L’Iran fustige la «misérable incompétence» de la France, du Royaume-Uni et de l’Allemagne

L’Iran fustige la «misérable incompétence» de la France, du Royaume-Uni et de l’Allemagne© Atta Kenate Source: AFP
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Javad Zarif, le 21 octobre 2019, dans une université de Téhéran, en Iran (image d'illustration).

Répondant à une lettre commune des pays de l'E3 adressée à Antonio Guterres, dénonçant de possibles violations par l'Iran d'une résolution de l'ONU, Javad Zarif a mis en lumière un «mensonge désespéré» visant à «se plier à l’intimidation américaine».

Dans une lettre commune envoyée au secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, les ambassadeurs auprès des Nations unies (ONU) du groupe E3 (France, Allemagne, Royaume-Uni), ont dénoncé la violation, selon eux, par l’Iran, d’une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU visant à empêcher le développement de «missiles balistiques à capacité nucléaire».

Les émissaires de l’E3 ont demandé à Antonio Guterres d’informer, lors de son prochain rapport, le Conseil de sécurité que l’activité de l’Iran en matière de missiles balistiques est «incompatible» avec une résolution approuvant l’accord de Vienne sur le nucléaire signé en 2015.

Une lettre qualifiée sur Twitter par le ministre des Affaires étrangères de la République islamique, Javad Zarif, de «mensonge désespéré consistant à dissimuler leur misérable incompétence dans l’accomplissement du strict minimum prévu dans leur propre plan d’action». «Si l’E3 veut un minimum de crédibilité au niveau mondial, il peut commencer par exercer sa souveraineté plutôt que de se plier à l’intimidation américaine», a-t-il fait valoir.

Majid Takht Ravanchi, le représentant iranien auprès de l’ONU, s’est lui aussi fendu d’une lettre à l’adresse d’Antonio Guterres. «L’Iran ne mène aucune activité en contradiction avec le paragraphe 3 de l’annexe B de la résolution 2231», a-t-il souligné, précisant que «l’Iran est déterminé à poursuivre ses activités en lien avec les missiles balistiques […] nécessaires à la préservation de sa sécurité».

Une résolution discutée

Mais que dit le fameux troisième paragraphe contenu dans l’annexe B de la résolution 2231 ? Adopté en juillet 2015, il stipule que «l’Iran est tenu de ne mener aucune activité liée aux missiles balistiques conçus pour pouvoir emporter des armes nucléaires, y compris les tirs recourant à la technologie des missiles balistiques, jusqu’au huitième anniversaire de la date d’adoption du Plan d’action ou jusqu’à la date de la présentation par l’AIEA d’un rapport confirmant la Conclusion élargie, si elle est antérieure».

Toujours est-il que le ministre iranien a reçu un soutien inattendu : celui de Brian Hook, émissaire de la diplomatie américaine pour l’Iran. S’adressant à la presse depuis Washington le 5 décembre, il a mis en lumière l’un des «nombreux défauts de l’accord nucléaire iranien» qui «a mis fin à l’interdiction des essais de missiles balistiques par l’Iran». Arguant d’une «concession» faite aux Iraniens, il a néanmoins reconnu une «erreur», donnant ainsi raison à Javad Zarif.

Une intervention appréciée par le ministre des Affaires étrangères de la République islamique. «Brian Hook a offert à nos partenaires de l’E3 un rappel opportun, reconnaissant ouvertement que le test de missiles n’est pas interdit par la résolution 2231 du Conseil de sécurité», a-t-il fait savoir, toujours sur le réseau social.

Rencontre à Vienne sous haute tension

Toutefois, les pays de l’E3 ont exprimé dans leur lettre une «forte préoccupation» à propos de plusieurs essais menés récemment par l’Iran, comme le 22 avril dernier lors du test d’une nouvelle version d’un missile balistique à moyenne portée de type Shabab-3. Selon les trois puissances européennes, ceux-ci peuvent transporter une arme nucléaire. Il est également reproché à la République islamique un autre test datant du 24 juillet dernier, toujours à propos de ce qui pourrait être «un missile Shabab-3 de moyenne portée».

Lors d'un point presse tenu le 5 décembre, la porte-parole du Quai d’Orsay, Agnès von der Mühll, a assuré avoir «exprimé à de nombreuses reprises notre forte préoccupation au sujet des activités balistiques de l’Iran qui ne sont pas conformes à ses obligations au titre de la résolution 2231 du Conseil de sécurité des Nations unies et constituent une menace pour la sécurité régionale et internationale». «Nous appelons à nouveau l’Iran à respecter l’ensemble de ses obligations», a-t-elle également prévenu.

La rencontre de la commission conjointe des parties prenantes de l'accord sur le nucléaire iranien, qui doit se réunir à Vienne ce 6 décembre, et regroupe les pays de l’E3 auxquels s’ajouteront la Russie et la Chine, promet donc d’être animée, sinon houleuse. D’après plusieurs sources diplomatiques européennes reprises par Reuters, il est peu probable que les parties trouvent un compromis.

Néanmoins, plusieurs émissaires du Vieux continent ont remarqué, toujours auprès de l’agence de presse, qu’il était improbable de voir la mise en place du «Snap-Back», mécanisme de retour aux sanctions décrétées par l’ONU en cas de violation par l’Iran de ses obligations, dans les semaines à venir, comme l’avait laissé entendre le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian le 27 novembre.

Depuis la décision unilatérale des Etats-Unis, en mai 2018, de se retirer de l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien, les tensions n’ont fait que s’exacerber entre la république islamique et les nations européennes. En réponse au retrait américain, l’Iran avait annoncé, en septembre, la mise en route de centrifugeuses avancées visant à produire de l'uranium enrichi à 4,5%, taux interdit par l'accord de Vienne.

Alexis Le Meur

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