Equateur : Washington applaudit le recomptage des voix, la gauche internationale s'en inquiète

Equateur : Washington applaudit le recomptage des voix, la gauche internationale s'en inquiète© Cecilia Puebla Source: Reuters
Les candidats à l'élection présidentielle équatorienne Yaku Pérez et Guillermo Lasso assistent à une réunion au Conseil national électoral (CNE) à Quito (Equateur), le 12 février 2021.

Sur demande du candidat indigène Yaku Pérez, le Conseil national électoral d'Equateur a accepté de recompter 45% des votes exprimés au premier tour de la présidentielle du 7 février. Une décision saluée par Washington, mais qui inquiète la gauche.

Alors qu'une vague d'inquiétude envahit la gauche internationale suite à la décision de recomptage des voix du premier tour de la présidentielle en Equateur, après un accord entre le Conseil national électoral (CNE) et les candidats à la présidentielle Yaku Pérez et Guillermo Lasso, les Etats-Unis sont venus renforcer cette anxiété en applaudissant l'accord.

Dans un tweet, Julie Chung, la secrétaire adjointe par intérim du Bureau des affaires de l'hémisphère occidental du Département d'Etat américain, a déclaré : «Le gouvernement américain applaudit l'annonce du CNE […] Cela permet au processus électoral d'avancer avec des garanties renforcées tant pour les candidats que pour les citoyens.»

«Une telle transparence – avec des règles claires et en présence de représentants des partis, ainsi que d'observateurs nationaux et internationaux – garantit la confiance du public dans les résultats», a ajouté Julie Chung.

Une décision «sans base juridique»

Quelque six millions de bulletins, soit 45% des votes exprimés lors du premier tour de l'élection présidentielle en Equateur, seront recomptés sur demande du candidat Yaku Pérez, qui dit avoir été victime de «fraude», selon une annonce de l'autorité électorale, le 12 février. Yaku Pérez, candidat du Pachakutik, bras politique du mouvement indigène équatorien, est donné troisième du premier tour de l'élection avec 19,38% des voix, juste derrière le candidat de droite Guillermo Lasso (19,74%) qui appuie la demande de recomptage.

Les actions du CNE sont inédites, aléatoires et sans justification légale. Nous n'autoriserons pas un coup d'Etat

Cependant, certains observateurs internationaux, notamment marqués à gauche, mettent en garde contre le manque de base juridique de cet accord pour un recomptage et craignent une tentative de déstabilisation envers Andrés Arauz, arrivé largement en tête du premier tour avec 32,71% des voix.

«Ceux qui ont co-gouverné avec [le président sortant Lenin] Moreno se savent perdants et mettent de la pression pour me persécuter avec des mensonges grossiers. Ils ne pourront pas y arriver, la vérité prévaut toujours», a tweeté Andrés Arauz, cible d'un certain nombre d'attaques depuis qu'il est le favori de l'élection. «Ils ne pourront pas continuer à faire du chantage ou à tromper la justice. Le peuple équatorien ne permettra pas un nouveau coup contre la démocratie», a ajouté le dauphin de l'ex-président Rafael Correa (2007-2017).

«Quelles preuves ont été présentées pour justifier le décompte ?»

Dans un tweet, l'eurodéputée espagnole Idoia Villanueva, membre de Podemos, a déclaré : «Ce que nous voyons en Equateur est inouï. Les candidats Pérez et Lasso parviennent à un accord avec le CNE pour revoir 100% des votes de [la région de] Guayas et 50% de 16 [autres] provinces. Aléatoire et sans fondement juridique. Quel rôle le CNE assume-t-il à cet égard ? Qui décide, qui regarde ?» Dans un second message, la députée européenne interroge : «Quelles preuves ont été présentées pour justifier le décompte ? Sur quelle norme électorale se sont-ils fondés ?»

«Les actions du CNE sont inédites, aléatoires et sans justification légale. Nous n'autoriserons pas un coup d'Etat», a renchéri l'Internationale progressiste (IP), un groupe international de mouvements politiques de gauche. «Nous exhortons les autorités électorales du CNE à agir dans le strict respect de la loi et à garantir la poursuite normale du processus électoral. Les recomptages doivent protéger la sécurité des votes et non les intérêts de certaines forces politiques», a prévenu le Groupe de Puebla, une organisation ibéro-américaine et caribéenne qui compte plus de 50 dirigeants et ex-dirigeants de 17 pays – parmi lesquels Lula, Evo Morales, Rafael Correa et Alberto Fernandez.

En effet, si ce n'est le faible écart de voix qui sépare les deux candidats pour la deuxième place qui conduira l'un ou l'autre au second tour contre Arauz, aucune preuve d'irrégularité n'a été présentée ni dénoncée par les très nombreux observateurs internationaux présents dans tout l'Equateur pour veiller à la régularité du scrutin. Même l'Organisation des Etats américains (OEA), basée à Washington et qui avait activement œuvré à faciliter le coup d'Etat en Bolivie en 2019, n'a signalé aucun dysfonctionnement. Son chef, Luis Almagro, a toutefois félicité les deux candidats pour leur dialogue et leur accord en vue du recomptage.

L'Union pour l'espérance (UNES), la coalition ayant porté la candidature du candidat corréiste Andrés Arauz, a également exprimé ses inquiétudes de voir dégénérer le processus électoral. «Il pourrait y avoir une confrontation entre les deux forces politiques […] La décision des Equatoriens doit avant tout être respectée et aucun acte de violence généré», a prévenu le député de ce mouvement Esteban Melo Garzón.

Le second tour de l'élection présidentielle, prévu au 11 avril, désignera le successeur de Lenin Moreno, un président impopulaire dont le mandat de quatre ans expire le 24 mai, date de l'investiture du futur président.

Meriem Laribi

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