«Fin de partie» pour les terroristes ?

Soldats de l'armée syrienne utilisant une pièce d’artillerie dans la province d'Idlib, dans le nord-ouest de la Syrie.© Ilya Pitalev Source: Sputnik
Soldats de l'armée syrienne utilisant une pièce d’artillerie dans la province d'Idlib, dans le nord-ouest de la Syrie.

La Turquie et l'Occident sont-ils à la recherche d’un prétexte pour engager une opération au sol contre Bachar el-Assad ? Jim Jatras, ancien diplomate américain et actuel conseiller politique du parti Républicain au Sénat, livre son point de vue.

RT : Pourquoi Kerry dit-il juste après la conclusion de l’accord de Munich qu’Assad doit partir, alors que pendant ces négociations il a été souligné que toutes les parties, y compris Assad, devaient négocier ?

Jim Jatras : Dire que la grande majorité du peuple syrien veut qu’Assad parte ne repose sur rien. Il est certain qu’une très grande proportion de la population syrienne, peut-être la majorité, veut vraiment qu’Assad reste, si l'autre branche de l’alternative est une sorte d’Etat sunnite sectaire où règne la charia. Quant au fait qu'il répète qu’Assad doit partir - il est clair qu’il subit beaucoup de pression de la part de nos prétendus alliés dans la région, en particulier les Saoudiens, les Turcs et les Etats du Golfe, pour qui le seul intérêt réel dans ce combat reste le départ d’Assad et le changement de régime. Et franchement, ils commencent à désespérer. Ils voient comme avance l'armée syrienne appuyée par les forces aériennes russes, ils voient que les terroristes font face à ce qui pourrait être pour eux la fin de la partie, et ils essaient de trouver de sortir un lapin de leur chapeau.

RT : Pourtant, il pourrait sembler logique à beaucoup de monde que, si un accord est conclu, s’il y avait des élections à la fin de tout cela, ce serait au peuple syrien de décider qui devrait diriger le pays. Si John Kerry dit qu'il croit que la majorité des gens sont contre lui [Bachar al-Assad], dans ce cas il serait certainement sorti par les urnes, n’est-ce pas ?

Jim Jatras : C’est ce qu’on pourrait croire, mais apparemment ce n’est pas assez bien. Faire un jugement a priori pour déterminer qui serait une élite dirigeante véritablement populaire, qu’est-ce que cela donnerait? C’était notre ligne de conduite quand nous avons dit que Mouammar Kadhafi devait partir, que Saddam Hussein devait partir, et regardez comme ça s’est bien terminé.

RT : Nous voyons certaines puissances internationales comme la Turquie et l'Arabie Saoudite dire que Daesh ne peut être défait tant qu’Assad est au pouvoir. Quelle est la logique de cet argument?

Si Alep est sur le point d'être libéré par l'armée syrienne, si le couloir terroriste en Turquie risque d'être fermé – cela signifie qu’on pourrait être proche de la fin de partie pour les forces visant le changement de régime

Jim Jatras : Il n’y en a aucune. En fait, c’est l’inverse. A moins que l'Etat syrien ne puisse être stabilisé, et que nous voyions ce que le peuple syrien veut décider pour l'avenir, c’est une chose. Mais jusqu'à ce que la Syrie soit stabilisée et que les terroristes soient vaincus – et rappelez-vous, il n'y a pas que Daesh, il y a Al-Nosra, Jaysh al-Islam, Jaish al-Fatah, tous des groupes terroristes, plus ou moins radicaux les uns que les autres, si ça peut se mesurer, et dont la plupart ne sont même pas syriens –, jusqu'à ce que ces personnes soient vaincues, et de préférence tuées, il n'y a tout simplement aucun moyen que le peuple syrien puisse retrouver  une vie raisonnable, quelle que soit sa forme.

RT : Et à plus court terme, quelles sont les chances d'obtenir effectivement une trêve durable ? Nous avons entendu dire qu'il y aurait une cessation des hostilités, mais il semble qu’on soit loin, très loin, d’en faire quelque chose de significatif, comme un cessez-le feu.

Jim Jatras : En effet. Et gardons à l'esprit que cela reflète le désespoir dont j’ai parlé plus tôt. Si Alep est sur le point d'être libéré par l'armée syrienne, si le couloir terroriste en Turquie risque d'être fermé – cela signifie qu’on pourrait être proche de la fin de partie pour les forces visant le changement de régime. Voilà pourquoi ils veulent une sorte de cessez-le-feu. Ils espèrent que cela leur permettra de retrouver un nouveau souffle. Aussi, ne mettons pas totalement de côté la possibilité d'une sorte de provocation - comme nous avons vu à Ghouta avec des armes chimiques en 2013, à Racak au Kosovo, à Srebrenica en Bosnie - où ils pourraient accuser l'armée syrienne ou l'armée de l'air russe d’une catastrophe humanitaire horrible qui justifierait un certain type d'intervention.

RT : Justement, à ce sujet : la CIA a dit que Daesh, comme elle le croit, utilise des armes chimiques, ce qui devrait certainement servir à l’idée que tout monde doit lutter contre Daesh ensemble, n’est-ce pas ?

Jim Jatras : On le penserait. Et rappelez-vous : l'idée que les forces anti-gouvernementales possèdent des armes chimiques n’est certainement pas nouvelle. Nous le savions il y a déjà deux ans. Je pense que le réel danger serait ce fait soit utilisé comme prétexte pour une sorte d'intervention ouvertement contre Daesh, mais dont  la cible réel serait le gouvernement syrien et le président Assad.

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