Abattre les statues, «décoloniser» les noms de rues ? La France et l’Europe suivront-elles les USA ?

Abattre les statues, «décoloniser» les noms de rues ? La France et l’Europe suivront-elles les USA ?
La colonne Nelson de Trafalgar Square à Londres, illustration ©Kieran Doherty/Reuters

Tandis qu'aux Etats-Unis, la tension est palpable entre partisans et opposants au retrait de statues confédérées, certains en Europe prônent le retrait de monuments honorant des figures associées à l'esclavage ou le changement de noms de rues.

A la suite des événements de Charlottesville le 12 août 2017, la controverse sur l'Histoire coloniale s'exporte des Etats-Unis à destination de l'Europe, et en particulier de la France. Le 23 août, Libération a ainsi consacré sa Une, ainsi que plusieurs articles, à une réflexion sur la colonisation et la décolonisation.

«Esclavage : la France aussi a ses fantômes», titre ainsi le quotidien de gauche, à côté d'une image d'illustration de statue enlevée. Enumérant tour à tour les «noms de rues, enseignes, statues», Libération intime : «La France doit à son tour se confronter aux stigmates de la traite des Noirs.»

Un jour plus tôt, dans les colonnes du même journal, l'historien Marcel Dorigny, plus nuancé, estimait qu'il valait mieux expliquer plutôt que d'effacer les noms de rue litigieux. A ses yeux, cette dernière solution serait contreproductive. «On ne peut pas changer tous les noms», estimait-il, rappelant la complexité des événements et des circonstances. «Ainsi, le général Gallieni, dont le nom est très présent [...], fut à la fois un terrible colonisateur – il a organisé de véritables massacres en Indochine – et un héros de la bataille de la Marne lors de la Grande Guerre», avance-t-il pour justifier son point de vue.

Au Royaume-Uni, le Guardian s'interroge lui aussi sur l'opportunité de conserver l'amiral Nelson sur sa colonne, à Trafalgar Square. Dans une tribune publiée le 22 août 2017, la journaliste Afua Hirsch, explique les raisons pour lesquelles elle pense qu'il faut déboulonner le héros britannique, pourtant tombeur de Napoléon. «C'est à Nelson que je pense quand j'entends que des statues de Confédérés sont renversées aux Etats-Unis», avance la journaliste. En raison des positions favorables à l'esclavage de cette figure de l'histoire britannique au début du XIXe siècle, la journaliste considère Horatio Nelson comme l'archétype du suprémaciste blanc. 

La mémoire coloniale, une vieille question en Europe

En réalité, si le débat connaît une résurgence médiatique suite aux événements de Charlottesville, c'est pour la bonne raison qu'il est plus ancien.

A Bordeaux, notamment, l'association Fondation du mémorial de la traite des Noirs avait lancé en 2014 une campagne intitulée «Rebaptisez les rues des négriers». La ville a, comme de nombreux grands ports de la façade atlantique, bénéficié du XVIIe au XVIIIe siècles du commerce triangulaire, notamment avec les «îles à sucre». 

Plus récemment, à Berlin en octobre 2016, la mairie du quartier de Wedding décidait de débaptiser les rues portant le nom de figures de la colonisation allemande en Afrique. Poursuivant le mouvement, en février 2017, deux autres axes de la capitale allemande étaient à leur tour débaptisés.

Après Charlottesville, résurgence du débat aux Etats-Unis

Tandis que les pays européens se questionnent sur leur histoire coloniale, aux Etats-Unis, si l'on en croit un sondage Reuters/Ipsos, l'opinion publique ne serait pas prête à un déboulonnage systématique des statues des héros sudistes. Selon l'enquête d'opinion menée entre les 18 et 21 août à la suite des événements de Charlottesville, 54% des personnes interrogées tiennent à ce que les monuments confédérés restent en place. Seuls 27% accepteraient leur démolition.

Ce résultat n'empêche toutefois pas la multiplication des actes de vandalisme contre les monuments honorant les anciens soldats américains confédérés. Le 23 août, à Columbus dans l'Ohio, une statue a été vandalisée dans un cimetière. 

Deux jours auparavant, une autre statue, érigée en mémoire de Christophe Colomb, avait été endommagée dans la ville de Baltimore sur la Côte est des Etats-Unis. Les auteurs avaient filmé et diffusé leur action sur YouTube.

Le conseil municipal de la ville avait pourtant déjà décidé le 16 août de retirer quatre statues de héros sudistes de la guerre de Sécession, dont celle du général Lee.

Le débat sur le maintien ou non des statues confédérées a connu un rebondissement majeur aux Etats-Unis à l'occasion de la manifestation de Charlottesville le 12 août, qui rassemblait plusieurs groupes de droite radicale, pour certains suprémacistes, s'opposant au retrait de la statue du général Lee. Une contre-manifestation rassemblant des groupes d'extrême-gauche avait eu lieu. Un individu avait foncé dans la foule, tuant une contre-manifestante et blessant 19 autres personnes. 

Lire aussi : Aux Etats-Unis un homme inculpé pour avoir projeté de détruire un monument confédéré

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