Les Taliban se disent prêts à se «défendre» contre les Etats-Unis «même si cela doit durer 100 ans»

Auteur: RT France

Dans un interview exclusive accordée à RT, le négociateur en chef des Taliban, Shir Mohammad Abbas Stanikzai, a commenté l'arrêt des négociations entre les Américains et l'organisation islamiste. Et a adressé un avertissement à Washington.

Après l’annonce par Donald Trump, le 7 septembre, de l’arrêt du processus de paix entre les Etats-Unis et les Taliban, le négociateur en chef du mouvement islamiste, Shir Mohammad Abbas Stanikzai, est revenu, dans une interview exclusive pour RT, sur ces pourparlers qui visent à mettre fin à un conflit qui dure depuis bientôt 18 ans.

Les soldats américains sont en Afghanistan mais aucun soldat de notre émirat ou moudjahidine n’est présent à Washington

«La guerre nous est imposée. Les soldats américains sont en Afghanistan mais aucun soldat de notre émirat ou moudjahidine n’est présent à Washington […] Nous voulons la paix en Afghanistan […] Mais nous devons nous défendre même si cela doit durer 100 ans», a-t-il déclaré.

A la suite d’un attentat suicide revendiqué par les Taliban, survenu le 5 septembre dans le centre de Kaboul et dans lequel un soldat américain a trouvé la mort ainsi que 11 civils afghans, Donald Trump avait assuré devant la presse que «les négociations avec les Taliban étaient mortes».

Cette prise de position intervenait alors qu’un accord de cessez-le-feu entre les deux parties était sur le point d’être signé. Pour autant, Shir Mohammad Abbas Stanikzai a tenu à rester optimiste : «Notre position est qu’il n’y a aucune autre solution au conflit que les négociations pour la paix […] Nous espérons que Donald Trump repensera à sa déclaration et reprendra les négociations où nous les avions laissées.»

Le négociateur en chef des Taliban accuse Washington d'avoir «saboté» à plusieurs reprises les pourparlers de paix

Au cours de l’interview, Shir Mohammad Abbas Stanikzai a mis en doute la raison avancée par les Américains pour mettre fin aux négociations. «Mike Pompeo, le secrétaire d’Etat, a admis avoir tué 1 000 Taliban. Donc s’ils peuvent en tuer 1000 d’entre nous pourquoi ne pouvons-nous pas en tuer un ou deux d’entre eux ?», s’est-il demandé. Le lendemain de l’annonce de Donald Trump, son secrétaire d’Etat avait fait le tour des plateaux télévisés, comme dans l’émission Meet The Press, sur NBC, pour assurer que «ces dix derniers jours» l’armée américaine avait «tué environ un millier de Taliban».

Par ailleurs, l’homme originaire du Logar, dans l’est du pays près de la frontière pakistanaise, a mis en doute l’engagement sincère de Washington pour parvenir à la paix, assurant que Donald Trump ne s’était pas distinguer de son prédécesseur. «C’est la troisième fois qu’ils [les Américains] sabotent un tel accord, dont deux fois sous la présidence de Barack Obama. De notre côté sommes toujours engagés et nous voulons la paix en Afghanistan», a-t-il rappelé.

La Russie souligne la nécessité de reprendre les négociations entre les Etats-Unis et les Taliban

Shir Mohammad Abbas Stanikzai a également fait savoir qu’en cas de signature d’un accord officiel et de retrait des troupes américaines du pays, les Taliban devraient négocier avec les autres forces politiques afghanes, dont le gouvernement afghan lui-même, soutenu par les Américains. Il a appelé à des «pourparlers inter-afghans» et à un «dialogue politique».

Selon des informations de l’agence RIA Novosti, une délégation talibane s’est rendue à Moscou dans la semaine pour assister à une réunion à laquelle participait Zamir Kaboulov, le représentant spécial de Vladimir Poutine pour l’Afghanistan. Si elle ne donne pas la date précise de la rencontre, l’agence reprend une citation du ministère des Affaires étrangères : «La partie russe a souligné la nécessité de reprendre les négociations entre les Etats-Unis et les Taliban [...] Les Taliban ont réaffirmé leur volonté de poursuivre le dialogue avec Washington.» Ces discussions entre la Russie et les Taliban se poursuivent en parallèle des pourparlers entre les Etats-Unis et le groupe islamiste.

Les Américains ont envahi l’Afghanistan le 7 octobre 2001 à la suite des attentats du 11 septembre, revendiqués par le groupe terroriste al-Qaïda alors dirigé par Oussama Ben Laden, dans lesquels 2 977 personnes ont trouvé la mort. Les Etats-Unis reprochaient alors aux Taliban, à la tête du pays, d’héberger des membres de la faction armée. Après avoir chassé le dirigeant suprême de l’Emirat islamique d’Afghanistan, Mohammad Omar, plus connu sous le nom de mollah Omar, les Américains installent Hamid Karzai au pouvoir. Washington injecte alors des milliards de dollars d'aide pour reconstruire le pays et y déploient jusqu'à 150 000 soldats pour aider le gouvernement afghan à le sécuriser, selon l'AFP.

D'après une étude publiée fin 2018 par l’Institut Watson pour les affaires publiques et internationales de l'Université Brown, entre 480 000 et 507 000 personnes ont été tuées dans les opérations menées par les Etats-Unis en Irak, en Afghanistan et au Pakistan dans le cadre de «la guerre contre le terrorisme». La lutte contre les Taliban et la reconstruction du pays auront coûté  plus de 850 milliards de dollars aux américains selon des chiffres publiés par l'inspecteur général spécial pour la reconstruction de l'Afghanistan (SIGAR) en janvier 2019. Environ 13 000 soldats américains sont encore stationnés dans le pays.

Lire aussi : Afghanistan : pourquoi Trump a-t-il rompu les négociations entre Washington et les Taliban ?

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