«Sous prétexte de lutte antiterroriste, on permet d'étendre la surveillance sur les Français»

Manifestation contre une loi renforçant la surveillance, en Pologne Source: Reuters
Manifestation contre une loi renforçant la surveillance, en Pologne

Tandis que les autorités américaines annoncent que l’Europe ne se plaint plus de la surveillance exercée par Washington, Nicolas Krameyer d'Amnesty International France estime que la surveillance s'étend sous prétexte de lutte contre le terrorisme.

RT France : «Juste après Edward Snowden, nous recevions des délégation d’Européens, et tout ce dont ils voulaient parler, c’était de savoir à quel point il était horrible que les Etats-Unis espionnent leur pays. Après les attaques de Paris, on n’entend plus tout ça», a annoncé Ron Johnson, du Comité de la Sécurité intérieure et des Affaires gouvernementales. Que pensez-vous de cette déclaration ?

Nicolas Krameyer : Il est évident que les pays européens s’inquiètent de la surveillance de Washington quand il s’agit de leurs intérêts économiques ou stratégiques majeurs. Mais ce que l’on voit malheureusement comme tendance c’est que nombre de pays européens commencent à développer exactement les mêmes systèmes d’intrusion dans la vie privée des gens au nom de la lutte contre le terrorisme.

C’est le cas de la France, qui a légalisé la surveillance de masse notamment à l’extérieur de ses frontières encore une fois. C’est le cas de la Pologne qui vient d’adopter une lois qui risque d’entrer en vigueur très rapidement, qui aussi élargit considérablement les pouvoir de surveillance en la matière. Et il y a aussi une coopération des systèmes de surveillance et des services secrets entre eux pour partager un certain nombre d’informations.

Mais bien sûr dès qu’il s’agit de la question de surveiller le président François Hollande ou la chancelière Angela Merkel, les pays européens sont extrêmement énervés par ces pratiques. Et c’est aussi pour ça qu’il y a une espèce de course à la surveillance où l’on essaye de faire de la contre-surveillance mais on ne le dit plus de manière aussi forte.

RT France : A quel point le sacrifice de la vie privée au nom de la sécurité est-il justifié ?

Nicolas Krameyer : Je pense surtout que c’est un faux problème qui est opposé par tous les tenants de la surveillance à tout prix. La sécurité tout le monde la veut, et il serait hors de question de dire que les défenseurs de la vie privée et de la liberté sont contre la surveillance dans un certain nombre de cas, sont contre la sécurité des citoyens.

Nous pensons bien au contraire que mettre des milliards de dollars dans des systèmes de surveillance de masse détourne des moyens très concrets que l’on pourrait mettre au profit d’une véritable recherche et d’une véritable surveillance des réseaux, qu’ils soient terroristes ou qu’ils soient criminels. Or aujourd’hui ce qu’il faut bien avoir en tête, c’est que la surveillance de masse ne vise absolument pas que les réseaux terroristes, elle vise des sujets extrêmement larges, toute personne qui contrevient aux intérêts majeurs de la France peut être visée. Si on dénonce les pratiques de la France, cela veut-il dire que l’on doit pouvoir être mis sous surveillance ?

Sous prétexte de lutte antiterroriste, on adopte aujourd’hui de plus en plus de lois qui permettent d’élargir énormément le potentiel de surveillance des services de renseignement dans le monde entier, pas qu’en France, pas qu’aux Etats-Unis.

RT France : Quelle est la réaction des organisations des droits de l’Homme suite à ces tentatives d’espionnage en règle ?

Nicolas Krameyer : Si je prends le cas de la loi renseignement en France, nous avons été des dizaines d’organisations : Amnesty International et toute la société civile, les rapporteurs spéciaux des Nations unies, le Conseil de l’Europe, la Commission européenne, toutes les institutions, toutes les ONG ont ouvertement dénoncé cette loi.

Il y a même eu des critiques extrêmement fortes dans les médias, mais la stratégie prise par le gouvernement français a été d’essayer de passer cette loi le plus rapidement possible, pour qu’il y ait le moins de débat citoyen possible.

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