Face à la crise pétrolière, le Koweït veut réduire de 40% la part des expatriés dans le pays

Face à la crise pétrolière, le Koweït veut réduire de 40% la part des expatriés dans le pays© YASSER AL-ZAYYAT Source: AFP
Le Premier ministre Sabah al-Khaled al-Sabah (à droite) s'exprime lors d'une session du Parlement à l'Assemblée nationale à Koweït City, le 16 juin 2020 (image d'illustration).
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Alors que 70% de sa population est étrangère, le Koweït entend réduire la part de sa main-d'œuvre venue d'ailleurs. L'objectif étant de pallier la chute des revenus du pétrole due à la pandémie de Covid-19.

Au Koweït, où 3,4 millions de personnes sur les 4,8 millions d'habitants sont des étrangers, les autorités du pays multiplient depuis plusieurs semaines les annonces appelant à la «Koweitisation» des emplois, soit à réduire la part de la main-d'œuvre étrangère dans l'emploi public et privé. La raison ? Les dures conséquences de la pandémie de Covid-19 sur l'économie nationale.

Courant mai, et à quelques mois des élections législatives prévues en fin d'année, des parlementaires ont présenté un projet de loi visant à instaurer des quotas concernant le recrutement des étrangers. Quelques jours plus tard, des parlementaires ont appelé au gel des embauches d'immigrés dans le secteur public. Un appel notamment suivi par la compagnie aérienne Kuwait Airways, qui a annoncé fin mai le licenciement de près de 1 500 employés expatriés, soit 25% de son personnel étranger.

Nous sommes confrontés à un défi pour rétablir l'équilibre [démographique] […]. Nous sommes responsables de tous ceux qui vivent sur cette terre […], en particulier face à la situation actuelle

Une tendance dans laquelle s'inscrit le secteur pétrolier, gros pourvoyeur d'emplois au Koweït : début juin, le ministre koweïtien du Pétrole, Khaled al-Fadel, déclaré qu'aucun expatrié ne serait recruté dans le secteur dont il a la charge pour l'année 2020-2021. Une annonce suivie par une déclaration du Premier ministre, Cheikh Sabah al-Khaled al-Sabah, qui a affirmé vouloir réduire de 40% la part des expatriés dans le pays. «Nous sommes confrontés à un défi pour rétablir l'équilibre [démographique] […]. Nous sommes responsables de tous ceux qui vivent sur cette terre […], en particulier face à la situation actuelle», a-t-il expliqué.

Résultat, 92 000 expatriés ont déjà quitté le pays au cours des trois derniers mois, selon le directeur des opérations à la Direction générale de l'aviation civile, Mansour Al Hashim.

«La récession mondiale devrait réduire les revenus pétroliers du gouvernement dans un avenir proche»

Dans une pays où le secteur pétrolier compte pour 90% des revenus d'exportation, 90% des recettes budgétaires et 50% du produit intérieur brut (PIB), selon une étude de la Direction générale du Trésor français publiée en septembre 2019, l'économie koweïtienne est lourdement touchée par la diminution des exportations d'hydrocarbures due à la crise sanitaire.

«La récession mondiale devrait réduire les revenus pétroliers du gouvernement dans un avenir proche», anticipe Geoffrey Martin, un analyste économique canadien basé au Koweït et cité par RFI.

La Banque nationale du Koweït a par ailleurs estimé que le déficit budgétaire du pays pourrait atteindre 40% du PIB en 2020, soit le pire niveau atteint depuis la première guerre du Golfe (1990-1991). «80% des petites et moyennes entreprises du pays pourraient par ailleurs disparaître», précise l'analyste.

C'est pourquoi, «l'austérité et la restructuration économique est une nécessité» et «la réduction du nombre d'expatriés au Koweït est l'une des nombreuses options politiques actuellement examinées pour faire face aux dommages économiques à court et à long terme», fait savoir Geoffrey Martin.

Toutefois, cette stratégie pourrait se révéler gagnante «même si elle sera très douloureuse, surtout pour les nationaux qui feront face à la hausse des prix des produits de base, à la réduction des subventions et à l'augmentation du coût de la vie», conclut l'analyste.

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