«Provocation envers le monde civilisé»: la Grèce s'insurge contre la transformation de Sainte-Sophie

- Avec AFP

«Provocation envers le monde civilisé»: la Grèce s'insurge contre la transformation de Sainte-Sophie© Ozan Kose Source: AFP
Un homme brandit un drapeau national turc alors que les gens se rassemblent à l'extérieur du musée de Sainte-Sophie le 10 juillet 2020 à Istanbul pour célébrer la révocation du statut de musée, transformant la basilique en mosquée.

Particulièrement remontés, le gouvernement grec et l'Eglise orthodoxe russe ont multiplié les déclarations hostiles face à la décision de la justice turque de révoquer le statut de musée de l'ex-basilique Sainte-Sophie.

Les critiques pleuvent sur la Turquie, dont la justice a ouvert la voie à la transformation de l'ex-basilique Sainte-Sophie d'Istanbul en mosquée. En Grèce, pays qui entretient historiquement des relations de rivalité avec son voisin turc, le gouvernement a qualifié ce 10 juillet cette décision de «provocation envers le monde civilisé». «Le nationalisme dont fait preuve le président [turc Recep Tayyip] Erdogan ramène son pays six siècles en arrière», a estimé dans un communiqué la ministre grecque de la Culture Lina Mendoni. 

Le Conseil d'Etat turc a en effet accédé ce 10 juillet à la requête de plusieurs associations en annulant une décision gouvernementale datant de 1934 conférant à Sainte-Sophie le statut de musée. Mais selon la ministre grecque de la Culture, cette décision de justice «confirme qu'il n'y a absolument aucune indépendance de la justice» en Turquie. «Sainte-Sophie est un monument appartenant à toute l'humanité, indépendamment de toute croyance religieuse», a rappelé la ministre grecque de la Culture.

La paix et la concorde entre les religions sont des questions extrêmement fragiles et complexes et qui ne peuvent supporter des décisions irréfléchies et purement politiques

Le patriarche œcuménique Bartholomée Ier, chef spirituel de l’Eglise orthodoxe, a averti le mois dernier que la transformation de Sainte-Sophie en mosquée pourrait «tourner des millions de chrétiens dans le monde contre l'islam». L'Eglise orthodoxe russe a pour sa part regretté ce même jour que l'«inquiétude» de «millions de Chrétiens» n'ait pas été entendue par la Turquie. «Nous constatons que l'inquiétude des millions de Chrétiens n'a pas été entendue», a déclaré le porte-parole de l'Eglise russe Vladimir Legoïda, cité par l'agence Interfax, réagissant à la décision du plus haut tribunal administratif en Turquie, avant sa confirmation par le président Recep Tayyip Erdogan.

Moscou rappelle que la Turquie est souveraine tout en relevant la «valeur sacrée» de Sainte-Sophie

«La paix et la concorde entre les religions sont des questions extrêmement fragiles et complexes et qui ne peuvent supporter des décisions irréfléchies et purement politiques», a ajouté le porte-parole de l'Eglise russe, cité par l'agence RIA Novosti.

Les autorités russes et le patriarcat de Moscou avaient déjà fait part le 6 juillet de leur profonde inquiétude quant aux intentions turques pour Sainte-Sophie. Le patriarche russe Kirill avait ainsi dénoncé «toute tentative d'humilier ou de piétiner l'héritage spirituel millénaire de l'Eglise de Constantinople», dont Moscou se considère comme la principale héritière avec la Grèce. «Une menace envers Sainte-Sophie est une menace pour l'ensemble de la civilisation chrétienne», avait-il ajouté, en appelant Ankara à la «prudence».

Le Kremlin avait pour sa part relevé que Sainte-Sophie avait «une valeur sacrée» pour les Russes, tout en jugeant que la question de la reconversion ou non du lieu relevait «des affaires intérieures de la Turquie». C'est justement sur ce terrain que le président turc avait contre-attaqué le 3 juillet, déclarant : «Porter des accusations contre notre pays au sujet de Sainte-Sophie revient à attaquer directement notre droit à la souveraineté.»

Après la décision du plus haut tribunal administratif, le président turc Recep Tayyip Erdogan a annoncé dans la foulée l'ouverture de l'ex-basilique aux prières musulmanes. Il a précisé qu'une première prière musulmane aurait lieu le 24 juillet à Sainte-Sophie et que celle-ci resterait ouverte aux visiteurs non-musulmans.

Œuvre architecturale majeure construite au VIe siècle par les Byzantins qui y couronnaient leurs empereurs, Sainte-Sophie est un site classé au patrimoine mondial par l'Unesco, et l'une des principales attractions touristiques d'Istanbul. Convertie en mosquée après la prise de Constantinople par les Ottomans en 1453, Sainte-Sophie a été transformée en musée en 1935 par le dirigeant de la jeune République turque, Mustafa Kemal, soucieux de «l'offrir à l'humanité».

L'Unesco fait part de sa «profonde préoccupation»

Peu avant l'annonce de la décision turque, l'Unesco s'était dite «préoccupée» par le sort de l'ex-basilique et avait appelé la Turquie au dialogue avant toute mesure susceptible de «porter atteinte» à «la valeur universelle» de ce monument du patrimoine mondial. 

Après l'officialisation de la nouvelle, l'Unesco a «vivement» regretté la décision des autorités turques «prise sans dialogue préalable» dans un communiqué publié ce 10 juillet au soir et signé par Audrey Azoulay, directrice de l'organisation. Elle explique avoir fait part de «sa profonde préoccupation à l'ambassadeur de Turquie auprès de l'Unesco». «Sainte-Sophie est une composante des Zones historiques d’Istanbul inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco», souligne la directrice. L'ex-basilique «est un chef-d’œuvre architectural et un témoignage unique de la rencontre de l’Europe et de l’Asie au cours des siècles. Son statut de musée reflète l'universalité de son héritage et en fait un puissant symbole de dialogue», poursuit-elle. 

«Il est important d'éviter toute mesure de mise en œuvre qui ne serait pas préalablement discutée avec l'Unesco et qui entraînerait des conséquences sur l’accès physique, sur la structure du bâti, sur les biens mobiliers et sur le mode de gestion du site», a de son côté souligné dans le communiqué Ernesto Ottone Ramirez, sous-directeur général de l'Unesco pour la culture. «De telles mesures pourraient en effet constituer des violations des règles issues de la Convention du Patrimoine mondial de 1972», prévient-il.

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