Refus de visas à des journalistes français, des médias boycottent la visite de Valls en Algérie

© Jean-Christophe Verhaegen Source: AFP

Ni Libération, ni France Culture, ni France Inter, ni Le Figaro ne couvriront la visite du Premier ministre, après que deux journalistes français ont été interdits d’entrée par Alger qui dénonce une «campagne hostile» de la presse hexagonale.

C’est afin d’exprimer leur solidarité avec le journaliste du Monde «privé de visa par les autorités algériennes en raison du traitement du scandale des Panama Papers par le quotidien français, notamment les informations visant l’Algérie», que France Inter, France Culture et Libération ont indiqué, dans un communiqué de presse commun, qu’ils ne couvriraient pas la visite officielle de Manuel Valls à Alger samedi et dimanche.

Les trois journaux français disent également s'insurger contre la «censure» exercée contre un journaliste de l’émission Le Petit Journal, de la chaîne privée Canal +, qui s’est lui aussi vu refuser un visa sans qu’une raison n’ait été communiquée. En début de semaine, une équipe de cette même émission avait également été expulsée du Maroc alors qu'elle travaillait sur un scandale lié à la violence contre les homosexuels.

Le Figaro a rallié le mouvement, déclarant dans un texte à part qu’«au nom de la liberté de la presse, il n'enverra pas de journaliste en Algérie pour suivre le voyage de Manuel Valls».

Dans un article publié plus tôt vendredi, le directeur du Monde, Jérôme Fenoglio, avait qualifié la décision des autorités algériennes d’«entrave à la liberté de la presse», les accusant de «nous empêcher d’effectuer notre travail».

Alger dénonce l’hostilité des médias français

A la base de la décision algérienne, le journal Le Monde avait publié le 4 avril un article sur des «proches» du président algérien Abdelaziz Bouteflika accusés d'avoir détourné des fonds, suite aux révélations des Panama Papers. L’article, paru en Une, avait été illustré avec une photo du chef d’Etat, qui n’était pourtant pas impliqué dans le scandale de corruption.

Le traitement médiatique de cette affaire était mal passé du côté de l’Algérie, où l’ambassadeur de France avait été convoqué par le ministre des Affaires étrangères, qui lui avait fait part de son mécontentement face à la «campagne hostile» du Monde contre le pays.

Le journal avait par la suite tenté de se justifier dans un communiqué, en écrivant : «Précision : contrairement à ce que la photo en "une" du Monde daté du 5 avril (édition imprimée) a pu laisser croire, le nom du président algérien, Abdelaziz Bouteflika, n’apparaît pas dans les "Panama papers"».

S’estimant lié à tort au scandale des Panama Papers, les autorités algériennes ont donc refusé l’accès à deux journalistes qui devaient couvrir la visite officielle de Manuel Valls. Ce dernier a dans la foulée téléphoné à son homologue algérien Abdelmalek Sellal afin d’obtenir la levée de la sanction, mais sans succès.

Lire aussi : Panama papers : «La plus grosse fuite de l’histoire» sur l'évasion fiscale rendue publique

La visite de Valls à Alger : des gros contrats en perspective ?

Un «comité interministériel de haut niveau», composé d’une dizaine de ministres français, se rendra les 9 et 10 avril à Alger pour y rencontrer le gouvernement, comme il le fait chaque année depuis 2012.

Selon l’AFP, des accords économiques importants pourraient bien être finalisés, comme notamment la création d’une usine automobile de PSA dans la ville d’Oran ou encore l'extension d'une usine de tramways du groupe français Alstom, ouverte l'an dernier.

Sur Twitter, manuel Valls a exprimé ses «profonds regrets» après le refus de visas aux journalistes français par Alger et annoncé qu'il aborderait le sujet lors de sa visite.

Raconter l'actualité

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans les commentaires sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

Enquêtes spéciales