Six ans après, de drôles de théories polonaises sur l’accident à Smolensk portent encore à confusion

Le 11 avril 2010 : un militaire russe près des débris de l'avion gouvernemental polonais qui s’était écrasé la veille près de la ville russe de Smolensk.© Sergei Karpukhin Source: Reuters
Le 11 avril 2010 : un militaire russe près des débris de l'avion gouvernemental polonais qui s’était écrasé la veille près de la ville russe de Smolensk.

Alors que la Pologne commémore le sixième anniversaire du crash tragique de l’avion présidentiel à Smolensk dans lequel le président Lech Kaczynski et les 95 autres occupants de l’appareil avaient péri, les théories du complot foisonnent à Varsovie.

Le 10 Avril 2010, un avion polonais Tu-154M effectuant la liaison Varsovie-Smolensk, en Russie occidentale, avec à son bord le président Lech Kaczynski, son épouse, le dirigeant de la banque centrale, tous les commandants militaires de haut rang et d'autres responsables de premier plan, s’est écrasé lors de l’atterrissage tuant ses 96 passagers et membres d’équipage.

Une équipe d'enquête russo-polonaise a révélé par la suite que les pilotes avaient été sous pression constante et ne disposaient pas de la formation adéquate. Ils ont décidé d'atterrir malgré les avertissements de la tour de contrôle de ne pas se poser à Smolensk en raison de la faible visibilité due à un épais brouillard.

Lors de la descente finale, les systèmes de sensibilisation électroniques ont lancé des alertes sonores: «Terrain ahead» (terre en devant) et « Pull up ! Pull up ! » (Tirez vers le haut ! Tirez vers le haut !) Mais en vain. L'avion présidentiel a heurté le sol et s’est décomposé. La tragédie a fait les manchettes dans le monde entier, provoquant un choc important, ainsi qu’un immense chagrin en Pologne comme en Russie. Moscou a pleinement coopéré avec les enquêteurs de la police, donnant accès à toutes les procédures et à tous les documents disponibles en relation avec cet accident.

Le «complot du bouleau» suggère que l'arbre a été endommagé avant l'accident, et que des débris métalliques y ont été insérés pour tromper le public sur la cause de la tragédie

En Pologne, les théories du complot ont commencé à circuler immédiatement après l'accident, affirmant que c’était un complot russe ou une tentative de coup d'Etat, orchestrée par Moscou.

Le frère jumeau de Lech Kaczynski, Jaroslaw, ainsi que Antoni Macierewicz, alors le chef de l'enquête parlementaire controversée et actuellement ministre de la Défense, sont devenus des défenseurs acharnés de la théorie d’un assassinat sans qu’on en connaisse les fondements.

Ces déclarations ont stimulé le développement de théories du complot sauvages offrant soi-disant des explications aux causes de la mort du président Kaczynski et des hauts-responsables polonais.

Le bouleau blindé

D’après le rapport du gouvernement polonais, lorsque l'avion est entré en collision avec un grand bouleau, à plusieurs centaines de mètres de la piste, une partie importante de l'aile de l'avion s’est cassée et l'arbre lui-même a été touché. Mais en 2013, un groupe de chercheurs a eu une idée magnifique. Chris Cieszewski, professeur de l'évaluation de l'alimentation en fibre au Center for Forest Business à l'Université de Géorgie aux Etats-Unis, a affirmé que le bouleau avait été endommagé au moins cinq jours auparavant, quand quelqu'un est monté dessus pour le frappait avec un marteau et le couper avec une hache, rapporte le quotidien Gazeta Wyborcza.

Le professeur polonais a déclaré qu'il avait parlé du son de l'accident avec un expert en musique de l'Université de Varsovie, et qui lui a affirmé qu’en réalité, un avion en train de s’écraser aurait dû produire un autre son que celui que l’on peut entendre sur les enregistrements.

En 2013, Andrzej Ziolkowski, un savant polonais, s’est servi de l’exemple de hot-dogs cuits afin de prouver qu’une explosion avait eu lieu dans l’avion alors qu'il était en l’air

Le «complot du bouleau», comme il est surnommé suggère que l'arbre a été endommagé avant l'accident, et que des débris métalliques y ont été insérés pour tromper le public sur la cause de la tragédie. En 2012, le «bouleau blindé» a été soigneusement étudié par des procureurs polonais qui en ont recueilli des échantillons, d’après Newsweek Polska.

Théorie de saucisse-boum et des canettes de Red Bull

Une autre théorie complotiste, soutenue par des preuves «empiriques», suggère qu'une explosion aurait retentit à l'intérieur de l'avion. En 2013, Andrzej Ziolkowski, un savant polonais, s’est servi de l’exemple de hot-dogs cuits afin de prouver qu’une explosion avait eu lieu dans l’avion alors qu'il était en l’air. La coque de l’appareil s’est fissurée longitudinalement, affirme ce savant, ce qui aurait n’aurait, d’après lui, pu être causé que par une explosion interne.

Lors d’une conférence organisée par la commission d’enquête dirigée par Antoni Macierewicz, Andrzej Ziolkowski a déclaré : «Nous voyons cela en faisant bouillir des saucisses pour le petit déjeuner», rapporte Gazeta Wyborcza, et le scientifique de donner l’exemple de deux hot-dogs pour illustrer la façon dont la coque a éclatée.

Un autre professeur, Jan Obrebski, s’est également servi d’un exemple culinaire. Il a pour sa part essayé d'illustrer les dégâts qu’avait subi l’avion en exposant l’image d'une cannette de Red Bull déformée, une boisson énergétique commercialisée avec le slogan «Ça te donne des ailes».

De nombreux Polonais ont pris au sérieux ces théories du complot sur le crash de Smolensk et, étonnamment, Varsovie s’en sert comme d’un levier politique

Brouillard artificiel

Au début de 2011, l'avocat Marcin Dubieniecki qui représentait Marta Kaczynski, la fille du défunt président, avait déclaré qu'il n'y avait «aucune preuve tangible que le brouillard soit naturel et non pulvérisé par les Russes», selon le média d’informations Wirtualna Polska.

Une théorie laissant croire que quelqu'un aurait pu créer un nuage de fumée artificielle pour désorienter les pilotes de l’appareil du président Kaczynski a pris naissance en 2010, lorsque la Pologne aurait demandé aux Etats-Unis de lui fournir des images satellite sur les conditions météorologiques au moment de l'accident. Les procureurs polonais ont également voulu savoir s’il existait «une capacité scientifique et technique pour générer du brouillard artificiel», a rapporté le journal britannique The Telegraph.

Wirtualna Polska a également écrit que l'analyse biochimique des échantillons du sol n'avait pas été effectuée après l'accident, spéculant ainsi sur la présence d’un IL-76 russe – qui avait aussi essayé d'atterrir à Smolensk, mais qui avait été détourné en raison du mauvais temps – aurait pu influencer les conditions météorologiques.

De nombreux Polonais ont pris au sérieux ces théories du complot sur le crash de Smolensk et, étonnamment, Varsovie s’en sert comme d’un levier politique. En 2010, les relations entre Jaroslaw Kaczynski et le gouvernement de centre-droit de Donald Tusk étaient tendues.

Deux ans après le crash de Smolensk, Jaroslaw Kaczynski avait déclaré que c’était Donald Tusk – aujourd'hui président de la Commission européenne – qui était le plus grand responsable de la catastrophe. Il a également insisté sur le fait que c’était lui qui avait dissimulé quelques «détails importants» de la tragédie de Smolensk.

Antoni Macierewicz, chef militaire en mode «croisade», a récemment déclaré que l'accident était une «attaque terroriste» visant les dirigeants du pays.

En mars dernier, plusieurs personnalités polonaises de haut rang ont été inculpées pour l'organisation «négligente» du vol présidentiel tragique de 2010. Parmi eux, le responsable le plus important est Tomasz Arabski, ancien chef de la chancellerie du Premier ministre Donald Tusk. Deux autres fonctionnaires, Monika B. et Mirosław K., qui travaillaient dans l'équipe de Tusk à ce moment-là ont également été inculpés.

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