour avoir déclaré que le rôle de l’Alliance était de «garder les Russes à l'extérieur, les Américains à l'intérieur et les Allemands sous tutelle». Tous les signes indiquent que la politique actuelle de l'OTAN se concentre sur la poursuite de cet objectif . Peut-on parier que l'establishment allemand accusera Poutine de cela aussi ?

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

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