Syrie, Libye, Yémen : comment se préparer à l'épidémie du coronavirus malgré les conflits en cours ?

Auteur: RT France

Au moment où la pandémie du coronavirus se propage à travers le monde, certains pays vont devoir gérer cette crise sanitaire dans des situations déjà compliquées. De fait, le CoviD-19 pourrait frapper des zones déjà ravagées par la guerre. Exemples.

«Le CoviD-19 ne se soucie pas de la nationalité ou de l'origine ethnique, de la faction ou de la foi. Il attaque tous sans relâche. Pendant ce temps, les conflits armés font rage dans le monde entier et les plus vulnérables paient le prix le plus élevé. C'est pourquoi j'appelle à un cessez-le-feu mondial immédiat», a écrit ce 24 mars le secrétaire général des Nations unies, António Guterres.

Alors que cet appel fait évidemment écho aux multiples conflits en cours de part et d'autre du globe, où en est la propagation du coronavirus dans les territoires meurtris par la guerre ? Malgré des recensements d'autant plus difficiles en territoires marqués par l'instabilité politique, la chaîne RT France s'est penchée sur la situation en Libye, en Syrie et au Yémen.

Syrie : hôpitaux militaires réquisitionnés et premières mesures nationales

Selon de récentes annonces officielles, la pandémie du coronavirus n'épargnera a priori pas la Syrie.

Déchirée par une guerre impliquant de multiples acteurs internationaux depuis 2011, la population syrienne se réhabituait depuis peu à retrouver le rythme d'une vie normale, après la libération de l'immense majorité du territoire par les forces gouvernementales, soutenues par la Russie. Dorénavant, l'armée syrienne multiplie les efforts pour la reconquête de la province d'Idleb, dans le nord ouest du pays, où subsiste une dernière poche de combattants islamistes. Devenue explosive ces derniers mois, notamment du fait de l'intervention de la Turquie sur le sol syrien, la situation pourrait évoluer au vu des derniers échanges entre Moscou et Ankara. Comme le rapporte le quotidien russe Vedomosti cité ce 25 mars par l'agence Reuters, le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou était cette semaine pour une visite de deux jours en Syrie avec pour objectif d'essayer de prévenir une flambée des tensions dans la zone qui pourrait détourner la Russie, la Turquie et la Syrie de l'engagement de ressources pour lutter contre les coronavirus.

En tout état de cause, c'est dans un contexte pour le moins tendu qu'a été officiellement annoncée le 24 mars la première contamination au coronavirus dans le pays. «Trois nouveaux cas positifs coronavirus [ont été détectés] en Syrie, [en provenance] du groupe qui avait été mis en quarantaine à Dweir la semaine dernière», précise même une dépêche de l'agence d'Etat Sana ce 25 mars.

Les tests de dépistage du coronavirus doivent commencer dans les jours à venir dans le nord-ouest de la Syrie, a déclaré l'Organisation mondiale de la santé (OMS), qui craint une catastrophe si la pandémie atteint des camps de déplacés surpeuplés. En outre, la région d'Idleb, qui compte quelque trois millions d'habitants, n'a pas encore enregistré un seul cas de Covid-19, mais les conditions dans le dernier grand bastion rebelle du pays sont particulièrement «mûres» pour une épidémie, ont averti des groupes d'aide cités le 24 mars par le média en ligne Middle East eye.

L'armée syrienne avait pour sa part annoncé dès le 21 mars avoir préparé des hôpitaux militaires et avoir donné des ordres pour minimiser les rassemblements. Cité par l'agence Reuters, Samer Khodr, directeur de l'hôpital de Damas, a déclaré que «tous les hôpitaux privés et publics du pays étaient prêts dans le cadre d'un plan national de lutte contre le virus». Toujours selon Reuters, les prix des désinfectants et des masques seraient montés en flèche dans la capitale où a débuté un phénomène d'achats de masse ces derniers jours. «Des lignes se sont formées devant les épiceries, les banques et les stations-service de Damas alors que les gens se préparaient à des fermetures importantes», décrivait Al-Jazeera le 23 mars, expliquant par ailleurs que «le gouvernement [avait] déjà fermé des restaurants, des cafés et d'autres entreprises, et interrompu les transports publics».

Libye : un premier cas officiel alors que les affrontements continuent 

Déstabilisée par l’intervention de l’OTAN en 2011, la Libye est depuis 2014 fracturée par la rivalité entre le chef du gouvernement d'union nationale Fayez al-Sarraj et le maréchal Khalifa Haftar. Théâtre d'affrontements entre les deux camps rivaux malgré plusieurs initiatives internationales pour mettre fin au conflit, le pays pourrait ne pas être épargné, lui non plus, par la pandémie actuelle.

Comme le rapporte l'AFP, le ministre de la Santé du gouvernement d'union nationale (GNA) basé dans la capitale a annoncé dans la soirée du 24 mars avoir détecté un premier cas de contamination au coronavirus. Il a expliqué que «les mesures nécessaires [avaient] été prises pour traiter [ce premier cas]». De son côté, le directeur du Centre national de lutte contre les maladies, Badreddine al-Najar, a affirmé que le patient, âgé de 73 ans, était rentré depuis une semaine d'Arabie saoudite via la Tunisie, ajoutant que toutes les personnes ayant été en contact avec lui allaient être suivies et subiraient un test de détection du CoviD-19. 

Cette annonce du premier cas d'infection en Libye s'inscrit dans un contexte de propagation où les bilans officiels sont plus conséquent dans les Etats voisins.

A l'ouest du pays par exemple, la Tunisie dénombrait officiellement au 23 mars 89 cas de contamination avec trois décès recensés. A l'est cette fois, ce sont 285 cas de contaminations dont huit morts qui étaient recensés par l'Egypte au 21 mars, selon les chiffres officiels. Au sud de la Libye, si le Tchad n'a pour l'heure annoncé aucun cas confirmé, le Niger faisait état le 24 mars de la septième infection détectée dans le pays.

Pour l'heure, le gouvernement libyen d'union nationale (GNA) a par précaution fermé les ports et aéroports sous son contrôle. En outre, alors qu'une trêve dite «du coronavirus» avait été acceptée le 21 mars par les deux parties rivales, son sort semble pour le moins compromis. En effet, comme le rapporte Rfi ce 24 mars, les deux camps s’accusent mutuellement d'avoir rompu la trêve et l’Armée nationale libyenne (ANL) de Khalifa Haftar pointe également du doigt les combattants turcs qui épaulent les forces de Tripoli. 

Yémen : une terrible menace qui n'a pas encore frappé

Au Yémen, aucun cas officiel n'a pour l'heure été annoncé. Cependant, comme l'a par exemple rapporté TV5 Monde le 24 mars, plusieurs ONGs redoutent l'arrivée de la pandémie dans le pays où des millions d'habitants n'ont pas accès à l'eau potable. «Impossible pour eux d'effectuer les gestes barrières, comme se laver les mains», explique la chaîne d'information.

Et de fait, selon un constat de l'ONU dressé en 2018, le territoire est en proie à «la pire crise humanitaire au monde». Depuis 2015, le Yémen est le théâtre d'une guerre opposant les rebelles chiites houthis, qui contrôlent le port de Hodeida ainsi que la capitale yéménite Sanaa, à une coalition arabe sous commandement saoudien qui défend le gouvernement réfugié à Aden, dans le sud du pays et qui bombarde régulièrement le pays. En plus de trois ans, le conflit a fait des dizaines de milliers de morts.

Comme l'a rapporté l'AFP le 21 mars, dans la capitale Sanaa, les rebelles ont fermé les écoles et l’aéroport qui servait uniquement aux vols de l’ONU et à acheminer de l’aide humanitaire alors que les riches pays voisins du Golfe ont annoncé environ 1 000 cas de personnes infectées par le coronavirus. Des agents sanitaires portant des masques ont vaporisé un désinfectant dans les rues de Sanaa.

«Le virus ne respecte pas les frontières, il ne fait pas de différence entre les individus de l’est, ouest, nord ou sud du pays», a déclaré le représentant du Yémen à l’OMS, Altaf Musani.

Fabien Rives

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