Dominique Jamet : «En Corse on tolère des actions qui devraient être punies»

Pour Dominique Jamet, vice-président de Debout La France, la carence des forces de l’ordre en Corse a mené à l'apparition sur l’île de zones de quasi non-droit.

RT France : Au sujet de la situation en Corse vous avez dit «il est temps de faire le ménage» et «l'incapacité de l'Etat à maintenir l'ordre était prévisible». Selon vous, quelle devrait être la réaction des autorités ?

Dominique Jamet : La Corse n’est qu’une région française, et en Corse comme dans les autres régions la loi devrait s’appliquer. Mais on a au départ une carence des forces de l’ordre, des autorités policières et judiciaires. Le point de départ des émeutes qui se sont déroulées en Corse ces derniers jours, c’est l’agression dans une cité, de pompiers et de policiers par des voyous, par des jeunes gens excités. Dans un Etat normal il n’y pas de zones de non-droit et le devoir du gouvernement est d’assurer l’ordre, donc de prendre les devants et avant toute manifestation de rechercher les auteurs de tels agissements. Ce qui s’est passé montre qu’en Corse, comme malheureusement dans un certain nombre de banlieues françaises, on tolère des actions qui devraient être punies.

Certains gens ont considéré que désormais ce n’était plus la loi de l’Etat qui devrait s’appliquer en Corse, mais plutôt le programme des nationalistes

Et d’autre part il y a le statut et l’état de choses particuliers à la Corse qui ont joué un rôle. Les élections régionales qui viennent de se dérouler ont permis à une coalition d’autonomistes et d’indépendantistes corses de prendre le contrôle de l’Assemblée de Corse et du Conseil régional. Et du coup un certain nombre de leurs partisans ont considéré que désormais ce n’était plus la loi de l’Etat qui devrait s’appliquer en Corse, mais plutôt le programme des nationalistes.

Et il y a des années et des années que les partisans de l’autonomie ou de l’indépendance de la Corse excitent les passions corses. Les Corses sont des gens qui pratiquent l’hospitalité, qui sont chaleureux vis-à-vis de leurs hôtes de passage. Mais collectivement les Corses sont plutôt peu accueillants aux communautés, aux collectivités étrangères. A plusieurs reprises dans le passé, il y a eu des incidents entre Corses et pieds noirs, les Français d’Algérie qui revenaient en France après l’indépendance d’Algérie, et entre Corses et populations immigrées, y compris les Français venus du continent.

Et les slogans sur lesquels pendant longtemps se sont appuyés la propagande nationaliste sont des slogans xénophobes, racistes – «Francesi fora !», «Arabi fora !» – «Les Français dehors !», «Les Arabes dehors!». Et manifestement un certain nombre de manifestants à Ajaccio ont considéré que désormais puisque leurs idées étaient au pouvoir, même si c'est un pouvoir local, alors ils devaient les mettre en application.

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RT France : Selon vous, comment la situation va-t-elle maintenant se développer ?

Dominique Jamet : C’est troublant. Il se peut que dans les jours qui viennent on les retrouve et on les punisse comme ils doivent l’être, les voyous qui s'en sont pris aux policiers et aux pompiers, et que l’on retrouve et que l’on punisse également les manifestants qui se sont introduits dans une salle de prière musulmane, qui ont brulé le Coran et qui se sont livrés à des actes de vandalisme. Mais ça, c’est l’hypothèse optimiste.

Jusqu’à présent, on n’a rien eu de semblable en Corse, et ça me paraît de mauvais augure pour la suite des événements

L’hypothèse plus pessimiste, qui est malheureusement plus vraisemblable, c’est qu’on laisse peu à peu se diluer toute cette affaire dans l’inaction. Et qu’aussi bien les immigrés qui vivent en Corse considèrent qu’ils n’y sont pas en sécurité, et que les manifestants autonomistes ou indépendantistes considèrent qu’ils sont les maîtres de la situation. Il y a un certain malaise dans la réaction de Paris, dans la réaction du gouvernement central de la France. On vit dans un pays où le Premier ministre, le ministre de l’Intérieur, voire même le Président de la République se déplacent «pour un oui ou pour un non». Et ils viennent à l’endroit où se sont passés les choses pour affirmer la présence, la solidarité ou l’autorité de l’Etat. Et jusqu’à présent, on n’a rien eu de semblable en Corse, et ça me paraît de mauvais augure pour la suite des événements.

RT France : Vu la majorité des autonomistes et des indépendantistes qui existe maintenant à l’Assemblée de Corse, verrons-nous d’autres événements similaires à l’avenir ? Y aura-t-il des tentatives d’organiser un référendum pour la séparation de la Corse, comme celles observées en Catalogne et en Ecosse ?

Dominique Jamet : N’allons pas trop vite. Ce qui est inquiétant par rapport aux événements qui viennent de se produire et par rapport à la monté des mouvements autonomistes ou nationalistes ou indépendantistes en Corse, ce qui est fâcheux, je vous le répète, c’est le peu de réaction de l’Etat.

Il faut que le gouvernement réaffirme son autorité, et ne se réfugie pas dans une prudente réaction qui se limiterait aux verbes

Lorsque vous évoquez le séparatisme, vous allez un peu trop loin. Il faut savoir que pour prendre le contrôle de l’Assemblée de Corse et du Conseil régional, les indépendantistes se sont alliés à des autonomistes et les deux listes jointes n’ont obtenu que 35% des voix, ce qui est beaucoup, mais ce qui n’est pas la majorité. Cela signifie, Dieu merci, qu’une majorité des Corses n’est pas acquise aux idées sécessionnistes, ni même probablement, à l’autonomie, en étant conscient de ce que l’île doit à la métropole et des liens quand même très anciens qui sont tissés entre le continent et la Corse. Donc, je pense que le pire n’est pas encore sûr, encore faut-il que dans cette occasion comme dans d’autres, le gouvernement réaffirme son autorité, et ne se réfugie pas dans une prudente réaction qui se limiterait aux verbes.

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