Le FMI déclenche la colère de Moscou en changeant ses conditions d’octroi de prêt

Christine Lagarde et Petro Porochenko © Valentyn Ogirenko Source: Reuters
Christine Lagarde et Petro Porochenko

Le Fonds monétaire international (FMI) pourra désormais prêter de l’argent à des pays qui ont fait défaut envers d’autres Etats. Une mesure qui fâche Moscou car Kiev continue de demander des fonds au FMI alors l’Ukraine en doit toujours à la Russie.

«Le Conseil d’administration du FMI s’est réuni aujourd’hui et a décidé de changer la règle sur actuelle sur le refus d’arriérés de paiement vis-à-vis de créanciers officiels [publics]», indique le courriel de Gerry Rice, porte-parole du FMI, envoyé le 8 décembre à RT. «Les détails sur la portée et la raison de ce changement de politique» seront fournis plus tard, a-t-il ajouté.

Les anciennes directives du FMI sur les prêts de l’institution de Bretton Woods consentis aux Etats qui avaient connu un défaut sur les prêts que leur avaient consenti d’autres Etats étaient relativement strictes, indiquant notamment que «le FMI ne prêtait pas aux pays qui ne font des efforts de bonne foi pour éliminer leurs arriérés de créances».

L’Ukraine figure parmi ces pays. Kiev a une dette de trois milliards de dollars envers la Russie et laisse entendre que le remboursement ne sera pas honoré à la fin de l’année. En respectant les anciennes règles, cela aurait empêché le FMI de fournir de nouvelles tranches de crédit aux autorités ukrainiennes.

Le Premier-ministre russe Dmitri Medvedev a notamment estimé que le FMI avait pris la décision de changer ses règles d’octroi de prêts pour des raisons politiques. «Le FMI recevra une vague de demandes d’autres pays-emprunteurs qui réclameront les mêmes conditions que l’Ukraine», a mis en garde le Premier ministre russe.

Le ministre russe des Finances, Anton Silouanov, a pour sa part déclaré que ce changement de politique du FMI avait été fait «uniquement pour nuire à la Russie et pour permettre légalement à l’Ukraine de ne pas payer ses dettes». Il a qualifié cette décision de «précipité et biaisée».

La Russie s’est adressée au FMI pour aider à résoudre la situation de la dette ukrainienne, mais il lui a été répondu «d’engager les négociations [avec Kiev] aux côtés des créanciers commerciaux», selon Anton Silouanov.

«Ce n’est pas un dialogue constructif, la boucle est bouclée. Dans telles conditions, nous n’avons pas d’autre choix que d’utiliser toutes les possibilités de protéger nos droits en tant que créancier. Nous préparons les documents pour aller en justice», a martelé le ministre russe des Finances.

La dette souveraine ukrainienne envers la Russie date d’un accord intervenu entre le président Vladimir Poutine et l’ancien président ukrainien, Viktor Yanoukovitch, qui a été conclu en 2013 et prévoyait que Moscou achèterait 15 milliards de dollars d’obligations ukrainiennes. La Russie en a acheté une première tranche de trois milliards le 20 décembre 2013, qui doit être remboursée le 20 décembre 2015. En novembre dernier, le président russe Vladimir Poutine avait proposé à Kiev un plan de restructuration permettant de rembourser une milliard par an pendant trois ans, mais n’a obtenu aucune réponse officielle de la part des autorités de Kiev.

Le FMI n’a jamais été aussi tolérant avec des pays-membres de l’UE qui éprouvent des problèmes financiers similaires à ceux de l’Ukraine, qui est aujourd’hui, comme l’économiste Jack Rasmus l’a confié à RT, le pays «qui se trouve dans la pire situation économique dans le monde actuellement».

«Le contraste entre le comportement du FMI l’année dernière par rapport à la Grèce, Etat-membre de l’UE, qui a dû rembourser ses prêts avant d’obtenir de nouveaux fonds du FMI …et l’Ukraine, en dépression qui va faire défaut, à laquelle ils donnent des dizaine de milliards de dollars de plus, juste pour la maintenir à flot», s’est étonné Jack Rasmus.

Le président russe s'est aussi exprimé sur la question. «Il est bizarre que les partenaires occidentaux soient sûrs de la capacité [de l’Ukraine] de rembourser l’année prochaine, on pourrait répartir ces risques sur quatre années», a-t-il précisé.

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