Le Pentagone espère «ressusciter un cheval mort» avec un nouveau parti de l’opposition syrienne

© Hosam Katan Source: Reuters

En soutenant l’opposition syrienne, les autorités américaines reviennent à ce qui s’est avéré être un échec car il est impossible d’identifier «les méchants», explique Michael Maloof, expert américain de la politique de sécurité.

Le général Lloyd Austin, le chef du Central Command des Etats-Unis, a proposé de réactiver la formation des «rebelles» en Syrie, un programme annulé au mois d’octobre dernier en raison de son échec. Washington a toujours eu du mal à déterminer quels étaient les combattants qui méritaient d'obtenir des financements et des équipements américains, qui finissent souvent dans les mains des terroristes.

RT : Pourquoi le Pentagone veut entraîner des combattants en Syrie à l’heure actuelle, si le cessez-le feu est globalement respecté ?

Michael Maloof : Je pense que le Pentagone tente de ressusciter un cheval mort. Il n'y a pas moyen de définir qui sont les gentils et les méchants au sein de cette soi-disant opposition syrienne. Je ne sais pas pourquoi le Pentagone veut revenir en arrière et ressusciter quelque chose qui s’est avéré un échec lamentable dans le passé récent, car le problème reste le même : vous ne pouvez pas vraiment définir qui sont les méchants.

Nous avons dépensé 500 millions de dollars, et seulement 5 stagiaires ont réussi et ont été envoyé sur le terrain

S'ils pensent que ce cessez-le feu va être une base pour rassembler des troupes suffisantes pour combattre Daesh, je pense qu'ils rêvent une fois de plus, parce que le but de ces combattants reste de renverser Bachar el-Assad, le président de la Syrie. Ils n’ont pas l’intention de lutter contre Daesh.

Ensuite, la question c’est : où les formez-vous ? La Turquie est déjà largement impliquée avec sa lutte contre les Kurdes et donc, la lutte contre Daesh reste, pour elle, une chose secondaire. Du coup, l’entraînement et le processus de vérification pour savoir qui ira combattre Daesh, est encore une autre chose.

Nous avons dépensé 500 millions de dollars, et seulement 5 stagiaires ont réussi et ont été envoyé sur le terrain. Il y en avait 45 : 40 d'entre eux ont été tués dans une embuscade ; 5 ont survécu. Tout d'abord, c’est un très mauvais investissement. Ensuite, cela démontre une fois de plus une absence de stratégie car il a été clairement démontré qu’on ne pouvait pas faire confiance à ces forces de l’opposition.

Si nous avons affaire à un groupe qui prétend être opposé à Daesh, comment peut-on le vérifier ?

RT : Que faudrait-il modifier dans ce programme pour que ce type d’échec, comme par exemple, le fait que des armes américaines tombent entre les mains des terroristes, ne se reproduise plus ?

M. M. : Il n'y a pas moyen d’en faire un succès. Ils ont déjà démontré au cours de près d'un an, en essayant d’examiner et de recruter [des gens], qu'ils ne pouvaient pas le faire. Et il y a l'Arabie saoudite qui dépense maintenant encore plus d'argent, qui fait passer de l'argent en Turquie pour payer les combattants et à Daesh, pour s’en prendre aux Kurdes et à Assad.

Vous devez garder à l'esprit d’où vient l'argent. Et ensuite, où trouver les recrues ? Comment est-ce qu’on enquête sur elles ? Comment pouvons-nous discerner [leurs intentions] ? Si nous avons affaire à un groupe qui prétend être opposé à Daesh, comment peut-on le vérifier ? Il n'y a aucune façon de le faire. Il s’agit, encore une fois, d’une absence de stratégie de notre côté et nous devrions travailler plus pour [le succès du] cessez-le-feu, [nous devrions] essayer d'aider les Kurdes, car ils représentent le principal contingent de troupes au sol lourdement impliqué dans les combats en ce moment. Nous avons besoin de ce genre de stratégie, à l'unisson avec nos partenaires, nos alliés. Je ne sais pas où sont les troupes turques ou saoudiennes. Vont-elles intervenir ? Vont-elles combattre Daesh ? Non, elles vont s’en prendre à Assad...

Ce projet est donc voué à l’échec.

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