«C'est à l'Iran de régler ses propres problèmes» : Moscou s'oppose aux USA au Conseil de sécurité

«C'est à l'Iran de régler ses propres problèmes» : Moscou s'oppose aux USA au Conseil de sécurité© Drew Angerer / GETTY IMAGES NORTH AMERICA Source: AFP
L'ambassadeur russe à l'ONU Vassily Nebenzia en discussion avec son homologue américain Nikki Haley avant la réunion du Conseil de sécurité de l'ONU, le 5 janvier

En convoquant une réunion sur les manifestations en Iran, les Etats-Unis outrepassent les prérogatives du Conseil de sécurité de l'ONU selon Moscou, qui dénonce une ingérence dans les affaires iraniennes.

La Russie et les Etats-Unis ont affiché le 5 janvier des divisions profondes sur l'Iran, lors d'une réunion controversée du Conseil de sécurité de l'ONU, consacrée à ce pays où les manifestations en soutien du gouvernement ont succédé aux mouvements de protestation, qui avaient fait 21 morts.

«Nous regrettons évidemment les pertes de vies qui ont résulté des mouvements de protestation qui n'étaient pas si pacifiques. Mais c'est à l'Iran de régler ses propres problèmes», a asséné l'ambassadeur russe auprès de l'ONU Vassily Nebenzia, avant d'évoquer «une situation interne [qui] est en train de se normaliser».

Le diplomate russe a estimé qu'en convoquant une telle réunion, les Etats-Unis «gaspillaient l'énergie du Conseil», qui ne pourrait par conséquent pas se concentrer sur les crises majeures du monde. «Au lieu de cela, vous proposez que nous intervenions dans les affaires internes d'un Etat», a-t-il fait valoir, soulignant que la Russie ne souhaitait pas «être impliquée dans la déstabilisation de l'Iran ou de n'importe quel autre pays». Pour l'ambassadeur russe à l'ONU, cette réunion n'avait pas pour but de défendre les intérêts du peuple iranien comme annoncé, mais n'était qu'une tentative voilée de mettre à mal l'accord sur le nucléaire iranien.

Washington ne veut pas «rester silencieux»

«En 2018 nous ne resterons pas silencieux», a pour sa part martelé l'ambassadrice américaine à l'ONU, Nikki Haley, qui a donc convoqué cette réunion dès le 2 janvier, provoquant des dissensions entre les 15 membres du Conseil de sécurité. «Le régime iranien bafoue les droits de son peuple», a-t-elle soutenu, dénonçant les dépenses d'armement iraniennes aux dépens, selon elle, du bien-être de la population. «Le message de ce peuple, c'est cessez de soutenir le terrorisme», a-t-elle poursuivi, en réclamant le rétablissement total de l'internet en Iran.

Dans une lettre adressée à l'ONU, l'Iran, soutenue par la Turquie, a dénoncé le 3 janvier les «ingérences» des Etats-Unis à son égard, argument repris par son ambassadeur auprès des Nations unies devant le Conseil de sécurité. «Nous avons des preuves concrètes que les violences en Iran perpétrées par quelques manifestants, ayant parfois causé la mort de policiers, sont très clairement dirigées depuis l'étranger», a accusé l'ambassadeur iranien à l'ONU, Gholamali Khoshroo.

La France adopte une position mesurée

Du côté européen, les prises de position ont aussi montré des divisions. Si le Royaume-Uni a jugé tout à fait légitime une réunion du Conseil de sécurité sur l'Iran, la France s'est montrée beaucoup plus prudente. Cette semaine, le président de la République Emmanuel Macron avait plaidé la modération et mis en garde contre un risque de «guerre» pour le cas où les discours belliqueux venus des Etats-Unis, d'Israël ou d'Arabie saoudite se poursuivaient.

Le 5 janvier, son ambassadeur auprès de l'ONU, François Delattre, a souligné qu'il fallait faire preuve de «vigilance» envers la liberté d'expression en Iran, mettant cependant en garde contre toute «instrumentalisation» de la situation iranienne «de l'étranger».

La Chine enfin, a tenu a rappeler par la voix de son ambassadeur adjoint à l'ONU, Wu Haiteo, la Charte des Nations unies, selon laquelle il n'est pas du ressort du Conseil de discuter d'une situation interne à un pays. «La situation iranienne ne menace pas la stabilité régionale», a ainsi fait valoir Wu Haiteo.

Il s'agissait de la toute première réunion du Conseil de sécurité en 2018 après les vœux d'«unité» formulés le 1er janvier par le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres. «L'unité est la voie à suivre : notre avenir en dépend», avait-il alors déclaré.

Du 28 décembre 2017 au 1er janvier 2018, un mouvement de contestation, basé sur des revendications essentiellement économiques, a secoué de nombreuses villes iraniennes. Elle a parfois comporté des slogans plus politiques antigouvernementaux, et des violences ont fait 21 morts, en majorité des manifestants. Depuis le 2 janvier, ce sont des rassemblements en soutien au gouvernement qui ont lieu, dans la région de Téhéran et dans plusieurs villes de province.

L'Iran fait l'objet de lourdes sanctions économiques américaines depuis la révolution islamique et le renversement du shah d'Iran en 1979, qui ont par la suite été renforcées à plusieurs reprises.

Lire aussi : 21 morts en Iran : des troubles qui suscitent l'intérêt de l'étranger et divisent les Iraniens

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