Au Royaume-Uni, la question d'une intervention militaire en Syrie divise l'opinion et les politiques

David Cameron rendant visite aux soldats de la Royal Welsh Infantry, le 23 novembre 2015.© Reuters. Source: Reuters
David Cameron rendant visite aux soldats de la Royal Welsh Infantry, le 23 novembre 2015.

Le Parlement britannique pourrait voter mercredi, des frappes aériennes contre l'État islamique en Syrie, répondant ainsi aux demandes de la France, dans la foulée des attentats de Paris. Mais de nombreux députés travaillistes ne sont pas convaincus.

Avez-vous déjà vu un «modéré» armé d'une kalashnikov ? Cette pique du journaliste de The Independant Robert Fisk semble refléter l'opinion d'une partie de l'opposition travailliste britannique, très peu embalée par la déclaration récente du Premier ministre David Cameron. 

Le soutien de l'opinion publique, encore marquée par les guerres impopulaires menées en Afghanistan et en Irak, est en recul : d'après un sondage de l'institut You Gov, publié mercredi dans le Times, 48% des sondés soutiennent une intervention en Syrie, contre 59% la semaine dernière.

Des chiffres «fantaisistes»

Le Premier ministre britannique a récemment assuré que la Syrie compterait 70 000 combattants modérés qui pourraient constituer un appui de taille aux forces britannique en cas de frappes aériennes sur les positions de l'Etat islamique. 

«D'où viennent donc ces chiffres ridicules, comiques, grotesques et fantaisistes ?» s'offusque le journaliste, ajoutant être persuadé que ce nombre serait très probablement plus proche des 700, (voire des 70 !) que des 70 000.

«Modérés», un terme flou

De fait, s'il existe bel et bien une force d'opposition non-négligeable sur le térritoire syrien, celle-ci est fractionnée en plusieurs groupes ne partageant ni la même idéologie politico-religieuse, ni le même vision pour le futur de la Syrie. 

Ainsi, la porte-parole du Premier ministre Cameron a récemment admis que tous ceux qui à priori combattaient le terrorisme de Daesh et luttaient supposément pour une Syrie pluraliste étaient qualifiés par le gouvernement sous le terme assez vague de «modérés». 

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Le lieutenant général Gordon Kenneth Messenger, chef adjoint de l'Etat major et qui a comparu le 1er décembre dernier devant le Comité spécial de la Défense de la Chambre des communes par rapport à la situation militaire en Syrie, a affirmé qu'il y avait bien «un spectre islamiste» réel en Syrie et ce, hors Daesh.

Ainsi, des groupes de combattants tels que le Le Front islamique, le groupe Ahrar al-Sham ou encore Al-Nosra, branche locale d'Al-Qaïda, ne pouvaient selon lui être qualifiés de «modérés» et ne faisaient de fait, pas partie des «70 000 de David Cameron».

Par ailleurs, le lieutenant a rappelé que mettre tous les efforts dans la lutte contre l'Etat islamique ne devait pas signifier laisser carte blanche aux groupes d'oppositions dont la «modération» n'est pas vraiment assurée. 

La crainte d'attaques sur le sol britannique

Cameron devra également répondre aux inquiétudes sur les conséquences de telles frappes pour la sécurité du pays, même s'il répète régulièrement que le Royaume-Uni fait déjà face à une «grave menace des djihadistes».

Dans son analyse, le journaliste Robert Fisk n'ommet pas de mentionner ce détail inévitable en lien avec une intervention aérienne du Royaume-Uni - celui de possibles attaques de Daesh sur le sol britannique, par vengeance.

«Lorsque Daesh tuera des innocents au Royaume-Uni, Dave (sic.) [Cameron NDLR] dira qu'il le fait parce qu'il hait nos valeurs humanistes. Mais plus tard viendra cette vidéo où un kamikaze nous apprendra que ces attaques sont une réponse à la décision du Premier ministre d'engager une opération militaire en Syrie», martelle le journaliste dans son article d'opinion.

Un soutien incertain à David Cameron

Après que David Cameron a taxé les opposants aux frappes de «sympathisants terroristes», son commentaire a été qualifié d'«insulte désespérée» par un porte-parole de Jeremy Corbyn, le leader du parti Travailliste et risque de braquer les députés de ce parti, dont certains se sont pourtant rangés à l'opinion du Premier ministre après l'onde de choc des attentats de Paris. 

Bien qu'opposé aux frappes, Jeremy Corbyn a décidé de ne pas imposer de consigne de vote à ses troupes pour éviter une rébellion ouverte des travaillistes très divisés sur la question.

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Selon les sources du parti travailliste, 30 à 40 députés du Labour devraient voter en faveur de la proposition de Cameron, y compris la secrétaire à la défense Maria Eagle.

 

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Cependant, d'autres ont admis anonymement à la presse britannique avoir subi des pressions pour s'abstenir ou voter «contre».

De plus, la commission parlementaire des Affaires étrangères, qui avait publié début novembre un rapport contre des raids aériens en Syrie, s'est de nouveau prononcée «contre» mardi, doutant notamment de sa légalité et de son efficacité.

Ayant une courte majorité au Parlement et quelques députés conservateurs qui voteront contre les frappes, le dirigeant ne s'est décidé à organiser un vote qu'après la décision du Labour de ne pas imposer de consigne de vote. Les libéraux-démocrates et le DUP nord-irlandais ont annoncé leur intention de voter pour.

Le gouvernement se montre néanmoins confiant sur l'issue du vote, qui devrait intervenir aux alentours de 22H00 GMT. 

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