Pour MSF, le rapport américain sur le raid contre leur hôpital est un «catalogue d'erreurs»

 John Campbell, commandant en chef des forces américaines en Afghanistan, a eu la lourde tâche d'expliquer les raisons de la bévue.  Source: Reuters
John Campbell, commandant en chef des forces américaines en Afghanistan, a eu la lourde tâche d'expliquer les raisons de la bévue.

L'ONG fulmine depuis la publication d'un rapport de l'armée américaine sur le bombardement d'un de leurs hôpitaux afghans. Elle parle de négligence et de violations des règles internationales.

Une erreur humaine. Voici comment le Pentagone a justifié le bombardement d'un hôpital de MSF situé à Kunduz en octobre dernier. Mais pour l'ONG, le rapport de l'armée américaine est un «effarant catalogue d'erreurs». 

Christopher Stokes, directeur général de MSF, voit en ce document la preuve «de la négligence grossière des troupes américaines ainsi que leurs violations des règles de la guerre».

Non respect des consignes

John Campbell, chef des forces américaines en Afghanistan a qualifié l’événement de «terrible incident». Il met en avant le fait que plusieurs des personnes impliquées n’ont pas respecté les règles d’engagement. Les fautifs sont actuellement suspendus et attendent des sanctions disciplinaires.

Le haut gradé parle également d'«incidents techniques». L’équipage de l’avion d’attaque AC-130 aurait pris l’hôpital de MSF pour «un quartier général tabilan». Le bombardement aurait duré 29 minutes avant que les responsables réalisent leur erreur et ordonnent l’arrêt de l’attaque.

Selon John Campbell, un certain nombre d’instruments de l’appareil ne fonctionnaient pas, ce qui empêchait l’envoi de messages ou images. Sa position était également erronée. Le logiciel de ciblage aurait alors identifié l’hôpital comme la base talibane.

L’équipage aérien aurait suivi les descriptions faites par une équipe au sol, comprenant des soldats américains et des membres des forces spéciales afghanes.

Douze minutes après le début de l’opération, MSF est entré en contact avec l’armée américaine pour leur signifier leur tragique erreur. Le temps de relayer le message, il était trop tard.

«Nous avons fait une terrible erreur. Nous ferons tout pour qu’un tel événement ne se reproduise jamais» a déclaré Gen Wilson Shoffer, porte-parole de l’armée.

Le président Obama s’est lui-même excusé. L’affaire de l’hôpital de Kunduz est un des cas les plus graves de pertes civils en quatorze ans de présence américaine en Afghanistan.

MSF demande une enquête indépendante

Les excuses du locataire de la Maison Blanche ainsi que les 3000 pages du rapport de l’armée ne calment pas la colère de l’ONG. Après avoir fustigé les fautes et le manquement aux règles internationales des soldats de l’Oncle Sam, Christopher Stokes demande «une enquête indépendante et impartiale». Un souhait déjà émis par la présidente de MSF, Joanne Liu.

Pour lui, l’enquête américaine ne fait que «balayer d’un revers de la main comme une erreur humaine ou une violation des règles d'engagement américaines».

Aujourd’hui, trois enquêtes ont été ouvertes sur cet incident. Celles des Etats-Unis, de l’OTAN et de l’armée afghane.

Pour rappel, le bombardement a fait 30 victimes et plusieurs blessés. Selon un rapport de MSF, plusieurs docteurs et infirmières sont morts sur le coup. Des patients ne pouvant bouger ont été brûlés vifs. Certains tentant de s’échapper du bâtiment auraient été tués par des mitrailleuses qui semblaient suivre leurs mouvements. Un patient en fauteuil roulant fuyant l’hôpital aurait été abattu par un éclat de munition.

L’équipe de l’hôpital aurait tenté à 18 reprises de joindre l’armée américaine et les autorités afghanes afin d’arrêter le massacre.

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