Syrie : la politique étrangère britannique face à ses contradictions

Le ministre des Affaires étrangères britannique confronté à l'incohérence de la politique britannique sur la Syrie. Source: Reuters
Le ministre des Affaires étrangères britannique confronté à l'incohérence de la politique britannique sur la Syrie.

Le ministre des Affaires étrangères du Royaume-Uni a, pour la première fois, ouvert la porte à un maintien au pouvoir de Bachar al-Assad durant une période de transition. De son côté, David Cameron appelle à bombarder la Syrie pour vaincre le régime.

C’est à ne plus rien y comprendre. Mercredi, Philip Hammond, ministre des Affaires étrangères du Royaume-Uni, a envisagé le maintien au pouvoir du président syrien Bachar al-Assad. Certes, il évoque seulement «une courte période de transition» sous l’égide d’une supervision internationale. Mais l’annonce marque tout de même un tournant dans les propos de celui qui, en juillet dernier, souhaitait encore renverser le régime de Damas coûte que coûte. «Nous continuerons à entraîner et équiper l’opposition modérée afin qu’elle combatte les forces d’Assad» déclarait-il à l’époque. Aujourd’hui, selon son ministre, le royaume se veut «pragmatique» : «Je ne dis pas qu’Assad et ses amis doivent s’en aller aujourd’hui».

Il reste que Philip Hammond, souhaite, à terme, le départ du président syrien : «Ce dont je ne suis pas prêt à discuter, c’est de la position des Russes et des Iraniens qui souhaitent des élections en Syrie incluant Assad. Nous ne pouvons pas travailler avec lui autrement que sur du court terme, le temps d’une transition du pouvoir.»

Cameron veut détuire Daech et… Assad

Alors que Philip Hammond revenait sur ses positions concernant Bachar al-Assad, le chef du gouvernement britannique a tenu un tout autre discours. David Cameron s’exprimait mercredi devant le parlement pour soutenir à nouveau l’idée de frappes aériennes britanniques en Syrie. Selon lui, le régime de Damas et Daesh doivent être vaincus : «Assad doit s’en aller, l’Etat islamique doit s’en aller, et pour se faire, il ne suffit pas de dépenser de l’argent, d’aider, de faire de la diplomatie mais bien de requérir à une puissante force militaire.»

Vous ne suivez plus ? Et bien il semble que le ministre des Affaires étrangères soit disposé à garder Assad au pouvoir, même pour une courte période, pendant que son Premier ministre souhaite le bombarder. Deux déclarations plutôt contradictoires de la part d’un gouvernement, qui plus est le même jour. A l'Elysée on appellerait cela un couac.

Se lier à Damas pour combattre Daesh ? L’idée a ses soutiens

On l’a compris, du côté du 10 Downing Street, que ce soit concernant l’avenir politique ou la lutte contre l’Etat Islamique, on ne conçoit pas l’avenir de la Syrie avec Assad. Pourtant, de plus en plus de voix s’élèvent pour un dialogue avec Damas. La luttre contre Daesh est une priorité, qui, pour certains, se verrait conforter par une alliance avec le président syrien. Ses alliés principaux, Russie et Iran en tête, sont de longue date partisans de cette option. Moscou vient d’ailleurs de parachever l’envoi d’équipements militaires en Syrie dans le but de lutter contre Daesh. «Le défi terroriste est lancé contre la communauté internationale, y compris la Russie» a annoncé Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères.

En savoir plus : Moscou : l’équipement livré à la Syrie est destiné à la lutte contre les terroristes

Aujourd’hui, c’est Sebastian Kurz, ministre autrichien des Affaires étrangères qui a fait un pas dans ce sens, lors d’une visite en Iran : «Nous avons besoin d'une approche commune et pragmatique à l'égard de la montée en puissance du groupe Daesh en Syrie, ce qui comprend la participation de Bachar al-Assad dans la lutte contre le terrorisme de l'Etat islamique.» Lundi, son homologue espagnol, José Manuel Garcia, déclarait que des négociations avec Bachar al-Assad étaient «nécessaires pour mettre fin à la guerre».

De nombreux hommes et femmes politiques d’opposition partagent cette vision en Europe. Dernier en date, Steven Woolfe, député européen et porte-parole du UKIP. Il a publié ce jour une tribune dans The Telegraph dans laquelle il évoque un Bachar al-Assad «capable de restaurer la stabilité», notamment en ce qui concerne la crise des migrants qui secoue l’Europe.

En France, le Front National de Marine Le Pen, Debout la France de Nicolas Dupont-Aignan et quelques parlementaires de droite comme Jacques Myard ou Jean-Frédéric Poisson sont les plus fervents partisans d'un dialogue avec Bachar al-Assad.

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