Lavrov : les Etats-Unis organisent des «provocations sanglantes» contre les forces russes en Syrie

Lavrov : les Etats-Unis organisent des «provocations sanglantes» contre les forces russes en Syrie© Maksim Blinov Source: Sputnik
Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov

Deux ans presque jour pour jour après le début de l'intervention de la Russie en Syrie à la demande de Damas le 30 septembre 2015, le ministre russe des Affaires étrangères est revenu sur l'agenda d'une possible sortie de crise.

Dans une interview publiée ce 4 octobre 2017 dans les colonnes du quotidien pan-arabe basé à Londres Asharq Al-Awsat, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a fait le point sur les relations entre Moscou et le monde arabe, mais aussi, plus largement, sur les grands dossiers de l'actualité internationale.

Deux ans après le début de l'intervention de la Russie en Syrie à la demande de Damas le 30 septembre 2015, Sergueï Lavrov s’est en particulier penché sur la situation de ce pays en guerre et dont est attendue la libération totale des territoires encore aux mains des terroristes. Une occasion pour le chef de la diplomatie russe de revenir sur les actions des Etats-Unis.

«Les activités des forces sous direction américaine soulèvent de nombreuses questions», a notamment déclaré le ministre. «Dans certains cas, ces forces ont indirectement encouragé d'autres terroristes à attaquer des positions stratégiques légitimement reprises par Damas, ou bien elles se sont délibérément engagées dans des provocations sanglantes contre nos forces», a-t-il continué, réitérant les accusations de Moscou contre Washington formulées le mois dernier. Fin septembre, l’armée russe avait diffusé des clichés aériens montrant des équipements des forces spéciales américaines, soutien des Forces démocratiques syriennes (FDS), sur des zones contrôlées par Daesh près de Deir ez-Zor. Selon Moscou, les Américains assuraient ainsi le passage des FDS au milieu des positions de Daesh, sans que les terroristes ne les attaquent.

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Plus largement, la Russie accuse les FDS de tenter de saboter une offensive de l'armée syrienne soutenue par Moscou contre les djihadistes de Daesh autour de la ville de Deir ez-Zor, où un général russe a été tué fin septembre. Une perte due à la «politique américaine hypocrite en Syrie», avait alors attaqué la diplomatie russe.

Une ligne poursuivie par Sergueï Lavrov. «Lorsqu’on applique des doubles standards, en divisant les terroristes en "mauvais" et "très mauvais", force les autres à rejoindre une coalition sur motivations politiques, oublie l’accord obligatoire de l’ONU pour mandater de telles actions, il est difficile de parler d’une campagne antiterroriste efficace», a martelé le ministre russe.

La crise syrienne est-elle parvenue au stade de la solution politique ?

Rappelant que la Russie avait toujours plaidé pour une solution pacifique en Syrie, Sergueï Lavrov a également souligné que Moscou avait alerté la communauté internationale afin de mettre un terme aux violences dans le pays et de barrer la route aux terroristes dès les prémices du conflit en 2011.

Mais, au yeux du chef de la diplomatie russe, la situation a été aggravée par la décision de plusieurs organisations internationales d'exclure la Syrie. La Ligue arabe, dont Damas est l'un des membres fondateur l'a, par exemple, exclu en novembre 2011. «Ce faisant [ces organisations] ont de facto usurpé le droit du peuple syrien à décider de qui gouverne la Syrie et sous quelle forme», estime Sergueï Lavrov. «Nous sommes en profond désaccord avec cette approche» poursuit-il, ajoutant : «Nous avons toujours soutenu l'indépendance, l'unité et l'intégrité de la République arabe syrienne et affirmé que le destin et l'avenir de la Syrie devaient être déterminés par les Syriens eux-mêmes, de façon légale et à travers un dialogue national.»

«[Fin 2015,] la Russie a pris la décision de venir en aide au gouvernement syrien à sa demande, afin de libérer le pays des terroristes», rappelle le le chef de la diplomatie russe, poursuivant : «Dans le même temps nous continuons de penser que les opérations militaires contre les extrémistes doivent s'accompagner d'une recherche de solution politique.»

Estimant que les conférences d'Astana – regroupant l'Iran, la Turquie, la Russie, mais aussi une délégation du gouvernement syrien ainsi que des représentants des groupes d'opposition à Damas – constituent le meilleur cadre pour la recherche d'une telle solution, Sergueï Lavrov explique : «Toutes les parties ont convenu qu'il n'y avait pas d'alternative à un règlement politique et diplomatique sous l'égide des Nations unies et ont réaffirmé leur attachement au cessez-le-feu.»

«Aujourd'hui, tous les protagonistes doivent renoncer à leurs ambitions géopolitiques afin de contribuer pleinement au rétablissement de la stabilité et de la sécurité en Syrie, et plus largement au Moyen-Orient, ainsi qu'en Afrique du Nord», a plaidé Sergueï Lavrov. Et de détailler la marche à suivre, selon lui, pour sortir de la crise syrienne par le haut : «Reconstruction des infrastructures détruites lors du conflit, [fin des] sanctions imposées unilatéralement par un certains nombre d'Etats contre la Syrie, promotion du développement social, économique et politique.»

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