«Honteux», «tendancieux» : le Venezuela rejette un rapport de l'ONU sur son système judiciaire

«Honteux», «tendancieux» : le Venezuela rejette un rapport de l'ONU sur son système judiciaire© Don Emmert Source: AFP
Jorge Arreaza, ministre des affaires étrangères de la République bolivarienne du Venezuela, lors d'une conférence de presse aux Nations unies à New York le 25 avril 2019.

Le Venezuela a rejeté en bloc un rapport de l'ONU pointant l'affaiblissement de l'indépendance de son système judiciaire. Selon la diplomatie vénézuélienne, ce rapport s'inscrit dans le cadre de la déstabilisation voulue par Washington.

«Le Venezuela rejette le rapport biaisé publié par le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme et le considère comme un exemple honteux de l'utilisation politique des mécanismes internationaux contre des Etats souverains et indépendants», a écrit le 16 juillet le chef de la diplomatie vénézuélienne Jorge Arreaza dans un communiqué. La veille, l'ONU avait publié un rapport estimant l'indépendance du système judiciaire au Venezuela «considérablement affaiblie», contribuant, selon ce texte, à l'impunité et à la persistance des violations des droits humains dans ce pays. 

«Ce rapport tendancieux [...] est un exemple palpable du deux poids deux mesures, de la manipulation et de l'utilisation politique honteuse des mécanismes internationaux par un petit groupe de pays», a estimé le ministère des Affaires étrangères vénézuélien. «Les gouvernements satellites des Etats-Unis sont clairement en évidence lorsqu'ils articulent leurs positions et leurs actions au sein de forums internationaux dans le cadre de l'agression [contre le Venezuela]», a ajouté le ministère.

Juan Guaido très contesté au sein de l'opposition

La publication du rapport du Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'Homme, demandé en septembre 2019 par le Conseil des droits de l'homme à Genève, a eu lieu une semaine après que la Cour suprême du Venezuela a suspendu le 7 juillet la direction du parti Voluntad Popular, présidé jusque là par l'opposant Juan Guaido, et en a remis le contrôle à un de ses rivaux, suite à des dissensions internes contestant la légitimité du poulain de Washington au Venezuela.

Pour rappel, Juan Guaido est cité à comparaître devant le ministère public de son pays dans le cadre d'une enquête pour «tentative de coup d'Etat» et «tentative de magnicide» contre le président vénézuélien Nicolas Maduro. Au sein même de l'opposition vénézuélienne, celui qui s'est autoproclamé président du Venezuela, soutenu par Washington et ses alliés, est loin de faire l'unanimité. Citée par le Monde, la politiste Colette Capriles rappelle que «Juan Guaido n’est pas devenu chef de l’opposition en raison de ses qualités personnelles, qui sont certaines. Il a été un rouage dans une stratégie politique élaborée pour contraindre Nicolas Maduro au départ, avec l’appui de la communauté internationale. Cette stratégie a échoué pour diverses raisons, qui ne tiennent pas toutes au leadership de Guaido». Toujours cité par le journal du soir, l'ancien diplomate Nicolas Rojas considère pour sa part que «Guaido a commis l’erreur de ne pas se démarquer de la droite la plus radicale, ni des partisans d’une intervention étrangère». Ainsi, rapporte Le Monde, la popularité de Juan Guaido est passée de 63% en janvier 2019 à 25,5% en mai 2020, selon un sondage de l’institut Datanalisis.

Devant la contestation grandissante de ses pairs et son implication dans la déstabilisation du pays, le tribunal suprême du Venezuela a donc décidé de nommer une «direction ad hoc» pour le parti : le député José Gregorio Noriega, un adversaire de Juan Guaido, dirige donc le parti en attendant une réorganisation interne. Noriega est un proche de Luis Parra qui avait été élu président de l'Assemblée nationale au milieu d'une élection où Guaido avait déserté pour aller se faire élire dans la rédaction d'un journal qui lui est acquis. Malgré l'aspect chaotique de ce scrutin, l'Assemblée nationale a tout de même reconnu Guaido comme son président contre l'avis de la Cour suprême. Noriega et Parra font partie des onze responsables vénézuéliens sanctionnés fin juin par Washington et l'Union européenne. 

Le 15 et 16 juin avaient déjà été prises des mesures similaires à celles concernant Voluntad Popular contre deux autres formations majeures de l'opposition, Accion Democratica (Action démocratique, social-démocrate) et Primero Justicia (Justice d'abord, centre).

Malgré un contenu globalement à charge, le Haut-Commissariat de l'ONU constate toutefois dans son rapport que le bureau du procureur général vénézuélien «s'est efforcé de faire en sorte que les responsables des violations des droits humains commises par les membres des forces de sécurité répondent de leurs actes». En effet, le 13 juin, le procureur général du Venezuela a par exemple ordonné d'arrêter cinq fonctionnaires de police des Forces d'actions spéciales (FAES) pour meurtre.

La nomination récente par les magistrats vénézuéliens des cinq membres du Conseil national électoral (CNE), en vue des futures élections législatives en décembre pour renouveler l'Assemblée nationale, a été critiquée par Washington et Bruxelles et fait partie des critiques formulées par le rapport de l'ONU. «Le régime a fait nommer un CNE qui se contentera d’entériner ses décisions et ignorera les conditions requises pour des élections libres», avait déclaré le secrétaire d’Etat américain, Mike Pompeo. Le Monde rappelle à cet égard que trois des cinq membres du CNE sont des femmes, perçues comme proches du chavisme. Le vice-président, Rafael Simon Jimenez, se définit, lui, comme opposant. Dans un entretien donné au journal digital TalCual, cet ancien parlementaire rappelle lui-même que l’opposition unie a pu emporter les élections de 2015, alors que le CNE était alors ouvertement favorable au pouvoir. L'opposant Rafael Simon reproche donc aux responsables politiques d’opposition d’avoir appelé au boycott des prochaines législatives, sans même attendre que soient définies les conditions du scrutin.

Meriem Laribi

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