En Italie, Blinken défend l'adaptabilité des relations américaines avec la Chine et la Russie

En Italie, Blinken défend l'adaptabilité des relations américaines avec la Chine et la Russie© Andrew HARNIK Source: Reuters
Antony Blinken, secrétaire d'Etat étasunien, arrivant à Rome le 27 juin 2021 (image d'illustration).
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Antony Blinken, secrétaire d'Etat américain, s'est confié à nos confrères de La Repubblica dans une entrevue le 28 juin alors qu'il effectue une tournée en Italie. Il y fait notamment part de sa vision du rôle de l'Occident dans l'échiquier mondial.

L'entrevue donnée à La Repubblica par Antony Blinken le 28 juin durant sa tournée dans la péninsule italienne semble rencontrer un écho avec l'article de Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères, dans Russia in Global Affairs publié le même jour. Après sa venue en France, Antony Blinken s'est en effet rendu à Rome puis au Vatican afin de renforcer les liens entre les différents pays européens et les Etats-Unis et en a profité pour aborder sa vision de la dynamique des relations internationales.

Le bloc occidental comme bloc démocratique ?

Le secrétaire d'Etat étasunien a livré en ce sens ses impressions sur les suites des derniers sommets qui se sont tenus en Europe durant le mois de juin, du G7 au sommet Etats-Unis-Union européenne en passant par celui de l'OTAN. Tandis que Sergueï Lavrov dénonçait dans son article l'émergence du concept d'«ordre mondial fondé sur des règles», qu'il voit comme un déni occidental des nouvelles réalités géopolitiques, Antony Blinken s'est au contraire félicité de la capacité de l'Occident – Etats-Unis et pays membres de l'Union européenne – à faire face à de nombreuses problématiques comme le dérèglement climatique ou la pandémie de Covid-19.

Les autocraties disent que les démocraties ne peuvent réussir. Qu'elles sont inefficaces, incapables d'obtenir des résultats

Antony Blinken a ainsi souligné que les résultats obtenus selon lui dans ces différents enjeux démontrent que «les démocraties peuvent obtenir des résultats importants», alors que «les autocraties disent que les démocraties ne peuvent réussir. Qu'elles sont inefficaces, incapables d'obtenir des résultats», et d'ériger le G7 du 10 juin en guise d'exemple. Or, c'est justement le G7 qui est dans la ligne de mire de l'analyse du ministre russe des Affaires étrangères : il en a critiqué les positions comme étant le «"point de départ" pour la construction d'un ordre mondial, mais exclusivement selon les "règles occidentales"».

Antony Blinken évoque les relations américaines avec la Chine et la Russie

Les propos d'Antony Blinken ne s'opposent pas nécessairement à ceux de Sergueï Lavrov même si le secrétaire d'Etat étasunien oppose volontiers les Etats-Unis, et plus globalement l'Occident, à la Chine et la Russie.

Au sujet de la Chine, Antony Blinken la décrit ainsi en fonction des intérêts étasuniens «sur lesquels elle est un adversaire, d'autre sur lesquels elle est un rival et encore d'autres sur lesquels elle est au contraire un partenaire». Il affirme ainsi l'idée de Sergueï Lavrov selon laquelle les «règles occidentales» sont fluctuantes selon l'humeur politique du moment et en particulier «dès lors que quelqu'un va l’encontre de la volonté de l'Occident».

Les Etats-Unis respectent le fait que d'autres pays ont des relations diversifiées avec la Chine

Antony Blinken fait cependant montre d'ouverture en affirmant qu'«il n'y pas de mots qui peuvent définir ce type de relations [avec la Chine]» et que «les Etats-Unis respectent le fait que d'autres pays ont des relations diversifiées avec la Chine», en prenant soin de préciser que les Etats-Unis ne demanderont «à personne de choisir entre [eux] et la Chine.» Antony Blinken a toutefois estimé : «quand nous avons affaire à la Chine – comme adversaire, rival ou partenaire – nous sommes plus efficaces si nous agissons ensemble», en parlant des pays membres du G7 mais aussi de l'OTAN et de l'UE.

Le secrétaire d'Etat n'a pas non plus modulé son discours au sujet des cyberattaques que certains pays occidentaux considèrent comme venues de Russie et qui ont été abordées lors de la rencontre entre Joe Biden et Vladimir Poutine à Genève. Antony Blinken a cependant précisé que ces attaques «ne [provenaient] pas d'un pays mais d'un groupe criminel» en appelant la Russie à prendre ses responsabilités. Les Etats-Unis attendraient ainsi de la Russie qu'elle «agisse pour éviter que ces cyberattaques puissent se répéter», selon Antony Blinken. Il indique aussi espérer que les relations avec Moscou se stabilisent, mais «si la Russie continue à nous agresser, ou à agir comme elle l'a fait avec l'attaque SolarWind, les intrusions dans nos élections ou les atteintes à Navalny, alors nous [les Etats-Unis] répondrons.»

Les propos de Blinken souscrivent en ce sens à l'analyse de Sergueï Lavrov qui voit chez les pays occidentaux une vision de «la Russie et la Chine, en tant que vecteurs de l'autoritarisme, [...] définis comme les principaux obstacles à la mise en œuvre de la politique annoncée lors des sommets de juin».

La tournée d'Antony Blinken en Europe s'est cependant donnée pour but de relancer la démocratie mais aussi aborder d'autres enjeux comme la Libye. A ce sujet, le secrétaire d'Etat américain a exprimé la nécessité de maintenir les élections du 24 décembre, alors que le pays semble enfin sortir de la guerre civile, afin d'«avoir une base de légitimité pour le gouvernement» et de reconnaître la nécessité pour les troupes de mercenaires étrangers de quitter le sol libyen. «Le consensus international sur ces aspects est très fort et ne peut être ignoré des pays qui ont en Libye des forces régulières ou irrégulières, comme la Russie et la Turquie», a-t-il poursuivi.

Fabrizio Tribuzio-Bugatti

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