Marie-Françoise Bechtel : «80% des Français sont pour la réinstauration du service national»

Des soldats français sur la base militaire française en Jordanie Source: Reuters
Des soldats français sur la base militaire française en Jordanie

Le service national obligatoire pourrait résoudre le problème d’intégration, estime l’auteure de la pétition pour sa réinstauration, la député de l’Aisne Marie-Françoise Bechtel.

RT France : Pourquoi avez-vous lancé l’initiative de la réinstauration du service national ?

Marie-Françoise Bechtel : Je l’ai lancée au lendemain des attentats du 13 novembre 2015. C’est pour tenir compte du fait que nous nous trouvons maintenant face à des actes de barbarie contre la Nation et contre ses citoyens. Des jeunes d’origine extrêmement variée posent les problèmes d’intégration nationale et républicaine dans notre pays. Or, il faut maintenant des mesures de longue durée sur cette intégration, et donc un service national qui serait repensé, un service du XXIème siècle, serait, je crois, la réponse dans la mesure où il serait obligatoire pour les deux sexes – c’est un point essentiel.

RT France : Pensez-vous que l’intégration des jeunes  en sera facilitée?

Marie-Françoise Bechtel : Oui. Je pense même que c’est la seule mesure vraiment efficace, parce que l’école joue son rôle, mais on n’est jamais sûr qu’elle le joue suffisamment. Là, nous sommes dans un dispositif qui signifie qu’il y a un devoir vis-à-vis de la collectivité nationale, et surtout que les jeunes sont dans un brassage social et géographique. C’est-à-dire que toutes les classes sociales, toutes les couches sociales, tous les niveaux d’études, tous les âges et toutes les zones géographiques s’entremêlent, se rencontrent.

Il s’agit surtout de défendre la patrie et pas d’agresser

RT France : Le service militaire a été suspendu sous Jacques Chirac en 1997. Est-ce que le retour du service peut être vu comme un pas en arrière ?

Marie-Françoise Bechtel : Personnellement je vois que 80% des Français sont pour, dont 69% des jeunes de plus de 18 ans. Je parle aux électeurs de ma circonscription, et ils sont à fond pour cette idée. C’est quasiment un raz-de-marée. Alors, retour en arrière, je veux bien, mais ça veut dire que beaucoup de gens veulent retourner en arrière. Le sondage dont j’ai parlé a été fait sur le plan national après les attentats de Charlie Hebdo, en janvier dernier. Je ne les connaissais pas quand je faisais ma pétition, on me les a montrés ensuite. J’ai constaté en effet que dans ma circonscription c’était bien la même chose. Je suis même surprise par la force de l’adhésion.

RT France: Et pourquoi, à votre avis, les gens soutiennent cette idée ?

Marie-Françoise Bechtel : Parce que les Français sont un peuple assez particulier. Ils sont toujours prêts à être sollicités sur la cohésion nationale, et ça nous est particulier. Le service national ça résulte de «La patrie en danger !» et du «peuple en armes» sous la Révolution française. Il s’agit surtout de défendre la patrie et pas d’agresser. Précisément nous sommes dans cette problématique aujourd’hui.

La France traverse une crise de sécurité et une crise d’intégration

RT France : Concernant les perspectives de l’adoption de cette initiative : pensez-vous qu’elle va véritablement adoptée par le Parlement ?

Marie-Françoise Bechtel : Il faut qu’il y ait une pression parlementaire suffisamment forte. Pour l’instant le président de la République a un peu bougé en élargissant le service civique, mais le service civique est volontaire, donc cela ne répond pas à la problématique que nous mettons en avant. Donc il faut une pression parlementaire forte et continue.

RT France : Dans la pétition, vous avez également évoqué le coût de cette initiative. En temps de crise, ce genre de projet n’est-il pas trop ambitieux ?

Marie-Françoise Bechtel : Je vous ferai remarquer qu’avant de traverser une crise économique – alors que nous avons tout de même de gros atouts économiques, qui sont structurels – la France traverse une crise de sécurité et une crise d’intégration qui ne sont pas moins graves. D’ailleurs dans son discours au Congrès, le président de la République a dit que le pacte de sécurité devait l’emporter sur le pacte budgétaire de stabilité. C’est bien dans cet esprit que nous faisons cette proposition.

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