Parlementaire britannique : l’intervention russe en Syrie a mené à des perspectives de paix

Un avion humanitaire russe arrive à l'aéroport de Lattaquié Source: Reuters
Un avion humanitaire russe arrive à l'aéroport de Lattaquié

Quelles sont les perspectives du cessez-le-feu qui doit être mis en œuvre dans la nuit de vendredi à samedi ? Quatre experts livrent à RT leurs points de vue sur le sujet.

Malgré la rhétorique antirusse occidentale liée à l'intervention russe en Syrie, des politiques comme John Kerry comprennent qu’un dialogue entre puissances est nécessaire, explique le député britannique Daniel Kawczynski.

RT : Etes-vous optimiste quant aux perspectives du cessez-le-feu ?

Daniel Kawczynski : La première chose est qu’il est très, très important que les Etats-Unis comprennent l'importance du rôle que la Russie a à jouer dans le rétablissement de la paix en Syrie. Pendant une période considérable, il y a eu beaucoup de rhétorique antirusse et d'hystérie en Occident concernant l'intervention de la Russie. Mais, comme John Kerry nous l’apprend maintenant, c’est grâce à l'implication de la Russie dans cette guerre, menant à des discussions constructives, que la paix devient possible. Je me réjouis donc de ce changement de ton.

Si la Syrie était l’objet d’une partition, cela conduirait à encore plus d'instabilité à plus long terme

Hier, j’étais à une réunion de l'Union européenne à Bruxelles pour les membres du Foreign Affairs Select Committee (comité spécial chargé des affaires étrangères).

Nous avons rencontré le Secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg. Je l’ai mis sous pression en ce qui concerne l'importance d’une collaboration accrue avec la Russie. Pas seulement dans le cas de la guerre civile syrienne, mais de façon générale, dans le monde entier. Nous avons besoin d'un dialogue efficace et constructif avec cette puissance régionale afin de commencer à résoudre certains problèmes graves auxquels les Russes et nous-mêmes faisons face.

RT : Quelques jours avant la fin supposée des hostilités, John Kerry a dit que si le cessez-le-feu échouait, il y aurait un «plan B» qui signifierait essentiellement une partition de la Syrie. Est-ce que le moment choisi et le concept en lui même sont une surprise pour vous ?

Daniel Kawczynski : De manière évidente, si la Syrie faisait l’objet d’une partition, cela conduirait à encore plus d'instabilité à plus long terme.

C’est quelque chose qui m’inquiète. Ce serait un saut dans l'inconnu si ce pays était divisé – du même ordre que les discussions que nous avons eues au cours des derniers mois au sujet de la Libye, un autre pays où on a parlé de partition.

Chaque fois que l'on mentionne une partition, il faut prendre la chose avec prudence et l’évaluer en fonction de ses possibles répercutions.

Donc, cela ne me surprend pas que John Kerry l’évoque potentiellement à ce moment précis, mais beaucoup de parlementaires britanniques et moi-même espérons sincèrement que la Syrie puisse rester une, comme cela est le cas jusqu’à présent.

Armes, combattants, clandestins – tous cela passe par la frontière turque

La Turquie veut créer des zones tampons non pour les réfugiés mais pour les groupes terroristes

Patrick Henningsen, analyste géopolitique de 21st Century Wire, suggère que la partition ou la création de zones tampons ne seraient pas des options sûres pour les réfugiés et bénéficieraient surtout aux militants terroristes.

RT : Considérez-vous que la partition de la Syrie est une solution viable au conflit ?

Patrick Henningsen : Il est intéressant qu’ils appellent cela le «plan B». Je crois que le «plan B» est identique au «plan A». Je considère, en ce qui concerne l’Occident, que la partition de la Syrie a toujours été la finalité du jeu.

L’objectif final était le démantèlement de la Syrie. Sur le court terme, cela bénéficie à la Turquie. Cependant, je pense que cette partition n’a absolument aucun sens aux yeux du peuple syrien.

Ils bluffent un peu à ce stade. Je pense que les Etats-Unis essayent de gagner du temps. La Turquie tente de gagner du temps en raison des progrès incroyables réalisés à la fois par le partenariat entre les armées russe et syrienne cherchant à repousser les terroristes – il n'y a pas d'autre issue pour eux depuis les bastions comme Alep, des endroits clés en ce qui concerne l'étanchéité de la frontière.

Armes, combattants, clandestins – tous cela passe par la frontière turque. La Turquie veut une zone tampon de 10 kilomètres et elle ne va a priori pas l’obtenir pour le moment. Cette partition ou création de zones de sécurité, dont parlent les Etats-Unis, ce ne sont pas des zones de sécurité pour des réfugiés, ce sont des zones sécurisées pour les groupes de combat terroristes.

De combattants efficaces soutenus par les Etats-Unis en Syrie à islamistes radicaux

Durant ces années, les Etats-Unis ne contrôlaient pas assez bien ceux qui recevaient les armes – les combattants efficaces sont ainsi devenus les islamistes radicaux, en particulier ceux de Daesh et du Front al-Nosra, estime l’ancien analyste de la CIA et agent du Département d’Etat, Larry Johnson.

La Russie fait un geste de générosité en laissant John Kerry penser qu'il a accompli quelque chose

RT : Que pensez-vous de cette annonce de John Kerry évoquant un éventuel «plan B» ?

Larry Johnson : Les Etats-Unis se rattrapent aux branches. La politique américaine en Syrie s’est complètement effondrée. Souvenez-vous que c’est au début du printemps arabe que les Etats-Unis ont intensifié leur financement puis se sont mis à armer des groupes d'opposition en Syrie.

Nous [les Etats-Unis] avons vraiment contribué au début de cette guerre civile qui a éclaté en Syrie, essentiellement en encourageant les groupes d'opposition, presque en les incitant à la violence. Quand ils ont commencé à combattre le gouvernement syrien et que ce gouvernement a entrepris d’y répondre, nous avons aidé à provoquer une confrontation et ensuite avons fait un pas en arrière pour dire : «C’est horrible ! Le gouvernement syrien doit cesser cela.» Mais ce qui est arrivé au cours des années qui ont suivi, c’est que les Etats-Unis ne contrôlaient pas assez bien qui recevait les armes.

C’est alors que des combattants efficaces se sont transformés en islamistes radicaux, particulièrement au sein de Daesh et du Front al-Nosra.

Il s’est avéré que ces groupes dits «modérés», que les Etats-Unis soutenaient pour prendre les commandes, n’étaient pas du tout appropriés. De fait, désormais, les Etats-Unis n'ont pas de politique efficace en Syrie.

C’est l'intervention de la Russie et de l'Iran, avec le soutien du gouvernement de Bachar el-Assad, qui a changé la dynamique militaire. Et fondamentalement, il s’agit d’amener ces groupes sunnites islamistes non radicaux à faire face à un choix : soit être éliminés, soit retourner à un processus politique normal.
Je pense qu'ils sont désespérés par le tour que cela a pris. Au même moment, la guerre contre les islamistes radicaux se poursuit – et on n’en a pas vu la fin. De ce point de vue, je pense que, peut-être, la Russie fait un geste de générosité en laissant John Kerry penser qu'il a accompli quelque chose.

La Turquie deviendra folle en cas de partition de la Syrie

Si la Syrie est divisée, la Turquie sera absolument insatisfaite et bombardera le pays encore plus, étant donné que les nouvelles parties appartiendront aux Kurdes, estime Daniele Ganser - professeur d’histoire contemporaine à l'université de Bâle, auteur du livre NATO's Secret Armies: Operation Gladio and Terrorism in Western Europe.

RT: Le président turc a réaffirmé qu'il ne devrait y avoir aucune distinction entre Daesh et les Kurdes combattant les terroristes en Syrie, car ce sont tous des extrémistes aux yeux d'Ankara. De quelle manière les commentaires d'Erdogan pourront-ils avoir une effet sur le succès du cessez-le-feu ?

Daniele Ganser:  Tout d’abord, je pense qu'il est très important de dire que ceci est un pas important dans la bonne direction, car tous ceux qui observent la guerre en Syrie savent que les Etats-Unis et la Russie sont les forces les plus puissantes de celles impliquées. S’ils se mettent d’accord pour appliquer le cessez-le-feu, c’est un signe vraiment encourageant. Nous verrons samedi si cela va fonctionner.

RT: Au sujet du «plan B» de John Kerry, quel pourrait être le résultat pour la région dans son ensemble si la Syrie devait être divisée ?

Daniele Ganser:  Ce serait une mauvaise idée. Vous prendriez une partie de la Syrie, essentiellement le Nord, qui serait alors un Kurdistan ; vous prendriez une partie de l'Irak, qui serait également un Kurdistan ; ensuite - et là ça devient très délicat - vous prendriez une partie de la Turquie, qui serait également un Kurdistan. La réunification de ces trois régions serait la réalisation du rêve des Kurdes.
Cela fait longtemps qu’ils veulent avoir un pays et ce sont essentiellement les puissances coloniales européennes qui les ont dispersés dans trois pays différents il y a des décennies. Si cela se faisait, cela ne signifierait pas la paix au Moyen-Orient, car – et à juste titre – les Turcs deviendraient complètement fous et intensifieraient leurs bombardements. Et le nouveau Kurdistan ne vivrait pas très longtemps.

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

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