Moscou promet de riposter aux pressions américaines sur RT

- Avec AFP

 Moscou promet de riposter aux pressions américaines sur RT © Evgeny Biyatov Source: Sputnik
(Illustration)

La Russie a annoncé son intention de mettre en place des «mesures de réciprocité» et dénoncé une violation flagrante de la liberté d'expression, après que Washington a contrait RT à s'enregistrer en tant qu'«agent de l'étranger» aux Etats-Unis.

La Russie a annoncé le 10 novembre préparer des représailles contre les médias américains, après l'obligation faite à la chaîne de télévision RT de s'enregistrer en tant qu'«agent de l'étranger» aux Etats-Unis. Les autorités américaines n'ont de cesse d'accuser RT et l'agence de presse Sputnik, des médias publics russes qui émettent en plusieurs langues, de relayer «la propagande du Kremlin» allant jusqu'à les soupçonner d'avoir tenté d'influer sur la campagne de l'élection présidentielle de 2016.

Défendre les citoyens russes contre l'ingérence flagrante des médias américains sur le territoire russe

Les «mesures de réciprocité» que préparent les députés russes seront destinées à «défendre les citoyens russes contre l'ingérence flagrante des médias américains sur le territoire russe», selon le président de la Douma [la chambre basse du Parlement russe], Viatcheslav Volodine. Ces mesures, qui pourraient également concerner la présence de ces médias sur les réseaux sociaux, «seront prises pour imposer les mêmes limitations que les Américains essayent d'imposer aux médias russes», a expliqué le vice-président de la Douma, Piotr Tolstoï. 

Les Etats-Unis parlent beaucoup de la liberté d'expression quand il s'agit des autres pays, mais agissent eux-mêmes de façon dogmatique

Ces mesures pourraient être adoptées en première lecture le 15 novembre et en troisième et dernière lecture quelques jours plus tard. «Ce que font les autorités américaines est une violation des droits fondamentaux. Les Etats-Unis parlent beaucoup de la liberté d'expression quand il s'agit des autres pays, mais agissent eux-mêmes de façon dogmatique», a fustigé Viatcheslav Volodine.

Le gendarme russe des médias, Roskomnadzor, a pour sa part proposé d'autoriser le blocage des sites internet des ONG et des groupes de presse étrangers sans passer par une décision de justice.

Moscou a dénoncé à plusieurs reprises la «pression inédite» subie par les médias russes aux Etats-Unis, menaçant d'imposer des nouvelles restrictions aux activités des médias américains opérant en Russie. Voice of America et Radio Free Europe/Radio Liberty, deux radios financées par le Congrès américain, seraient concernées.

RT enregistré comme «agent étranger», un affront à la liberté d'expression

Le 9 novembre, RT a fait savoir qu'elle allait s'enregistrer en tant qu'«agent de l'étranger» aux Etats-Unis, se soumettant ainsi à la loi dite FARA («Foreign agents registration act»). Votée en 1938 aux Etats-Unis, cette dernière avait pour objectif de contrer l'influence des milieux nazis dans le pays. A l'heure actuelle, environ 400 structures sont enregistrées auprès de l'administration américaine comme «agents de l'étranger» mais aucun média ne figure parmi eux.

Le ministère américain de la Justice avait donné à RT jusqu'au 13 novembre pour se plier à ces exigences, que la chaîne juge illégales et qu'elle va contester devant un tribunal. «Cette demande n'est pas seulement contraire à la loi, et nous allons le prouver en justice, mais également discriminatoire. Elle contredit les principes de démocratie et de liberté d'expression», a commenté la rédactrice en chef de RT, Margarita Simonian. «Cela nous prive de libre concurrence avec les autres chaînes internationales, qui ne sont pas enregistrées en tant qu'agents de l'étranger», a-t-elle ajouté.

RT a été mis en cause en début d'année dans un rapport des services de renseignement américains portant sur l'ingérence présumée de Moscou dans la dernière campagne présidentielle aux Etats-Unis. On peine néanmoins à y trouver d'authentiques preuves de ces allégations, sauf à imaginer que des articles de RT critiques à l'égard d'Hillary Clinton en constituent. Ce rapport comporte en outre un certain nombre de maladresses peu à même de prouver son sérieux, tels qu'une confusion manifeste entre la Suisse (Switzerland en anglais) et... le Swaziland, petit pays enclavé en Afrique du Sud.

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