Démarche sincère ou intéressée ? De nombreux réfugiés musulmans se convertissent au christianisme

Une église dans la jungle de Calais le 14 mai 2016 Source: Reuters
Une église dans la jungle de Calais le 14 mai 2016

Un nombre croissant de réfugiés musulmans en Europe se convertissent au christianisme, selon des témoignages d'hommes d'église. Pour décourager les conversions motivées par la demande d'asile, des églises ont mis en place des mesures contraignantes.

Des données fiables sur le nombre de conversions ne sont pas disponibles, mais des preuves empiriques suggèrent une tendance à la hausse de la fréquentation des églises par des musulmans qui ont fui le conflit, la répression et les difficultés économiques dans les pays du Moyen-Orient et en Asie centrale, rapporte The Guardian.

Plusieurs hypothèses peuvent expliquer ce phénomène. Il pourrait s'agir d'une foi sincère dans une nouvelle religion, d'un sentiment de gratitude envers les groupes chrétiens qui offrent leur soutien lors de leur périlleux et effrayant voyages. Certains encore peuvent s'attendre à ce qu'une conversion puisse les aider dans leur procédure de demande d'asile.

Entre conversion réelle et conversion intéressée

À l'église Trinity dans la banlieue de Berlin, Steglitz, la congrégation est passée de 150 individus il y a deux ans à près de 700, gonflée par des musulmans convertis, selon le pasteur Gottfried Martens.

Plus tôt cette année, les églises de Berlin et d'Hambourg ont réalisés de nombreuses conversions pour les demandeurs d'asile dans les piscines municipales. L'église catholique autrichienne a enregistré 300 demandes de baptême d'adultes au cours des trois premiers mois de 2016. Selon les estimations de l'institut pastoral autrichien, près de 70% sont des réfugiés.

A la cathédrale anglicane de Liverpool au Royaume-Uni, un service persan hebdomadaire attire entre 100 et 140 personnes. Presque tous sont des migrants en provenance d'Iran, d'Afghanistan et d'ailleurs en Asie centrale. Au cours de la dernière année, une personne sur quatre, selon l'évêque de Bradford Toby Howarth, était un converti de l'islam. La plupart des individus concernés étaient iraniens et demandeurs d'asile.

Le vicaire de la cathédrale de Liverpool, Mohammad Eghtedarian, est lui-même un réfugié iranien qui s'est converti au christianisme et a été ordonné ensuite. Il a indiqué que l'église aide les gens à développer leur foi et à leur obtenir le statut de réfugié. «Ces deux choses sont intimement liées. La plupart des gens demandent l'asile sur la base de leur religion», a-t-il ajouté.

«Les gens sont désespérés»

Son propre parcours, de la ville iranienne de Shiraz jusqu'au Royaume-Uni, l'a fait passer par une demi-douzaine de pays européens, par camion, en train et à pied. Terrifié, des chrétiens lui ont offert un soutien pratique et émotionnel tout au long du chemin.

Avant d'obtenir l'asile, Mohammad Eghtedarian a passé quatre mois au centre de détention de Tinsley House, près de l'aéroport de Gatwick. «Chaque jour a été difficile et beau. Difficile parce que je ne sais pas s'ils allaient me renvoyer ou non. Beau parce que j'étais dans les mains du Seigneur. J'ai promis au Seigneur : si vous me libérez, je vais vous servir», a-t-il poursuivi. Maintenant, il se consacre à l'aide aux réfugiés. «Les gens sont désespérés. Ils dépensent beaucoup d'argent, ils sont vulnérables, maltraités et parfois [ils ont] été violés. L'expérience d'être un réfugié a été dégradante et déshumanisante», a-t-il conclu.

Une «période de préparation» exigée avant toute conversion en Autriche

L'an dernier, la conférence des évêques autrichiens a publié de nouvelles lignes directrices pour les prêtres, avertissant que certains réfugiés pouvaient demander le baptême dans l'espoir d'améliorer leurs chances d'obtenir l'asile. Depuis 2014, les candidats intéressés à la conversion au christianisme au sein de l'église autrichienne doivent passer par une «période de préparation» d'un an au cours de laquelle ils sont évalués de façon informelle. «Il doit y avoir un intérêt notable pour la foi qui se prolonge au-delà simplement du désir d'obtenir un morceau de papier», a déclaré Friederike Dostal, qui coordonne les cours de préparation à l'archidiocèse de Vienne.

A Liverpool, Mohammad Eghtedarian a reconnu que les facteurs conduisant les musulmans à se convertir étaient souvent complexes et multicouches : «Les gens sont désespérés et veulent une vie meilleure et parfois ils vont mentir pour y accéder, ce qui est compréhensible.» A la cathédrale de Liverpool, il y a un processus établi. Les gens sont enregistrés lors de leur première venue à l'église et ils doivent faire leurs preuves en étant présent régulièrement. Ensuite, cinq sessions de préparation du baptême et 12 sessions de préparation de confirmation ont été mises en place. «De cette façon, nous arrivons à les connaître et à voir comment ils sont impliqués dans la vie de l'église», a-t-il indiqué.

Selon Mohammad Eghtedarian, les abus prennent de nombreuses formes : « Que les gens n'abusent pas du système fiscal ? Regardez les gens qui vont à l'église pour obtenir que leurs enfants soient dans les écoles chrétiennes car ils pensent qu'elles sont meilleurs que les publiques. Y a-t-il une différence moralement ? Vous voulez trouver la meilleure école pour votre enfant, nous voulons trouver la meilleure vie pour nous-mêmes.»

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