Mère et femme de terroriste : «Je demande à mes deux enfants de déposer les armes»

Source: Reuters

Concernée au plus près par le terrorisme pendant plus de 20 ans, puisque son mari et ses fils étaient des terroristes, une Algérienne a accepté de raconter son quotidien «d'épouse et de mère de» à Jeune Afrique. En voici les meilleurs passages.

«La vie dans le maquis est dure et dangereuse. Il n’y a pas de nourriture ni de médicaments. On ne voit rien, on n’entend rien». C'est un témoignage, ou plutôt un cri du coeur, qu'a partagé Fatima en acceptant de témoigner pour Jeune Afrique.

Mariée deux fois à des hommes pratiquants le terrorisme et des activités clandestine, elle est contrainte de s'adapter à leur mode de vie nomade, au jour le jour, cachée dans le maquis et rongée par l'incertitude.

Un mode de vie où elle se coupe de tout, prolongeant par mégarde son isolement : «Personne ne nous a parlé de la loi sur la réconciliation nationale [lois de 1999 et 2005 accordant l’amnistie aux combattants en échange de leur reddition]. Au contraire, on nous a dit que les forces de sécurité nous jetteraient en prison si nous descendions et que nous risquions vingt-cinq ans de détention». 

Ignorante de ce changement de situation, elle est ainsi restée plus longtemps que prévu recluse dans le maquis.

Des conditions difficiles, qui n'ont pourtant pas incité deux de ses enfants à se rendre : ses deux fils, Haidara et Ishaq, sont toujours dans les montagnes avec leurs armes. 

Une loi qui change la donne

Fatima n'est pas inquiète : elle qui espère revoir ses fils bientôt, elle est confiante sur leur sort s'ils se rendent. «Avant de me rendre, j’avais peur. Je ne savais pas ce qui allait se passer», avoue-t-elle.

La loi sur la réconciliation nationale change en effet totalement la donne pour les insurgés qui n'ont plus à craindre de représailles des autorités algériennes : «Je me rends compte maintenant que cela n’a rien à voir avec ce qu’on nous racontait dans les montagnes. Les autorités nous ont bien accueillis, Dieu merci. Je demande à mes deux enfants de déposer les armes et de venir vivre avec nous. Avec la loi sur la réconciliation nationale, il ne leur arrivera rien», souffle-t-elle.

C'est en 2005 que l'Algérie a adopté une charte de paix et de réconciliation nationale. Après les violences terroristes des années 1990, le texte visait à permettre aux terroristes qui quittaient le maquis d'éviter les poursuites judiciaires. Dans les années 1990, plus de 25 000 hommes avaient pris le maquis. Aujourd'hui, ils ne seraient plus que 700 à 1000, selon les sources.

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