«Si Kiev ne rembourse pas sa dette à Moscou, ses relations avec le FMI seront plus compliquées»

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On peut attendre des difficultés grandissantes entre le FMI et l’Ukraine, a confié à RT Florent Parmentier, expert en géopolitique européenne si Kiev et Moscou ne se mettent pas d’accord sur le remboursement de la dette ukrainienne avant dimanche.

RT France : Que signifie le moratoire sur le remboursement de la dette ukrainienne de trois milliards de dollars envers la Russie décidé par les autorités ukrainiennes ? S’agit-il d’un défaut de paiement sur sa dette déguisé ?

FLORENT PARMENTIER (F.P.)  : On est proche du défaut de paiement, on n’y est pas encore. Un moratoire ça veut dire qu’il reste encore quelques jours pour trouver une solution. Si une solution de remboursement de la dette qui a été contractée par l’Ukraine à l’égard de la Russie à fin 2013 n’est pas trouvée dans les prochains jours ou qu’on ne se met pas d’accord sur un plan de restructuration, alors à ce moment-là, on pourra parler d’une déclaration de défaut de la part de l’Ukraine.

RT France : L’échéance est fixée au 20 décembre, alors pensez-vous que l’on peut trouver une solution en deux jours ?

F.P. : Trouver une solution en deux jours ? Non. En revanche, trouver dans les deux derniers jours d’une discussion qui a commencé il y a bien longtemps, puisque la Russie avait elle-même fait des propositions par le biais de Vladimir Poutine en novembre concernant une restructuration de la dette ukrainienne, on peut penser qu’il y a eu, en parallèle, un certain nombre d’échanges. S’il n’y pas d’échanges en ce moment, alors on sera dans une situation très difficile. Mais le propre des questions diplomatiques, c’est de trouver des solutions dans les dernières heures pour arracher un accord. A condition, bien sûr que les deux partenaires montrent de la bonne volonté et que cet accord rencontre un accueil favorable auprès du FMI et des pays de l’Union européenne.

RT France :S’agissant du FMI, pensez-vous que ses relations avec l’Ukraine seront plus difficiles après que l’institution de Bretton Woods ait qualifié, cette semaine, la dette ukrainienne à l’égard de la Russie de souveraine, obligeant par là-même Kiev à la rembourser ?

F.P. : : Oui, cela rendra probablement plus difficiles les relations entre l’Ukraine et le FMI, pour la simple raison que l’Ukraine n’aura pas honoré le remboursement de sa dette et que, par conséquent, elle sera mise à l’index conformément aux règles du FMI. Mais on peut penser aussi que le FMI est, certes, une institution financière internationale, mais c’est aussi une institution politique. A ce titre, il faudra voir si certains pays se mobilisent pour soutenir l’Ukraine dans ce cas précis et sous quelles conditions. Mais là où les relations entre le FMI et l’Ukraine pourraient être plus difficiles, ce sont sur les questions de climat d’investissement, pour lequel, l’Ukraine n’a pas fait tous les efforts qu’attendent d’elle tous ses partenaires internationaux. Du coup, si on met en regard à la fois l’incapacité de rembourser une dette souveraine vis-à-vis de la Russie et peut-être un rythme ou une profondeur de réformes qui ne correspond pas à ce qu’attendent les partenaires américains et européens de l’Ukraine, à ce moment-là, oui, il pourrait y avoir des difficultés grandissantes dans les prochains mois entre le FMI et l’Ukraine.

RT France : Le 5 décembre, le FMI a décidé de changer sa politique à l’égard des pays qui ne s’efforcent pas en toute bonne foi de résorber leurs arriérés de paiement. Cela veut-il dire que le FMI va continuer à aider l’Ukraine même si elle ne rembourse pas sa dette à la Russie et cette attitude n’est-elle pas paradoxale ?

F.P. : Nous sommes clairement en présence d’une décision d’ordre politique. Ensuite, l’institution a ses propres limites parce qu’elle voudra éviter à tout prix qu’une telle situation se représente dans un autre contexte. Même si elle met en place cette mesure de protection ou de solidarité, cela ne veut pas dire non plus qu’elle souhaite voir cette règle s’étendre et que le fonctionnement, la doxa, la pensée du FMI a profondément évolué sur ces questions. Il faut voir ça comme une décision davantage politique que financière, qui peut éventuellement laisser un peu de temps à l’Ukraine et à la Russie pour trouver un accord au-delà du 20 décembre si cela s’avérait nécessaire, étant entendu que, après cela, l’Ukraine se trouverait acculée. Les autorités russes ont clairement fait comprendre qu’il était légitime pour leur part de mettre l’Ukraine devant un arbitrage pour faire remarquer qu’elle ne s’acquittait pas de sa dette.

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