Dette ukrainienne envers Moscou : maintenant le FMI pourrait changer les règles

Gerry Rice, à droite de Christine Lagarde, a fait une annonce qui risque de faire parler. Changer les règles du FMI, ce n'est pas rien. Source: Reuters
Gerry Rice, à droite de Christine Lagarde, a fait une annonce qui risque de faire parler. Changer les règles du FMI, ce n'est pas rien.

Le fonds monétaire international envisage de modifier son règlement afin de continuer son plan d’aide à Kiev. Pourtant, l’Ukraine est au bord d’un possible défaut de paiement vis-à-vis de la Russie.

Cette histoire n’en finit plus. Kiev se montre bien décidé à ne pas rendre la totalité de son argent à la Russie et le gouvernement ukrainien pourrait bien bénéficier d’un coup de pouce salvateur du FMI. Moscou attend le versement, d’ici à la fin de l’année, de 3 milliards de dollars liés à des obligations (2,7 milliards d’euros).

Une pirouette réglementaire

L’Ukraine menace depuis des mois de ne pas rembourser si la Russie n’accepte pas de restructuration de la dette. Si Kiev tient bon, le pays se trouvera en défaut de paiement. Or les règles du FMI sont strictes. Le Fonds n’est pas en mesure de prêter de l’argent à une nation se trouvant en situation de faillite vis à vis d’une créance détenue par son secteur officiel. Dans le cas présent, l’Etat.

Pourtant, l’institution dit travailler à une réforme de son mode de prêts. En d’autres mots, un assouplissement de cette règle. Son porte-parole, Gerry Rice, suspend la modification «à certaines circonstances bien définies». Apparemment elles pourraient s’appliquer à Kiev.

«Le programme de travail inclut des discussions sur des réformes qui permettraient au Fonds de fournir des prêts en cas d'arriérés de paiement vis-à-vis de créanciers officiels bilatéraux», explique Gerry Rice.

Il faut dire que la situation se tend fortement entre Moscou et Kiev. L’Ukraine veut imposer une décote de sa dette à la Russie, ce que le Kremlin refuse fermement. Le gouvernement ukrainien a même menacé, en cas de refus de ses conditions, d'engager «une guerre juridique» contre son voisin.

L’annonce du FMI intervient quelques semaines après les déclarations de Victoria Nuland, en marge d’une réunion FMI-Banque Mondiale au Pérou. La responsable de la diplomatie américaine en Europe s’était alors exprimée devant le Sénat : «Dans le cas où la Russie n’accepte pas les conditions de Kiev, nous devrons travailler sur d’autres options.»

Un pays au bord du gouffre économique

Le problème est d’importance lorsque l’on connaît la situation désastreuse des finances du pays. Avec une dette publique avoisinant les 100% du PIB, Kiev est sous perfusion du FMI. En août dernier, l’institution basée à Washington a octroyé une nouvelle tranche d’aide d’un montant de 17,5 milliards de dollars (16 milliards d’euros).  

Un mois plus tard, c’est vers la Banque mondiale que Kiev s’est tourné pour, à nouveau, recevoir une belle somme (440 millions d’euros) destinée à développer son secteur financier. Et même si, au mois d’août, le ministère ukrainien des Finances a annoncé en grande pompe un accord sur la restructuration de sa dette publique avec ses créanciers, l'environnement économique reste plus que préoccupant. L’agence de notation Fitch avait d’ailleurs dégradé la notre du pays à C, signifiant «défaut imminent», ses agents considérant que l’accord engendrait des pertes importantes pour les créanciers.

A ce stade, le changement des règles du FMI n’est qu’une hypothèse. La décision finale reviendra au conseil d’administration qui représente les 188 Etats-membres. Selon son porte-parole, la question devrait être tranchée «dans un futur proche».

Dans tous les cas, l’annonce ne manquera pas de faire réagir. On se souvient que le FMI s’est déjà montré moins souple par le passé. Regardez du côté d’Athènes...

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