Burkina Faso, comprendre une crise en six points clés

La crise en Burkina Faso Source: Reuters
La crise en Burkina Faso

«La transition est de retour», c'est par ces mots que Michel Kafando a repris ses fonctions de président du Burkina Faso ce 23 septembre à Ouagadougou. Retour sur le coup d'état qui l'a renversé, lui et son gouvernement, le 16 septembre dernier.

Chronologie d'un putsch annoncé

  • 28 octobre 2014 : A l'appel de l'opposition et de la société civile, des milliers de Burkinabè manifestent dans la capilal Ouagadougou pour refuser la modification de la constitution décidée par le président Blaise Compaoré. Ce dernier souhaite se présenter à un cinquième mandat, après 27 ans au pouvoir. Devant la pression populaire, Blaise Compaoré cède et quitte le pays.
  • 17 novembre 2014 : L'armée reprend les rênes du pouvoir. Michel Kafando est nommé président intérimaire par une instance composée de civils et de militaires. Des purges ont alors lieu au sein de l'armée et le général Diendéré, ancien chef d'état major de Blaise Compaoré, est démis. C'est aussi le début d'un conflit larvé entre le Premier ministre de la transition Isaac Zida et le RSP (Régiment de sécurité présidentielle), l'ancienne garde présidentielle de Blaise Compaoré. Isaac Zida en souhaite la dissolution, les 1 200 hommes qui la composent étant soupçonnés d'être demeurés fidèles à l'ancien président déchu ainsi que de fomenter un coup d'Etat.
  • Février 2015 : Plusieurs milliers de Burkinabè demandent la suppression du RSP, vestige selon eux, d'un régime honni. Ils soupçonnent également Blaise Compaoré, réfugié au Maroc, de velléités de retour au pouvoir avec pour levier le RSP.
  • Avril 2015 : Un nouveau code électoral est adopté. Il porte un coup aux partisans de Blaise Compaoré puisqu'il leur interdit de se présenter aux élections présidentielles et législatives prévues en octobre.
  • 16 septembre 2015 : Moins de trois semaines avant le scrutin, le RSP fait irruption en plein conseil des ministres. Ils prennent en otage le président, le Premier ministre et deux ministres. Les institutions de transition sont dissoutes. Le général Diendéré prend le pouvoir.

Qui est le général putschiste, Gilbert Diendéré ?

C'est un fidèle parmi les fidèles de Blaise Compaoré qui a tenté de s'emparer du pouvoir. Il est son ancien chef d'état-major particulier et également celui qui est soupçonné d'avoir été à la tête du commando qui a abattu le père de la révolution burkinabè, Thomas Sankara. 

A ceux qui ont vu la main de Blaise Compaoré derrière ce coup d'état, le général Diendéré a assuré n'avoir pas eu de contact avec lui «ni avant ni après le coup d’État». Après la chute de Blaise Compaoré, il avait été démis de ses fonctions de chef d’état-major particulier du président, puis écarté du Régiment de sécurité présidentielle (RSP) qu’il dirigeait depuis 1987.

En savoir plus : Burkina Faso, les institutions sont «dissoutes» (source militaire)

Le rôle de la Cédéao

Dés le début de la crise, la communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) s'est chargée de la médiation pour un retour aux institutions de transition. Sous la médiation du sénégalais Macky Sall et du béninois Yayi Boni, l'organisation sous-régionale a obtenu un accord avec les putchistes : le rétablissement de Michel Kafando dans ses fonctions de président de la transition ; l'envoi d'observateurs militaires et humanitaires pour faciliter le dialogue ; le RSP doit déposer les armes et les forces loyalistes ne doivent plus intervenir. 

Plus largement la Cédéao réaffime ainsi son rôle d'organisation également chargée de trouver des solutions aux crises politiques dans l’espace communautaire des 15 pays africains qui la composent.

En savoir plus : Burkina Faso, le Premier ministre libéré, l'armée négocie la reddition des putschistes

Le rôle de la France ?

Dès le début de la crise au Burkina Faso, François Hollande avait fermement appelé les putchistes à déposer les armes et à rendre le pouvoir aux forces légitimes. Seules actions officielles que la France semblait vouloir envisager, celles des sanctions. Le président Hollande avait également indiqué que les militaires français sur place n'ont «pas à interférer» dans les événements en cours.

Cependant, lors des évènements d'octobre 2014 qui avaient mené à la chute de Blaise Compaoré, la France avait contribué, selon les termes même de François Hollande, mais «sans y participer», au transfert de l'ancien président burkinabè vers la Côte d'Ivoire, le soustrayant ainsi à toute poursuite judiciare dans son pays. Le président français avait également reconnu le rôle de la France dans la médiation entre Blaise Compaoré et l'armée. Si la France avait à l'époque fait preuve officiellement de réserve et de discrétion sur cette crise, François Hollande avait déclaré par la suite avoir «mis en garde» Blaise Compaoré et lui avait écrit «ne pas engager la révision de la Constitution» pour se maintenir au pouvoir.

Après le putsch de septembre, la France en tant qu'ancienne puissance coloniale, s'en est tenue à cette réserve officielle. Il semble qu'elle a laissé entre les mains de la Cédéao la gestion de la crise.

Le rôle de la société civile

Au Burkina, les activistes du mouvement «Balai citoyen» ont été le fer de lance de la révolte qui avait chassé du pouvoir Blaise Compaoré. Très actif depuis, ce mouvement rejette le plan de sortie de crise élaboré par la Cédéao qui prévoit l'amnistie pour les putschistes et la participation de candidats du parti de Blaise Compaoré aux prochaines élections. La Balai citoyen a toujours refusé de se voir confisquer sa révolution par les restes du régime de Blaise Compaoré comme par le plan de la Cédéao.

Une crise surveillée de près par d'autres chefs d'Etats africains

A l'instar de Blaise Compaoré, plusieurs chefs d'Etats africains ont également des velléités de modifier la constitution de leur pays afin de se maintenir au pouvoir. Pour beaucoup, 2015 est ou a été une année charnière.

Congo-Brazzaville : Le président Denis Sassou Nguesso vient d'annoncer vouloir soumettre au référendum une nouvelle constitution susceptible de lui permettre de briguer un nouveau mandat. A 72 ans, le président est pourtant frappé par la limite d’âge et l’interdiction d’exercer plus de deux mandats. Cette interidction est inscrite dans la Constitution de 2002 et l'empêche théoriquement de se présenter à la prochaine présidentielle, prévue à la mi-2016.

Rwanda : Le président rwandais Paul Kagamé est en fonction depuis 2000. S'il ne s'est pas encore prononcé officiellement sur ses intentions pour l'élection de 2017, il a cependant déclaré qu'il fallait «laisser les pays et leurs populations décider par eux-mêmes de leurs propres affaires». Une sortie qui laisse entrevoir la possibilité d'un référendum lui permettant de reporter son départ du pouvoir. 

République démocratique du Congo : Joseph Kabila a été élu en 2001. Cependant, le président congolais affiche la volonté de se présenter en 2016 pour une troisième fois. Un projet de loi constitutionnelle avait été déposé par le gouvernement devant le Parlement en 2013, projet finalement abandonné après la chute du voisin burkinabé Compaoré. Cependant, Joseph Kabila a toujours refusé de s’engager publiquement à quitter le pouvoir à l’issue de son mandat, comme le lui demande l'opposition.

Bénin : Un an avant la fin de son deuxième et dernier mandat, le Président Yayi Boni a déposé en avril dernier un texte de loi pour modifier la constitution. Le but ? Lui permettre de briguer un troisième mandat. Pourtant, dès décembre 2014, suite à ce projet de révision, la population béninoise était dans la rue pour s’y opposer. 

Burundi : En avril dernier, le président Pierre Nkurunziza a annoncé sa candidature à un troisième mandat alors que la constitution l'en empêchait. Trois mois de grave crise politique s'en suivront, jusqu'à sa réélection en juillet dernier lors d'un scrutin jugé non crédible par les observateurs internationaux.

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