Un leader chiite houthi accuse le Royaume-Uni de participer à des crimes de guerre au Yémen

Un leader chiite houthi accuse le Royaume-Uni de participer à des crimes de guerre au Yémen © Mohamed al-Sayaghi Source: Reuters
Un enfant assis dans les décombres d'une maison détruite à Sanaa par des frappes aériennes de la coalition militaire dirigée par l'Arabie saoudite

Les Houthis accusent les Britanniques de prendre part aux crimes de guerre commis par Riyad au Yémen. Si Londres a exclu d'arrêter de vendre des armes au royaume wahhabite, les Américains pourraient annuler une livraison de munitions.

«[Le Royaume-Uni a] vendu des bombes à sous-munitions à l'Arabie Saoudite», a déclaré Abdulaziz bin Habtour, le nouveau Premier ministre yéménite du gouvernement houthi, lors d'une interview accordée à Sky News et parue le 14 décembre.

Abdulaziz bin Habtour a précisé : «Ils savent que les Saoudiens vont utiliser [les bombes à sous-munitions] au Yémen... à Saada, à Sanaa et dans d'autres provinces.» Le leader houthi a ajouté : «Je ne pense pas qu'ils soient coupables de crimes de guerre, j'en suis persuadé. Ils participent à l'attentat mené contre le peuple yéménite.»

Le nouveau Premier ministre houthi a révélé que des bombes à sous-munitions fabriquées au Royaume-Uni avaient été retrouvées dans la ville de Saada, ainsi qu'un missile de croisière britannique Storm Shadow. Par ailleurs, des militaires britanniques sont présents au quartier général saoudien d'où la campagne de bombardement est menée.

Les déclarations d'Abdulaziz bin Habtour surviennent moins de deux semaines après les propos du ministre britannique des Affaires étrangères, Boris Johnson. Ce dernier a défendu les ventes d'armes du Royaume-Uni à l'Arabie saoudite en niant le viol du droit international par Riyad au Yémen. Boris Johnson a d'ailleurs soutenu que les opérations saoudiennes au Yémen étaient justifiées, et même soutenues par les Nations unies.

L'Arabie saoudite posséderait des bombes à sous-munitions achetées au Royaume-Uni dans les années 1980 et 1990, avant que les Britanniques n'acceptent d'arrêter la production et la vente de ces armes il y a près de six ans. Pour rappel, la Convention sur les armes à sous-munitions stipule pourtant que les signataires du traité «ne pourront en aucun cas aider, encourager ou inciter quiconque à utiliser de telles munitions».

Annulation par les Etats-Unis d'une vente d'armes à l'Arabie saoudite

Si la Grande-Bretagne a refusé en novembre d'arrêter de vendre des armes à l'Arabie saoudite, les Etats-Unis s’apprêteraient, selon les agences Reuters et AFP, à annuler une livraison d'armes en raison du nombre de victimes civiles causées par le royaume wahhabite au Yémen.

«C'est le signe de notre inquiétude profonde et continue face aux failles dans les pratiques de ciblage de la coalition et de la manière générale dont est menée la campagne aérienne au Yémen», a indiqué à l'AFP un responsable américain qui a souhaité rester anonyme. D'autres sources américaines ont précisé que la vente visée concernait des munitions à guidage de précision fabriquées par le groupe américain Raytheon.

Le Royaume-Uni pourrait ainsi se retrouver exposé diplomatiquement par cette décision américaine en raison de l'ampleur des ventes d'armes britanniques à l'Arabie saoudite. Londres figure en effet en deuxième position du classement des pays vendant le plus d'armes à l'étranger, derrière les Etats-Unis. L'Arabie Saoudite, quant à elle, est la première cliente du Royaume-Uni.

La guerre au Yémen oppose depuis 2014 les rebelles chiites houthis, proches de l'ancien président Ali Abdallah Saleh, destitué au cours du printemps arabe, aux partisans du président Abd Rabbo Mansour Hadi, en exil en Arabie saoudite depuis 2015.

Depuis mars 2015, la coalition dirigée par Riyad intervient régulièrement au Yémen, notamment par des frappes aériennes d'une grande violence, afin de rétablir Abd Rabbo Mansour Hadi au pouvoir. Le conflit au Yémen a déjà fait jusqu’à 10 000 morts, dont 3 800 civils, selon les estimations des Nations unies.  

Lire aussi : L'Arabie saoudite s'emploie à faire «disparaître» le Yémen en tant qu'entité politique

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