«Les Etats-Unis sont incroyablement rancuniers lorsqu’il s’agit des lanceurs d’alerte»

Julian Assange à l'ambassade d'Équateur à Londres, le 5 février 2016© Toby Melville Source: Reuters
Julian Assange à l'ambassade d'Équateur à Londres, le 5 février 2016

Assange a assuré aux lanceurs d’alerte plus de sécurité et plus de soutien et a embarrassé le gouvernement et les services de renseignement américains, c'est pourquoi ils veulent à tout prix son extradition, confie Annie Machon à RT.

Les Etats-Unis sont rancuniers lorsqu’il s’agit des lanceurs d’alerte et n’importe qui peut être accusé d’espionnage et emprisonné à vie pour avoir publié des informations, a dit l’ex-agent du MI5 Annie Machon. Assange a permis aux lanceurs d’alerte de le faire avec plus de sécurité et de soutien, a-t-elle ajouté.

Le jury de l’ONU a annoncé vendredi sa décision au sujet du dossier Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks. Il pourrait être en mesure de quitter l'ambassade équatorienne de Londres après près de quatre années cloîtré là-bas. Selon le groupe de travail de l’ONU, le lanceur d’alerte a été «détenu arbitrairement en infraction des engagements internationaux». L’avocat d’Assange Melinda Taylor a déclaré à RT que la Grande-Bretagne et la Suède ont l’obligation d’honorer la décision de l’ONU.

RT : Que signifie la décision favorable de l’ONU pour Assange ?

Annie Machon : Cela renforce certainement ses moyens de négociation. Le dossier dans son intégralité a été extrêmement politisé. Quant aux allégations qui ont été portées contre lui en Suède il y a des années – trois d’entre elles ont déjà été abandonnées, parce qu’elles ont expiré. Toutes les charges ont été initialement abandonnées par le procureur chargé de l’enquête et n’ont été rétablies que dans un dossier très politisé pour essayer de piéger M. Assange et le faire retourner en Suède où il s’exposera en effet à une extradition légale, ce qu’on appelle «reddition temporaire» où les Suédois le remettront aux Etats-Unis pour qu’il fasse face à tout ce que les Etats-Unis voudront faire de lui. Et puis une fois sa peine purgée aux Etats-Unis, ils le feront revenir en Suède pour qu’il soit confronté aux autres accusations, ou plutôt la seule allégation restante. Toute cette affaire a été intensément politisée. Le fait qu’il est également réfugié politique et qu’on lui a refusé ce statut de réfugié, qui est son droit, est assez choquant.

Toute personne peut être accusée d’espionnage ou emprisonnée pour le reste de sa vie dans un donjon américain, simplement pour avoir publié une information

RT : Qu’impliquerait pour lui qu’il réponde aux injonctions de la Suède ?

A.M. : Des avocats majeurs du Royaume-Uni, tels que Gareth Pierce, disent que cet accord bilatéral qui implique la «reddition temporaire» est une véritable menace pour lui. N’oublions pas l’existence d’un grand jury secret organisé en Virginie aux Etats-Unis pour le juger et pour trouver une loi qui leur permettra de le poursuivre. Même s’il n’est pas citoyen des Etats-Unis, ils veulent le juger sous l’«Espionnage Act». Donc, je crois que s’il part en Suède, le sort qui lui est réservé est bien triste et qu’ils le transféreront par la suite aux autorités américaines. La Suède a mauvaise réputation concernant les cas d’interprétation extraordinaire.

RT : L’appel d’Assange cite l’emprisonnement de Chelsea Manning comme un exemple de «destin probable» s’il est extradé aux Etats-Unis. Pensez-vous que cela pourrait être le cas ?

A.M. : Absolument. Et les Etats-Unis sont incroyablement en colère et incroyablement rancuniers lorsqu’il s’agit des lanceurs d’alerte. N’oublions pas que WikiLeaks est une plateforme de publication. Ainsi, ce qui menace cette nouvelle forme de média menace aussi toutes les formes de média. Et les médias traditionnels doivent aussi être au courant de cette menace potentielle, où toute personne peut être accusée d’espionnage ou emprisonnée pour le reste de sa vie dans un donjon américain, simplement pour avoir publié une information vitale au bien-être des citoyens informés, ce que font les lanceurs d’alerte. Et c’est ce qu’a permis Julian Assange aux lanceurs d’alerte avec une grande sécurité et un plus grand soutien que n’importe quel autre média traditionnel.  

RT : Les détracteurs de Wikileaks prétendent que ses publications ont mis la vie de nombreuses personnes en danger. Qu’en pensez-vous ? 

WikiLeaks ne provoquait pas de dommages à la sécurité nationale américaine

A.M.Ce que j’ai observé dans l’historique des publications de WikiLeaks est qu’ils ont été très prudents à éditer l’information sensible qui pourrait mettre en danger la vie de personnes. L’une des accusations répandues dans les médias dominants est qu’ils ont publié tous les dossiers et ensuite les ont édités. Ils ne l’ont fait que lorsque l’un des journalistes du Guardian a publié un mot de passe dans un livre en donnant accès aux dossiers non édités. Donc je ne pense pas qu’on puisse accuser WikiLeaks d’avoir provoqué de dégâts à des êtres humains ou toute sorte de dégâts à la sécurité nationale. Certains hauts fonctionnaires américains ont également observé qu’une fois la colère et l’hyperbole disparues, WikiLeaks ne provoquait pas de dommages à la sécurité nationale américaine. Cela n’a pas mis la vie des gens en danger. Ce que cela a provoqué, c’est l’embarras, et il a imposé la transparence sur tous les secrets du gouvernement le plus discret. Et c’est sûrement la première chose que nous, en tant que citoyens, exigeons des médias.

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RT : Il y a eu tellement de révélations sur tellement de sujets importants. Lequel est le plus troublant pour les Etats-Unis à votre avis ?

A.M. : La première grande histoire qu’a révélée Chelsea Manning en 2010 était un meurtre collatéral, une preuve filmée d’un crime de guerre flagrant. C’est ce qui les a réellement embêté pour commencer, ce qui les a réellement mis en colère, et ils ont voulu se venger. Cependant, des câbles diplomatiques ont aussi provoqué un embarras important. Et l’une des choses que les agences de renseignement ne tolèrent pas, c’est qu’on les examine à la loupe. La preuve de crimes de guerre ainsi que l’embarras suscité ont fait que les Etats-Unis sont très motivés à faire un exemple de cette nouvelle forme de publication que Julian Assange dirige.

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