Turquie : Ankara reconnaît de possibles «erreurs» dans les purges

Source: Reuters

La Turquie a admis pour la première fois lundi 1er août que la purge post-coup d'Etat avait pu donner lieu à des erreurs. Si la rhétorique semble étonnement apaisée, le vice-Premier ministre a néanmoins martelé que les traîtres «paieront le prix».

«S'il y a eu des erreurs, nous les corrigerons», a dit le vice-Premier ministre Numan Kurtulmus, tandis que «le grand ménage» des sympathisants du prédicateur exilé Fethullah Gülen - accusé par Ankara du putsch avorté - a laminé l'armée, la justice, l'éducation et les médias.

Le changement de ton est notable à Ankara, après que deux hauts responsables ont admis que la purge implacable lancée dans la foulée du putsch du 15 juillet et très critiquée à l'étranger avait pu donner lieu à «des erreurs» rapporte le site d'information Lalibre.

Les «citoyens qui n'ont pas d'affiliation avec eux [les sympathisants de Gülen] devraient se détendre» car «il ne leur sera fait aucun mal», a ajouté le vice-Premier ministre lors d'une conférence de presse.

Le Premier ministre Binali Yildirim avait lui aussi évoqué vendredi 29 juillet la possibilité que parmi les victimes de cette chasse aux sorcières, certaines l'aient été de manière abusive.

«Un travail méticuleux est en cours concernant ceux qui ont été limogés», a-t-il indiqué, cité par l'agence de presse officielle Anadolu.

«Il y en a certainement parmi eux qui ont été victimes de procédures injustes», a-t-il admis, adoptant lui aussi un ton conciliant peu coutumier en Turquie depuis le putsch qui a fait vaciller le pouvoir du président Recep Tayyip Erdogan.

Concernant les sympathisants de Gülen, dont Ankara a demandé l'extradition à Washington, Numan Kurtulmus a néanmoins rappelé qu'ils «paieront le prix».

Plus de 18 000 personnes ont été placées en garde à vue à un moment ou à un autre au cours des deux dernières semaines. Environ 10 000 d’entre elles font maintenant l’objet de poursuites et ont été placées en détention préventive. En tout, plus de 50 000 personnes ont été limogées depuis la tentative de putsch du 15 juillet. 

Concert de condamnations

La purge en Turquie a suscité les critiques de Washington, des capitales européennes et de nombreuses organisations de défense des droits de l'Homme et de la presse, qui l'ont perçue comme brutale et disproportionnée.

Le chef de la diplomatie allemande, Frank-Walter Steinmeier, avait ainsi dénoncé des purges «qui dépassent toute mesure», ajoutant qu'«on ne pouvait se taire».

De son côté, le chef du gouvernement italien Matteo Renzi avait jugé «qu'un pays qui emprisonne ses propres professeurs et ses propres journalistes, met en prison son avenir».

Pour toute réponse, le président Erdogan avait conseillé aux Occidentaux de se mêler de leurs affaires.

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