Internet, vaccins : Biden dit vouloir aider le peuple cubain, mais ne lève pas l'embargo

Internet, vaccins : Biden dit vouloir aider le peuple cubain, mais ne lève pas l'embargo© José Cabezas Source: Reuters
Une banderole «Stop au blocus» lors d'une manifestation de soutien au gouvernement cubain sur la plaza José Martí à San Salvador, El Salvador, le 12 juillet 2021. (illustration)
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Joseph Biden – dont le pays impose un embargo à Cuba depuis 1962, condamné à 29 reprises par l'Assemblée générale de l'ONU – veut rétablir internet sur l'île socialiste et y envoyer des vaccins contre le Covid-19, alors que ce pays en produit.

Le président américain Joseph Biden a annoncé le 15 juillet que les Etats-Unis vérifiaient s'ils disposaient des «capacités technologiques» nécessaires au «rétablissement» de l'internet mobile à Cuba, pays pourtant indépendant des Etats-Unis. «Ils ont coupé l'accès à internet. Nous vérifions si nous avons les capacités technologiques de rétablir cet accès», a déclaré le président étasunien lors d'une conférence de presse commune avec la chancelière allemande Angela Merkel, sans évoquer l'embargo imposé par son propre pays sur l'île socialiste qui court depuis 1962

Les autorités ont rendu l'internet mobile inaccessible à Cuba du 11 juillet à midi au 14 juillet à midi. Il a depuis été rétabli, d'abord de façon instable et sans accès aux réseaux sociaux, puis totalement le 15 juillet.

Joseph Biden envisage «plusieurs choses [...] pour aider le peuple de Cuba», un «Etat défaillant qui opprime ses citoyens», a-t-il affirmé. Il a notamment annoncé se tenir prêt à y envoyer des «quantités importantes» de vaccins anti-Covid «si, de fait, [il] étai[t] certain qu'une organisation internationale administrerait ces vaccins et le ferait de manière à ce que les citoyens aient accès à ces vaccins», Cuba n'ayant pas adhéré au programme onusien Covax car l'île, réputée mondialement pour ses performances en médecine, dans l'industrie biotechnologique et la recherche, développe ses propres vaccins.

Le président cubain Miguel Diaz Canel a répondu ce 16 juillet au locataire de la Maison Blanche. «Si le président Joseph Biden avait une préoccupation humanitaire sincère pour le peuple cubain, il pourrait éliminer les 243 mesures appliquées par le président Donald Trump – dont plus de 50 cruellement imposées pendant la pandémie – comme première étape vers la fin du blocus», a-t-il écrit sur son compte Twitter.

«Un Etat défaillant est un Etat qui, pour plaire à une minorité réactionnaire et qui fait du chantage, est capable de multiplier les mal fait à 11 millions d'êtres humains, ignorant la volonté de la majorité des Cubains, des Américains et de la communauté internationale», a-t-il ajouté dans un autre tweet, avant de conclure : «Les Etats-Unis n'ont pas réussi à détruire Cuba même s'ils ont gaspillé des milliards de dollars pour ce faire.»

Dans un entretien accordé au journal Granma, Miguel Diaz Canel avait auparavant déclaré : «A chaque fois, le gouvernement des Etats-Unis s'isole davantage avec cette attitude belliqueuse, sans aucune raison contre Cuba et contre notre peuple héroïque.» «Au président qui a conseillé ou qui a invité à ce que le peuple cubain soit écouté, ou à travailler pour éliminer ses problèmes, qu'il sache que nous nous concentrons sur cela tous les jours», a assuré Miguel Diaz Canel, successeur de Raul Castro à la tête de l'île. «Nous devons dire à ce président d'écouter le monde, d'écouter les millions de personnes qui condamnent le blocus de Cuba, d'écouter les Cubains et aussi d'écouter les millions de Nord-Américains et de Cubains résidant aux Etats-Unis, et qui sont contre ce blocus», a ajouté le président cubain. Pour rappel, le 23 juin, pour la 29e fois, l'Assemblée générale de l'ONU a condamné l'embargo américain sur Cuba à une écrasante majorité (184 pays). Seuls Washington et Israël ont voté contre cette condamnation.

L'ONU réclame la libération des manifestants arrêtés et la levée des sanctions

La Haute-Commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme a pour sa part demandé le 16 juillet la libération urgente des personnes arrêtées lors de manifestations à Cuba, appelant au dialogue tout en réclamant la levée des sanctions qui frappent le pays.

Cuba, où la population est confrontée à des pénuries à cause de l'embargo des Etats-Unis et de la crise qu'il engendre aggravée par l'épidémie de coronavirus, a été secoué le 11 juillet par des manifestations antigouvernementales. «J'exhorte le gouvernement à répondre aux demandes des manifestants par le dialogue et à respecter et protéger pleinement les droits de tous les individus à la réunion pacifique et à la liberté d'opinion et d'expression», a déclaré Michelle Bachelet dans un communiqué. «Je suis très préoccupée par le recours excessif présumé à la force contre des manifestants à Cuba et par l'arrestation d'un grand nombre de personnes, dont plusieurs journalistes», a-t-elle souligné. «Il est particulièrement inquiétant que parmi eux se trouvent des personnes qui seraient détenues au secret et des personnes dont on ignore où elles se trouvent. Toutes les personnes détenues pour avoir exercé leurs droits doivent être libérées de toute urgence», a-t-elle poursuivi, ajoutant «Je regrette profondément la mort d'un manifestant dans le contexte des protestations à La Havane ; il est important qu'une enquête indépendante, transparente et efficace soit menée et que les responsables soient punis».

L'ancienne présidente du Chili a également réitéré «son appel à la levée des sanctions sectorielles unilatérales, compte tenu de leur impact négatif sur les droits humains, y compris le droit à la santé». La Havane, sous sanctions américaines depuis 1962, a imputé les manifestations de mécontentement à Washington, qui poursuit une «politique d'étranglement économique pour provoquer des troubles sociaux». Le gouvernement cubain a annoncé le 14 juillet une première salve de mesures pour apaiser la population, en facilitant notamment l'entrée sur l'île d'aliments et médicaments.

Les mobilisations du 11 juillet, dont certaines se sont poursuivies le lendemain, ont fait un mort et plus de 100 détenus, suscitant une pluie de condamnations de Washington, qui avait en comparaison très peu réagi aux grandes manifestations qui ont eu lieu en Colombie (dont le gouvernement est un allié des Etats-Unis) en mai, et qui avaient fait au moins 42 morts et près de 2 000 blessés.

Meriem Laribi

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