#SOSCuba : des milliers de bots ont-ils embrasé les manifestations anti-gouvernement ?

#SOSCuba : des milliers de bots ont-ils embrasé les manifestations anti-gouvernement ?© Maria Alejandra Cardona Source: Reuters
Une femme brandit une pancarte "SOS Cuba", dans le quartier de Little Havana à Miami, Floride (Etats-Unis), le 12 juillet 2021.
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Les manifestations antigouvernementales inédites qui se sont déroulées à Cuba ont trouvé une résonance spectaculaire sur les réseaux sociaux, et notamment sur Twitter. Un analyste a démontré qu'il s'agissait en grande partie de comptes automatisés.

C'était une première. Le 11 juillet, alors que l'épidémie de coronavirus prenait une certaine gravité sur l'île, des milliers de Cubains ont manifesté contre le gouvernement dans les rues aux cris de «A bas la dictature !» et de «Nous n'avons pas peur !»

Dans les heures qui ont suivi, Washington a publié plusieurs communiqués hostiles au gouvernement et soutenant les manifestants. Au même moment, de manière inédite, sous les mots-dièse «#SOSCuba» ou «#SOSMatanzas» (SOSMassacres), les appels au secours se propagent  comme une trainée de poudre sur les réseaux sociaux, tout comme les appels au gouvernement pour qu'il facilite l'envoi de dons depuis l'étranger. La veille, le 10 juillet, un groupe d'opposants a demandé l'instauration d'un «couloir humanitaire».

Pour le gouvernement cubain, il s'agit d'une campagne sur Twitter, orchestrée depuis les Etats-Unis pour déstabiliser le pays. «J'ai des preuves irréfutables que la majorité des usagers qui ont participé à cette campagne se trouvaient aux Etats-Unis et que des systèmes automatisés ont été utilisés pour viraliser les contenus, sans être pénalisés par Twitter», a assuré le 13 juillet le ministre des Affaires étrangères Bruno Rodriguez.

Pour Julian Macias Tovar, expert espagnol en réseaux sociaux qui a analysé deux millions de tweets, il y a bien des chiffres étranges autour de ce hashtag. Cet analyste espagnol, membre du parti Podemos, créateur du site Pandemia Digital, qui se présente comme «militant contre la désinformation numérique», «entre le 5 juillet, quand il a commencé à être utilisé, et le 8, seuls 5 000 tweets ont été publiés» avec cette mention, explique-t-il à l'AFP. «C'est ensuite allé crescendo : 100 000 le 9, 500 000 le 10, 1,5 million le 11 et deux millions le 12», dit-il après avoir analysé scrupuleusement le phénomène. Il a publié son analyse détaillée dans ce fil Twitter, très repris sur le réseau social.

Des milliers de comptes automatisés

Les comptes utilisant ces hashtags qui ont enflammé Twitter à propos de Cuba «proviennent de beaucoup d'endroits différents et selon moi, il y a un réseau international de comptes liés par une idéologie», car «ce sont les mêmes comptes qui ont participé aux campagnes pour attaquer [le président mexicain] Andrés Manuel Lopez Obrador, le gouvernement argentin et le gouvernement espagnol», tous de gauche. Selon lui, il s'agit souvent de faux comptes ou de comptes automatisés pour publier un grand nombre de tweets.

L'analyse de Julian Macias Tovar relève ainsi la participation de milliers de comptes et de bots nouvellement créés et l'utilisation de fausses images, qui ont inondé les réseaux sociaux de plusieurs pays. Selon lui, le premier compte qui a utilisé le hashtag #SOSCuba a publié plus de 1 000 tweets le 10 et le 11, et a automatisé les retweets en en publiant plus de cinq par seconde. Il souligne par ailleurs que l'une des personnalités qui a contribué à la diffusion de cette campagne à ses débuts était Agustin Antonetti, un membre argentin de la Fondation Libertad, une organisation de droite que Macias Tovar avait déjà épinglée pour avoir participé à des «campagnes dans divers pays diffusant des canulars et recevant des retweets de robots».

Aggravation de l'épidémie, mais moins que dans la région

Les manifestations inédites à Cuba se sont déroulées le jour où Cuba a enregistré un nouveau record quotidien de contaminations et de morts dues au coronavirus, avec 6 923 cas recensés pour un total de cas de 238 491, et 47 morts en 24 heures pour un total de 1 537 décès. «Ce sont des chiffres alarmants, qui augmentent chaque jour», avait commenté le 11 juillet l'épidémiologiste en chef du ministère de la Santé, Francisco Duran, lors son habituelle conférence de presse à la télévision.

S'il est vrai que ces données sont les pires depuis le début de la pandémie, le mauvais état de la situation sanitaire cubaine la semaine dernière est à relativiser. Selon les dernières données actualisées le 15 juillet par Esri France (Environmental Systems Research Institute, une société éditrice de logiciels de systèmes d'information géographique), le taux de 15,48 décès pour 100 000 habitants à Cuba sont très éloignés des autres pays de la région, notamment ceux des Etats-Unis (186,25 décès pour 100 000 habitants), le Brésil (259,17 décès pour 100 000 habitants) ou encore le Pérou (627,49 pour 100 000 habitants). Les chiffres cubains sont également nettement meilleurs que ceux de la plupart des pays européens dont la France (166,33 morts pour 100 000 habitants) et l'Allemagne (113,32 morts pour 100 000 habitants).

Cependant, se saisissant de cette aggravation de la situation sanitaire à Cuba, des campagnes ont été lancées pour que les artistes connus du continent se mobilisent avec le fameux hashtag #SOSCuba, en lien avec le pic de décès dus au Covid et au manque de ressources médicales sur l'île sous embargo étasunien. Problème, pour Julian Macias Tovar qui a analysé les comptes qui ont réagi au premier tweet appelant les artistes à se mobiliser, «presque tous les comptes sont nouvellement créés, ou ont un âge maximum d'un an».

Il serait laborieux de rapporter l'ensemble de l'analyse de Macias Tovar dans un article, mais cet analyste révèle notamment comment de nombreuses images ou vidéos censées se dérouler à Cuba ont été manipulées, décontextualisées ou truquées. A titre d'exemple, il démontre que des scènes immortalisées en Argentine ou en Egypte ont été présentées comme se déroulant à Cuba, recueillant des milliers de retweets. Il énumère également des fausses informations qui ont abondamment circulé, notamment celle, retweetée 2 000 fois disant que l'ex-président Raul Castro s'était enfui au Venezuela par avion privé secret, photos à l'appui. Il s'agissait en réalité d'images d'un sommet de 2017.

Quelle influence sur la rue cubaine ?

Doug Madory, directeur d'analyse internet à la société technologique Kentik, répondant à l'AFP, qui ne nie pas l'existence de tweets automatisés a exprimé ses doutes sur l'influence de ce genre de campagnes : «Je ne sais pas si quelqu'un pourrait essayer de créer une campagne Twitter qui ait une telle influence sur le Cubain moyen qu'elle le convainque de faire des choses qu'il n'aurait jamais faites autrement.» Toujours est-il que les autorités ont rendu l'internet mobile inaccessible à Cuba du 11 juillet à midi au 14 juillet à midi. Il a depuis été rétabli, d'abord de façon instable et sans accès aux réseaux sociaux, puis totalement le 15 juillet.

Julian Macia Tovar a néanmoins appelé à nuancer les conclusions à tirer de sa propre analyse en déclarant à la fin de son développement sur Twitter : «Maintenant que j'ai détaillé les données que j'ai trouvées et qui ne m'ont guère surpris, puisque c'est toujours la même chose, de la part des mêmes réseaux [il affirme que ce sont les mêmes méthodes qui ont conduit au coup d'Etat en Bolivie en 2019, notamment], comme toujours, je veux donner mon avis sur ce qui se passe à Cuba.» «Le premier point est que les gens ont le droit de manifester librement. Il est compréhensible que dans cette situation difficile, ils le fassent», écrit l'analyste. «Le gouvernement de Cuba a une bonne occasion de montrer qu'il défend les droits humains et respecte son peuple plus que les gouvernements du Chili, du Pérou, de la Colombie ou de l'Equateur, où ils ont massacré la population pour avoir manifesté», ajoute-t-il dans sa conclusion.

Meriem Laribi

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