Covid-19 : l'Allemagne condamne les insultes subies par des Français dans les zones frontalières

- Avec AFP

Covid-19 : l'Allemagne condamne les insultes subies par des Français dans les zones frontalières© Tobias Schwarz Source: AFP
Le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, s'adresse aux médias à Berlin, le 17 mars 2020 (image d'illustration).

Le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, s'est ému des insultes adressées en mars à des Français en déplacement dans les zones frontalières allemandes, dans le contexte de crise sanitaire du coronavirus.

«Le coronavirus ne connaît pas de nationalité. C'est la même chose pour la dignité humaine. Cela fait mal de voir comment nos amis français sont parfois insultés et attaqués à cause du Covid-19. Un tel comportement n'est pas possible. Nous sommes dans le même bateau !», a tweeté le 11 avril le chef de la diplomatie allemande, Heiko Maas.

On entend dire que les Français sont insultés et qu'on leur jette des œufs

Le ministre des Affaires étrangères faisait écho à une déclaration de la ministre de l'Economie de la Sarre, région limitrophe du Grand-Est français moins touchée par la pandémie de Covid-19. Cette responsable régionale, Anke Rehlinger, avait récemment présenté ses excuses de la part de l'Allemagne. «On entend dire que les Français sont insultés et qu'on leur jette des œufs. Quiconque fait cela pèche contre l'amitié de nos peuples», avait-elle regretté le 8 avril sur Twitter. Et d'ajouter : «Je présente mes excuses à nos amis français pour ces incidents isolés.»

Des faits isolés ?

La consule de France en Sarre, Catherine Robinet, a confirmé le 11 avril à l'AFP la réalité d'incidents «isolés» en mars, visant des Français dans cette région d'Allemagne, après la décision des autorités sanitaires allemandes de déclarer le Grand-Est français zone à risque concernant le coronavirus. De plus, des commentaires hostiles avaient également été constatés sur certains forums internet.

Pourquoi vous venez acheter [du paracétamol] ? Y'en a pas en France ?

Catherine Robinet a indiqué que «plusieurs femmes de ménage françaises» travaillant en Allemagne pour une société de nettoyage, pour certaines depuis des années, «se sont vues refuser du jour au lendemain l'entrée dans leur entreprise» et ont été «choquées».

Une Française venue acheter du paracétamol dans une pharmacie allemande s'est entendu dire au guichet : «Pourquoi vous venez en acheter ? Y'en a pas en France ?» Autre exemple, une Française résidant à Forbach (Moselle) était venue rendre visite à sa sœur habitant à Sarrebruck. Alors qu'elle se trouvait dans un grand magasin, avant sa fermeture en Allemagne pour cause de pandémie, une personne l'avait interpellée en ces termes : «Vous n'avez rien à faire ici, allez faire vos courses en France !»

La consule de Sarre a toutefois appelé à ne pas «généraliser» un sentiment anti-français. Elle a indiqué avoir reçu en parallèle de nombreux messages de sympathie et souligné que «l'inverse est aussi vrai», avec des réactions de mauvaise humeur de certains Français en France contre des Allemands.

«Retourne dans ton pays du corona !»

Les faits remontent au mois de mars pour l'essentiel. A l'époque, plusieurs maires de villes de Sarre, région limitrophe du Nord-Est de la France, s'étaient émus d'insultes à l'égard de Français se trouvant dans la région, dans le contexte de la pandémie de Covid-19.

Uwe Conrad, l'édile de Sarrebruck, capitale régionale de la Sarre, les avait ainsi jugées «inacceptables».

De son côté, Michael Clivot, maire de la petite commune allemande de Gersheim, avait constaté «une certaine hostilité envers nos amis français» dans sa région. «Certains sont insultés et arrêtés dans la rue», «certains Français n'osent plus venir ici», s'était-il alarmé dans une interview récente au site d'information t-online. Avec plusieurs de ses collègues, il s'est adressé à ses administrés dans des messages vidéo diffusés sur Facebook.

Des Français l'avaient approché pour lui dire qu'on leur avait craché dessus lors de promenades ou à la caisse de supermarchés. L'un d'eux s'était entendu dire : «Retourne dans ton pays du corona !», a-t-il expliqué.

Par ailleurs, l'Allemagne et la France ont réintroduit des contrôles à leur frontière en raison de la pandémie, mais des exceptions sont prévues pour les travailleurs frontaliers. Avec plus de 2 000 personnes officiellement décédées, la région Grand-Est constitue le premier foyer de contamination en France, alors que sa voisine allemande, la Sarre, ne comptabilise que 41 victimes officiellement recensées par l'institut Robert Koch. Globalement, l'Allemagne affiche un taux de mortalité très inférieur à la France pour un nombre de cas avérés similaire. 

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