Elections européennes de 2019 : Macron peut-il réussir le même coup de force qu'en France ?

Elections européennes de 2019 : Macron peut-il réussir le même coup de force qu'en France ?© Ludovic MARIN Source: AFP
Emmanuel Macron, à Bruxelles, en juin 2018.

Leader assumé de l'UE, le président français ne dispose pour l'instant d'aucun poids au Parlement européen. Une situation qu'il compte renverser, comme il l'a fait en France. L'entreprise apparaît pourtant particulièrement complexe.

Après avoir totalement transfiguré le paysage politique français, annihilant le Parti socialiste (PS) et siphonnant Les Républicains (LR), Emmanuel Macron et La République en marche (LREM) ambitionnent d'en faire autant en Europe à l'occasion des élections européennes de 2019 qui se tiendront en mai prochain.

Un défi de taille pour le dirigeant français qui espère traduire au parlement européen le leadership qu'il a pris de fait dans la gestion des affaires européennes. Fragilisée dans son pays, la chancelière allemande Angela Merkel, qui n'a sauvé sa tête qu'au prix d'un compromis de dernière minute sur la question migratoire avec la CSU, n'est en effet plus en mesure de lui contester cette position.

L'opposition eurosceptique

Cependant, l'entreprise d'Emmanuel Macron, qui rêve d'un souverainisme européen, s'annonce particulièrement périlleuse pour plusieurs raisons. Pour commencer, la dynamique eurosceptique est toujours vive sur le continent et se traduit sur plusieurs fronts. En dehors du choc provoqué par le Brexit, dont les ondes se font encore ressentir, l'émergence claire d'une opposition souverainiste a de quoi l'inquiéter.

De l'Italie et son gouvernement issu d'une alliance entre la Ligue et le Mouvement 5 étoiles à la Hongrie de Viktor Orban et ses positions anti-immigration, en passant par la Pologne ou encore l'Autriche, les mouvements sont certes disparates mais partagent une même défiance vis-à-vis des instances européennes.

Il n'est d'ailleurs pas impossible qu'ils parviennent à s'unir pour créer un «supergroupe» au Parlement européen. C'est en tout cas l'objectif de Steve Bannon, l'ancien patron du site d'information Breitbart, qui a ouvert une fondation en Europe dont le but est de les regrouper, les organiser et les galvaniser. «Tout le monde est d'accord pour dire que les élections de mai sont extrêmement importantes, qu'il s'agit du premier face à face à l'échelle du continent entre le populisme et le parti de Davos», a déclaré l'ancien stratège de Donald Trump lors de la présentation de sa fondation, avant de confier qu'un tel mouvement pouvait, selon lui, rafler pas moins d'un tiers des sièges.

Quel groupe pour les eurodéputés LREM ?

Si l'opposition idéologique à la vision européiste d'Emmanuel Macron est forte, le chef de l'Etat va en outre devoir composer avec les partis européens parmi lesquels LREM ne dispose pour l'heure d'aucun poids. Les prévisions optimistes des cadres du partis tablent sur 25 élus sur les 79 sièges qui échoient à la France.

Trop peu pour avoir une influence majeure sur la direction générale des affaires s'ils décident de rejoindre le groupe majoritaire, le Parti Populaire Européen (PPE). D'autant qu'ils siégeraient dans ce cas aux côtés des députés LR ou encore du Fidesz, le parti de Viktor Orban, brouillant leur ligne politique. Avec la disparition probable du PS du parlement européen, les députés LREM peuvent choisir de s'orienter vers l'Alliance progressiste des socialistes et démocrates (S&D), deuxième groupe le plus important, mais ce serait au détriment de leur influence.

Pour provoquer un big-bang au Parlement européen, l'option, plus risquée mais plus payante si elle réussit, est d'intégrer l'Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe (ADLE), quatrième groupe aujourd'hui. Le dirigeant français peut espérer réussir le même coup de force qu'en France en rassemblant au centre la droite, la gauche et la société civile.

A moins qu'Emmanuel Macron, convaincu qu'une recomposition politique sur le continent va se jouer lors des prochaines élections, ne décide tout bonnement de faire cavalier seul, et tente de convaincre ses partenaires européens de créer un nouveau groupe, à l'image de ce qu'il a réalisé en France.

Stratégie transnationale

Si le pari semble fou, Emmanuel Macron n'en a pas moins posé les jalons en février dernier en proposant une liste européenne transnationale pour l’élection de députés européens britanniques, disparus pour cause de Brexit. Une idée rejetée à l'époque mais que le chef de l'Etat n'a pas abandonnée pour autant.

LCP rapportait ainsi en mai que LREM réfléchissait à constituer une liste transnationale en France qui comprendrait en partie des citoyens d'autres pays de l'UE. Avec une volonté de réciprocité, et donc la possibilité de présenter des candidats français dans d'autres pays.

Dans cette optique, le député des Français de l’étranger du Bénélux Pieyre-Alexandre Anglade a été mandaté pour faire le tour des partis européens avec lesquels LREM pourrait s'associer, tels que Ciudadanos en Espagne ou le Parti démocrate italien. «Nous discutons largement avec des personnalités européennes de la société civile et d'autres partis politiques, du Bénélux, du nord de l'Europe, des grandes familles politiques allemandes. Nous n'avons pas d'a priori et nous ne sommes pas exclusifs : rien ne nous empêche d'échanger avec d'autres partis dans un même pays», expliquait ainsi le député à LCP.

Une stratégie qui n'a pas vocation à se limiter à la seule ADLE, selon Pieyre-Alexandre Anglade : «Nous avons vocation à rassembler plus et plus largement.» De quoi entretenir le suspense dans l'optique de la constitution des groupes parlementaires. 

Lire aussi : La «souveraineté européenne» de Macron, une notion vide de sens selon Younous Omarjee

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