La Russie rejette l'idée américaine d'une alliance contre la Chine

La Russie rejette l'idée américaine d'une alliance contre la Chine© POOL Source: Reuters
Le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo (image d'illustration).

La Russie a précisé être opposée à toute alliance contre Pékin, que Washington vient de placer au rang de menace majeure. Les Etats-Unis espèrent malgré tout s'appuyer sur Moscou pour impliquer la Chine dans un nouveau traité de contrôle d'armement.

La diplomatie russe a réagi, ce 24 juillet, au discours très offensif du secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo, qui avait appelé la veille à «une nouvelle alliance des démocraties» pour s'opposer à la Chine. Moscou a fait savoir que l'idée d'un front commun contre Pékin n'était pas une option envisageable, soulignant qu'elle n'abordait pas les relations internationales de la même manière que Washington.

Toute alliance à laquelle nous adhérons vise à promouvoir des relations de bon voisinage et de bénéfice réciproque

«Je tiens à évoquer les propos du président russe, qui indique que Moscou ne participe jamais à des alliances contre quelqu'un. Nous ne nous faisons pas d’amis pour contrecarrer quelqu'un, qu’il s’agisse d’une association d’intégration ou politique», a ainsi déclaré Dmitri Peskov, le porte-parole de Vladimir Poutine. «Toute alliance à laquelle nous adhérons vise à promouvoir des relations de bon voisinage et de bénéfice réciproque», a-t-il poursuivi, martelant que la Russie ne ferait pas d'alliance «contre un pays» et rappelant que la Chine était par ailleurs son «allié et son partenaire».

De même, la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a accusé les Occidentaux, et à leur tête les Etats-Unis, de vouloir pousser la Russie et la Chine au clash. «Ils vont encore plus loin dans leurs déclarations. Désormais, il ne s’agit pas uniquement d’une rhétorique belliqueuse renforcée par des activités tout aussi belliqueuses, mais d’une tentative de provoquer une sorte de confrontation entre la Russie et la Chine dans le domaine public. Je peux vous assurer qu’ils n'y réussiront pas», a-t-elle affirmé.

Vers un nouveau paradigme sécuritaire ?

Depuis la bibliothèque présidentielle Richard Nixon à Yorba Linda (Californie) le 23 juillet, Mike Pompeo a entériné en des termes on ne peut plus clairs le virage stratégique des Etats-Unis, qui ciblent désormais la Chine : «Si nous nous inclinons maintenant, nos petits-enfants pourraient être à la merci du Parti communiste chinois, dont les actes constituent le premier défi du monde libre.»

Le chef de la diplomatie américaine, qui a présenté Pékin à plusieurs reprises comme une menace ou un danger, a enjoint aux «nations libres» de «passer à l'acte», afin de lui faire «changer d'attitude». Multipliant les références à la guerre froide, Mike Pompeo a exhorté le reste du monde à choisir son camp, entre «la liberté et la tyrannie».

Derrière ce discours virulent, se dessine la nouvelle logique sécuritaire internationale formulée par l'administration Trump, le nouveau paradigme que celle-ci entend définir. Après s'être retirés en 2018 du traité d'armement INF, qui portait sur la réduction des armes nucléaires de moyenne portée et avait été conclu avec Moscou durant la guerre froide, les Etats-Unis menacent également de proroger le traité «New Start», qui arrive à échéance en 2021. En cause : ces traités n'incluent pas la Chine, ce à quoi compte remédier Washington, en accord avec sa nouvelle doctrine de containment de la puissance asiatique. 

Or pour parvenir à amener Pékin à la table des négociations, les Etats-Unis comptent s'appuyer sur la Russie, comme l'a confié Mike Pompeo : «Il y a des dossiers sur lesquels nous devons travailler avec la Russie. Aujourd'hui [23 juillet] ou demain, nos équipes travailleront avec les Russes sur un dialogue stratégique pour, espérons-le, créer la prochaine génération d'accords de contrôle des armements, comme [Ronald] Reagan l'avait fait. C’est dans notre intérêt, c’est dans l’intérêt de la Russie. Nous avons demandé aux Chinois de participer. Ils ont refusé à ce jour. Nous espérons qu’ils changeront d’avis. [...] Si nous travaillons au côté de la Russie, je suis convaincu que nous pouvons rendre le monde plus sûr.»

Le président américain Donald Trump s'est d'ailleurs entretenu par téléphone avec son homologue russe Vladimir Poutine le 23 juillet à ce propos, réitérant «sa volonté d'éviter une course aux armements coûteuse à trois entre la Chine, la Russie et les Etats-Unis», selon la Maison Blanche. Le sujet sera au cœur des négociations entre les deux pays, qui se tiendront le 27 juillet prochain à Vienne.

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