La Grèce panique alors que l'Europe claque la porte au nez des réfugiés

Des migrants tentent de faire tomber une partie de la barrière lors d'une manifestation à la frontière gréco-macédonienne le 29 février 2016© Alexandros Avramidis Source: Reuters
Des migrants tentent de faire tomber une partie de la barrière lors d'une manifestation à la frontière gréco-macédonienne le 29 février 2016

Un temps, la Grèce a profité de la crise des réfugiés en transférant des gens vers l'Europe. Mais la situation change, et le système Schengen est au bord du gouffre, estime Laslo Maracz, professeur des études européennes à l'Université d'Amsterdam.

RT : En matière de migration, cette semaine a été compliquée pour l'Europe et surtout pour la Grèce.

Vous attendez-vous à des décisions importantes lors du sommet dédié à ces mouvements de population, dans dix jours ?

Laslo Maracz : Je ne pense pas qu'il y aura une solution d'ici dix jours. Je pense que le commissaire grec aux Affaires intérieures essaye de faire pression sur ce sommet, mais en réalité, c'est son pays qui aurait du faire plus pour la protection des frontières externes, comme l'impose le traité de Schengen. Et c'est ce que la Grèce a échoué à faire. Maintenant, d'autres pays, qui sont aussi mis à mal par cette arrivée massive de migrants, sont en train de fermer les frontières. La situation qui est en train de se créer est telle que la Grèce va être le pays où les migrants seront bloqués. Donc les politiciens grecs sont désormais en panique.

RT : Les Grecs disent qu'on les a laissés seuls gérer la crise des migrants. L'Union européenne en fait-elle assez pour aider ?

Le système de Schengen a déjà implosé

Laslo Maracz : C'est une crise qu'on aurait pu prévoir des mois avant qu'elle ne se produise. L'heure de vérité est venue. L'Europe n'a rien fait pour protéger ses frontières externes. L'Allemagne a mené cette politique imprudente de portes ouvertes et l'Europe en paie maintenant le prix. Il y a beaucoup de chaos, de situations dangereuses dans nos villes européennes. La Grèce profitait de la situation, car elle transferait ces gens vers l'Europe et cela lui a rapporté gros. Maintenant, ils sont coincés et paniquent. Jusqu'à présent ils n'ont pas accepté le plan de soutien européen. Ils ont voulu régler le problème par eux-mêmes. Je ne vois donc aucune solution raisonnable aparaître en l’espace de dix jours, puisque l'Union européenne n'y est pas prête.

La situation sera très dangereuse lors des semaines à venir

RT : Des pays mettent de plus en plus en œuvre des mesures unilatérales pour empêcher les migrants d’entrer. Pensez-vous que Bruxelles a suffisamment de pouvoir pour les convaincre d’abandonner de telles mesures ?

Laslo Maracz : Le système de Schengen a déjà implosé. Soyons honnêtes. Partout en Europe il y a des contrôles, des clôtures, des patrouilles mobiles aux frontières... Il y a peu, le Premier ministre slovaque Robert Fico a proposé de construire une clôture avec l'Autriche. Pouvez-vous imaginer une clôture entre la Slovaquie et l'Autriche, au cœur de l'Europe ? C'est pourtant la réalité. Et les gens ne parlent que des projets qu'ils ont. Ils veulent mettre un terme à cette situation, ils veulent qu'il y ait un contrôle des frontières extérieures, ils veulent inciter la Turquie à en faire plus, ils veulent lui donner de l'argent, ils veulent avoir recours à l'OTAN. Nous avons entendu tant de scénarios et rien ne s'est produit jusqu'à présent. Par conséquent, maintenant nous sommes au bord de l'effondrement du système. La situation sera très dangereuse lors des semaines à venir.

En commentant les possibles solutions à la crise des réfugiés que traverse l'Union européenne, un député britannique du parti UKIP, Stephen Woolfe, a déclaré : «Tout d'abord, il faut un véritable rassemblement des forces afin de mettre fin à la guerre en Syrie, qui est manifestement la cause de l'arrivée de la plupart de réfugiés syriens. Ensuite, il faut qu’Angela Merkel reconnaisse son erreur monumentale de dire que tout le monde pourrait venir en Allemagne, sans reconnaître qu'il fallait stopper les migrants économiques. Il faut que son gouvernement et elle-même envoient un message très clair affirmant qu'ils ne vont s'occuper que de véritables demandeurs d'asile, et ça c'est l'un des éléments clés en ce moment. Enfin, il faut que les [représentants]américains, australiens, néo-zélandais, ainsi que ceux des pays européens et du Moyen-Orient se réunissent lors d'une conférence internationale et se demandent : «Comment gérons-nous les migrants qui se sont déjà enfuis de [leurs] côtes et sont maintenant bloqués en Grèce ?»

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