Migrants sauvés en mer : l'Italie impose ses conditions

Migrants sauvés en mer : l'Italie impose ses conditions© Antonio Parrinello Source: Reuters
Des migrants débarquent du navire Aquarius et se retrouvent en Sicile, en Italie, le 8 juillet

L'Italie conditionne le débarquement de migrants dans ses ports à un partage de prise en charge avec les autres Etats de l'Union européenne. Plusieurs pays de l'Union européenne y voient une sorte de chantage.

Dans un courrier du 18 juillet, le ministre des Affaires étrangères italien Enzo Moavero Milanesi a prévenu la Haute représentante de l'Union pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité Federica Mogherini : «L'Italie ne veut plus être l'unique pays de débarquement des migrants sauvés en mer par les unités navales de l'opération Sophia.» L'Italie désire désormais que l'arrivée de migrants dans ses ports soit conditionnée par un meilleur partage de la prise en charge de ceux-ci avec les autres pays de l'UE.

Lors d'une réunion à Bruxelles le 20 juillet, plusieurs pays ont porté à la connaissance du représentant de l'Italie leur colère, estimant qu'il s'agissait d'une forme de chantage, selon plusieurs sources européennes que l'AFP a pu interroger. En effet, l'Italie a officiellement demandé à ne plus être le seul pays de débarquement identifié dans le mandat de l'opération Sophia, qui se termine à la fin de l'année. Le Premier ministre italien Giuseppe Conte a en outre informé le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker des conditions désormais imposées pour les débarquements en Italie des migrants sauvés en mer.

Lancée en juin 2015 après plusieurs tragédies en Méditerranée, l'Italie a la responsabilité de l'opération militaire européenne Sophia.

«L'opération Sophia est maintenue et continue», ont malgré tout assuré le 20 juillet au soir à l'AFP trois sources européennes impliquées dans le dossier.

«Les Etats membres se sont donné cinq semaines, soit jusqu'à la fin du mois d'août, pour trouver une solution à la demande de l'Italie de ne plus être obligatoirement le pays où sont débarqués les migrants embarqués à bord des navires de l'opération», ont-elles expliqué.

«La solution sera difficile à trouver car elle pose les questions : Que faire des rescapés ? Où les débarquer ? Qui va les prendre en charge ?», a souligné une source diplomatique. Le risque est que les Etats engagés dans Sophia ne mettent plus de bateaux à disposition de l'opération, selon elle.

La mission Sophia engage actuellement six navires de pays de l'UE (l'Italie, la France, l'Irlande, l'Espagne, la Slovénie et l'Allemagne) afin de lutter contre la traite des êtres humains et d'éviter les naufrages entre l'Italie et les côtes libyennes.

44 000 personnes ont pu être secourues en mer grâce à l'opération Sophia, selon son commandant, l'amiral italien Enrico Credentino.

Le ministre italien de l'Intérieur, en poste depuis le 1er juin, Matteo Salvini, patron du parti anti-immigration la Ligue, a déclaré en juillet vouloir réduire à zéro le nombre de migrants arrivant sur les côtes italiennes. Il a ainsi décidé d'interdire l'accès des ports italiens aux ONG qui portent secours aux migrants en Méditerranée et compte élargir cette interdiction aux navires des missions internationales en Méditerranée.

Le 14 juillet, après l'Aquarius et le Lifeline, une nouvelle embarcation avec 450 migrants à bord avait fait l'objet de tractations entre les pays du sud de l'Europe, notamment Malte et l'Italie. L'embarcation en bois, en provenance de Libye, avait été découverte le 13 juillet à l'aube dans les eaux internationales et plus précisément dans la zone d'intervention maltaise. Les navires avaient pu accoster en Sicile au cours du week-end des 14 et 15 juillet après l'engagement pris par la  France, l'Allemagne, l'Espagne, le Portugal et Malte de prendre chacun en charge une cinquantaine de rescapés.

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