Pour la nouvelle diplomatie américaine, le sort d'Assad «sera décidé par le peuple syrien»

Pour la nouvelle diplomatie américaine, le sort d'Assad «sera décidé par le peuple syrien»© Omar Sanadiki Source: Reuters
Photo prise dans les rues de Damas, 2016

Le secrétaire d'Etat américain Rex Tillerson a affirmé lors d'une visite en Turquie que le sort du président syrien Bachar el-Assad serait décidé «par le peuple syrien». Une prise de position qui tranche avec la politique menée sous Barack Obama.

«Le sort du président Assad, à long terme, sera décidé par le peuple syrien», a déclaré Rex Tillerson lors d'une conférence de presse à Ankara avec son homologue turc Mevlüt Cavusoglu. 

Une prise de position en rupture radicale avec la ligne adoptée par l'administration de Barack Obama, qui consistait à demander le départ du président syrien, et à fournir à l'opposition prétendument «modérée» armes et matériel afin de parvenir à cette fin. Une politique dont le président américain avait reconnu l'inefficacité à la fin de son mandat

Juste après son élection, le nouveau président des Etats-Unis avait déclaré qu'il changerait de politique en Syrie, afin d'éviter toute confrontation armée avec Moscou, et pour se concentrer sur la lutte contre l'Etat islamique

L'administration Trump avait néanmoins, jusqu'à présent, donné peu de signes d'une implication dans les efforts diplomatiques pour tenter de résoudre le conflit qui ravage la Syrie depuis six ans et a fait plus de 310 000 morts et, selon l'ONU, cinq millions de réfugiés.

Laisser les Syriens décider du sort de leur président a été la position de la Russie depuis le début du conflit.

«Les décisions prises par le Conseil de sécurité des Nations unies depuis 2012, avec notre participation active, ne contiennent aucune demande de démission du président Bachar el-Assad. Au contraire, elles stipulent que le peuple syrien est le seul à avoir le droit de décider de son avenir, et que le processus politique devrait impliquer toutes les parties de la société syrienne», avait rappelé le ministre des Affaires étrangères russe Sergueï Lavrov dans un entretien en 2016. 

Des pourparlers diplomatiques parrainés par l'ONU à Astana sur un règlement politique au conflit syrien ont commencé à la fin de l'année 2016. Mais plusieurs sessions de négociations n'ont pas encore permis d'avancer en raison du fossé entre les belligérants sur le concept de transition politique et le sort du président Bachar el-Assad. L'opposition syrienne réclame en effet la démission du président syrien comme condition de retour à la paix.

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Chasser Assad n'est plus la priorité pour Washington

Plus tard dans la journée, l'ambassadrice américaine à l'ONU Nikki Haley a affirmé que les Etats-Unis ne considérait plus le départ du président syrien Bachar al-Assad comme une priorité pour mettre fin au conflit.

«Quand vous regardez la situation, il faut changer nos priorités, et notre priorité n'est plus de rester assis là, à nous concentrer sur le départ d'Assad», a-t-elle notamment précisé. 

Revirement diplomatique

La nouvelle n'a pas été bien accueillie par l'opposition. Monzer Makhos, un des portes-paroles du Haut comité des négociations (HCN), qui rassemble des groupes clés de l'opposition syrienne a réaffirmé devant la presse : «L'opposition n'acceptera jamais que Bachar el-Assad ait un rôle à aucun moment [...], notre position ne va pas changer.»

Ces déclarations successives marquent un tournant important de la diplomatie américaine. En effet, dès 2011, première année du conflit syrien, Barack Obama déclarait : «Le temps est venu pour le président Assad de se retirer.» Durant les années qui ont suivi, la position des Etats-Unis a toujours penché pour un départ du président syrien. Sans parler de l’ex-chef de la diplomatie américaine Hillary Clinton, qui a toujours milité pour un changement de régime. Barack Obama avait dressé «une ligne rouge en 2012». Lors d’une conférence de presse, il avait annoncé qu’en cas d’utilisation d’armes chimiques contre les citoyens syriens, Bachar el-Assad devrait faire face au courroux de Washington. Les menaces d’interventions militaires étaient à peine voilées.

Et la soi-disant attaque chimique du 21 août imputée par certaines chancelleries occidentales à Damas a bien failli donner un prétexte pour une intervention militaire américaine.

Le 30 août 2013, il est 18h05 dans le bureau de l’Elysée. Le président de la République en profite pour relire une note d'un de ses généraux : «Vous pourrez dire au président Obama que vos moyens militaires sont prêts à agir dès à présent.» L'armée française attend le feu vert de Washington pour intervenir en Syrie. A l’époque, les Etats-Unis cherchent un prétexte pour s'engager militairement. Quelques jours auparavant, le 21 août, l’armée régulière et l’opposition syriennes étaient engagées dans de vifs combats pour le contrôle de la banlieue de Damas. A la Goutha, une attaque à l’arme chimique a fait des centaines de victimes.

Pour l’opposition et les gouvernements occidentaux, le coupable est vite trouvé. Le président syrien vient de gazer son peuple. Très vite, de nombreux médias suivent et n’hésitent pas à relayer les accusations des chancelleries occidentales. Un collège d’experts de l’ONU se montre formel : les munitions ont été tirées depuis les positions du gouvernement. Bachar el-Assad a toujours nié.

Au fur et à mesure, de plus en plus d’éléments sont venus contredire cette version. Richard Lloyd, ancien inspecteur de l’ONU et spécialiste des missiles, se met à travailler avec Theodore Postol, un professeur du MIT et sort un rapport de 23 pages. Basé sur des expertises balistiques, l’inspection de centaines de photos et des analyses physiques, leur travail s’oppose aux précédents comptes-rendus pointant la responsabilité de Bachar el-Assad.

Peu importe, pour Washington comme pour Paris et Londres, le casus belli est tout trouvé. Pourtant, côté français, même Bernard Squarcini, ancien chef du renseignement intérieur, émet de sérieux doutes quant au rapport accusateur présenté par l'ex-Premier ministre Jean-Marc Ayrault. Il le qualifie de «note de notes, pas conclusive et certainement pas suffisante». Néanmoins François Hollande n’attend que le feu vert américain pour passer à l’acte... mais patatras ! Un calendrier diplomatique complexe et une opinion publique réticente depuis la guerre en Irak poussent Barack Obama à faire marche arrière.

En décembre 2016, quelques semaines avant l’intronisation de Donald Trump en tant que 45e président des Etats-Unis, Barack Obama déclarait ceci : «Au moment où nous parlons, le monde est uni dans l’horreur devant l’assaut sauvage mené par le régime syrien et ses alliés russes et iraniens sur la ville d’Alep.» Nonobstant ce récit que bien des observateurs ont démenti, la sentence de l’ex-locataire de la Maison Blanche montre bien que jusqu’à la fin de son second mandat, il s’est montré hostile au maintien de Bachar el-Assad à la tête de la Syrie.

Il est loin d’être le seul. Le nombre de personnalités politiques ayant appelé à un changement de gouvernement en Syrie a été conséquent ces dernières années. Pêle-mêle, on peut citer François Hollande, Jean-Marc Ayrault, Laurent Fabius, Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, David Cameron, Hillary Clinton et donc, Barack Obama.

Donald Trump, durant la campagne présidentielle, a quant à lui, à de nombreuses reprises, rappelé sa désapprobation de la politique étrangère américaine de ces dernières années au Moyen-Orient. A coup sûr, son élection et les déclarations du 30 mars marqueront un tournant au niveau diplomatique pour Washington vis-à-vis de la Syrie.

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