Crash du MH17 : deux ans d'accusations et peu de faits

© MAXIM ZMEYEV Source: Reuters

Deux ans après le drame du vol MH17, abattu au-dessus de la zone de conflit opposant les troupes de Kiev aux rebelles, les coupables n’ont toujours pas été traduits en justice. Qui a intérêt à faire traîner le processus ? Découvrez l'analyse de RT.

Deux ans plus tard, les gouvernements qui prétendaient avoir des preuves de l’implication de Moscou dans ce drame ne les ont toujours pas produites

Il y a deux ans, un avion avec 298 personnes à bord quittait Amsterdam pour Kuala Lumpur, avant d'être abattu en chemin par un missile sol-air dans l'est de l’Ukraine, au-dessus d’une zone de combat entre le régime de Kiev et les rebelles.

Quelques heures ont suffi pour que les médias occidentaux accusent la Russie d’être responsable du crash de ce Boeing de Malaysia Airlines desservant le vol MH17. Deux ans plus tard, les gouvernements qui prétendaient avoir des preuves de l’implication de Moscou dans ce drame ne les ont toujours pas produites, alors que le rapport de l'enquête criminelle internationale est encore attendu.

L'incident

Certains faits de cette enquête, la plus politisée depuis des décennie, sont incontestables : le vol MH17 a été abattu au-dessus de l'Ukraine le 17 juin 2014. La plupart des victimes étaient d'origine néerlandaise, mais il y avait aussi beaucoup de Malaisiens, d'Australiens, d'Indonésiens et de Britanniques à bord.

Le contrôle aérien de l'Ukraine a dirigé l'avion jusqu'à la zone de conflit armé où les forces gouvernementales ukrainiennes luttaient depuis le mois d'avril contre les rebelles s'opposant au gouvernement de Kiev. A l'époque, Kiev avait déjà perdu au moins 16 avions militaires, dont deux abattus quelques jours plus tôt. Mais malgré cela, l'espace aérien ukrainien n'avait pas été fermé aux vols civils. Le Boeing assurant le vol MH17 était l’un des dizaines d'avions qui ont emprunté cette itinéraire sans penser qu'une arme anti-aérienne puisse les atteindre à leur altitude de croisière.

Le missile sol-air tiré par un lance-missiles Buk M-1 a atteint l'altitude de 10 000 mètres, celle du vol de l'appareil et a explosé près du cockpit, projetant des centaines de fragments qui se sont répandus à l’intérieur de l'avion. Ce dernier s'est alors disloqué en plein ciel, avant que ses débris ne retombent au sol, s'éparpillant sur une très vaste portion de territoire contrôlée par les rebelles.

Des milliers de personnes ont été mises en danger à cause de la décision du gouvernement ukrainien de ne pas fermer son espace aérien

Elmar Giemulla, juriste, spécialiste en aviation, expert en matière aérienne et en droit de la circulation, qui représente trois familles de passagers allemands qui étaient à bord du MH17 a expliqué à RT que, du point de vue légal et conformément au droit international, le gouvernement ukrainien aurait dû fermer son espace aérien, s'il n'était pas en mesure de garantir la sécurité des vols.

«A peu près 700 vols civils passaient par l'espace aérien de l'Ukraine chaque jour», chacun transportant de 100 à 150 personnes, estime Elmar Giemulla, professeur à l'institut de technologie de l'aéronautique et d'astronautique de l'université de Berlin. Du coup, «des milliers de personnes ont été mises en danger à cause de la décision du gouvernement ukrainien de ne pas fermer son espace aérien».

Les rapports

Le plus important rapport public sur le crash du MH17 à ce jour a été celui du Bureau de la sécurité néerlandais, publié en octobre dernier. Ce rapport s’est focalisé sur les détails techniques liés à l'incident et sur ses implications au regard du vol au-dessus de zones de conflit, en évitant tout de même d'accuser qui que ce soit.

Pourtant, une partie du rapport a été contestée. Almaz-Antey, la société russe qui produit les systèmes Buk, prétend que le Bureau a mal interprété les données utilisées dans le rapport, en calculant le lieu d'où le lancement a été effectué. Le rapport indique un territoire d'à peu près 320 kilomètres carrés, d'où le missile aurait pu être lancé.

Almaz-Antey, à son tour, a présenté son propre rapport en mentionnant une zone possible de lancement de quatre kilomètres sur six, soit 24 kilomètres carrés. Les deux zones sont distantes de 10 kilomètres et étaient respectivement contrôlées par Kiev et par les rebelles le jour de l'accident. La société russe a également contesté le modèle d'ogive identifiée par le Bureau, estimant qu’une version plus ancienne était impliquée dans le crash.

Le travail sur le rapport final ayant déjà été entamé, l'équipe commune internationale d'enquêteurs essaie de trouver des preuves recevables par un tribunal pour traduire les responsables en justice. Les délais pour l'enquête n'ont pas été arrêtés et l'agence garde les détails secrets, prétextant ne pas vouloir avertir les responsables. Les résultats préliminaires pourraient être publiés vers la fin de l'année.

Les doutes de l'enquête

Toutefois, cette enquête ne progresse apparemment pas aussi facilement qu’espéré. La dernière mise à jour de l'équipe évoquait des difficultés à trouver le manuel d'utilisation des systèmes Buk, même si l'Ukraine, membre de cette agence, a des missiles Buk en service.

De plus, les médias néerlandais ont reproché à Kiev, au début de ce mois, d'avoir mis six mois à répondre aux requêtes des familles des victimes de la tragédie du MH17 en présentant les données radar. L'Ukraine prétend ne pas en avoir, expliquant que le radar civil couvrant cette région était en maintenance le 17 juillet, jour de l’accident et que les stations militaires étaient hors ligne.

Les autorités rebelles indiquent que les résidents de la révion recueillent de temps en temps des fragments de Boeing qu'ils stockent au cas où les Néerlandais les demanderaient.

La stratégie du tribunal est de se débarrasser de cette affaire un jour ou l’autre

Les efforts pour faire reconnaître la responsabilité de Kiev quandt à la non fermeture de son espace aérien avant l'incident n'ont toujours pas avancé, car il n'y a eu «absolument aucune réaction» de la justice ukrainienne, à part un reçu officiel qui est une sorte de réponse bureaucratique du secrétariat du tribunal et non celle des juges, estime l’avocat Elmae Giemulla.

Vu le comportement du tribunal ukrainien au cours des deux années qui ont suivi le crash, il est clair qu'il «essaie de retarder l’enquête, en espérant qu’une règlement politique global de l’affaire sera atteint dans l'avenir le plus proche», estime aussi Elmar Giemulla.

«La stratégie du tribunal est de se débarrasser de cette affaire un jour ou l’autre », affirme-t-il.

Politisation

Le drame a été politisé dès le début.

L'Ukraine et ses alliés étrangers accusent la Russie d'avoir armé et soutenu les rebelles, ce que Moscou dément. Depuis le début des hostilités Kiev a régulièrement accusé la Russie d'intervenir en Ukraine, prétendant qu'il lui était impossible de reprendre le contrôle de la partie orientale de son territoire à cause des avions de combat du Kremlin et de ses multiples lanceurs de missiles.

On n'a jamais pensé que l'Ukraine avait pu abattre un avion civil par erreur, même si ce n'aurait pas été la première fois

Presque tout de suite après le crash du vol MH17, les médias occidentaux et certains gouvernements ont accusé la Russie d’avoir livré aux rebelles le système Buk ou envoyé ses troupes régulières pour abattre des avions de guerre ukrainiens pour leur compte des milices du Donbass.

On n'a jamais pensé que l'Ukraine avait pu abattre un avion civil par erreur, même si ce n'aurait pas été la première fois. Les militaires ukrainiens ont en effet abattu un avion russe en 2001, lors d’exercices bâclés en temps de paix, et non pendant le chaos de la répression militaire contre les rebelles du Donbass.

Moscou a riposté en demandant une enquête plus détaillée et en présentant d'autres scénarios contredisant le discours de l'Occident. La Russie conteste également le discours de Kiev d'après lequel l'Ukraine n'avait dans cette zone ni avions de chasse, ni systèmes Buk, alors que les satellites publics et les images des radars montrent le contraire. Même si les Etats-Unis prétendent avoir des preuves de la complicité des rebelles, cette information, si elle existe, n'a jamais été déclassifiée, rendue publique ou présentée aux enquêteurs.

Alors que l'enquête internationale piétine, la population veut des réponse honnêtes et impartiales, mais on se sait pas quand elle les obtiendra.

Enquête spéciale de RT :

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