Des Ukrainiens bienvenus car «Européens de culture» ? Le «tri» des réfugiés crée la polémique

Des réfugiés arrivant à la gare polonaise de Przemysl© Czarek Sokolowski/AP
Des réfugiés arrivant à la gare polonaise de Przemysl, le 27 février 2022 (image d'illustration).
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Les propos de plusieurs commentateurs établissant une distinction entre les Ukrainiens partageant la culture européenne et les précédentes vagues de réfugiés ont déclenché de vives réactions, certains y voyant l'expression d'un racisme décomplexé.

Un traitement à géométrie variable, voire un racisme décomplexé ? Alors que plusieurs centaines de milliers de réfugiés ukrainiens se pressent aux frontières de l'Union européenne après l'offensive russe, les propos de certains commentateurs sur un accueil rendu plus facile par la proximité culturelle entre ressortissants ukrainiens et populations des autres pays européens ont été critiqués. 

«Plus de 500 000 réfugiés ont désormais fui l'Ukraine vers des pays limitrophes», a tweeté en fin de matinée du 28 février, Filippo Grandi, le Haut-Commissaire aux réfugiés de l'ONU.

L'éditorialiste Christophe Barbier a ainsi déclaré sur BFMTV le 26 février qu'il y avait «un geste humanitaire évident» à effectuer en accueillant les réfugiés ukrainiens, en soulignant que cet accueil serait plus facile que celui de vagues précédentes liées aux conflits au Moyen-Orient ou en Afghanistan, pour plusieurs raisons. D'abord, car «la nature des réfugiés n'est pas contestable». Ensuite, parce que les Ukrainiens sont, selon le journaliste, des «Européens de culture» et font partie d'une «population très proche, très voisine». Enfin, «nous ne sommes pas face à des migrants qui vont passer dans une logique d'immigration pour s'installer définitivement», a complété Christophe Barbier, rappelant néanmoins que certains Russes accueillis après la guerre civile postérieure à la révolution d'octobre 1917 étaient restés en France ensuite.

Dans un autre extrait, l'éditorialiste a d'ailleurs établi, à propos des implications de la crise sur la campagne présidentielle française, une distinction entre des réfugiés ukrainiens qui pourraient s'installer durablement dans l'Hexagone et les réfugiés tchétchènes. «Certains d'entre eux ont créé des incidents, on se souvient des émeutes et des bagarres à Dijon et bien entendu des quelques-uns qui sont devenus des terroristes islamistes». Or, «ce ne sera pas le cas avec une communauté ukrainienne, c’est évident», a estimé Christophe Barbier.

«On ne parle pas de Syriens qui fuient les bombardements [...], on parle d'Européens qui partent dans leurs voitures qui ressemblent à nos voitures [...] et qui essayent juste de sauver leurs vies», a aussi commenté le chef du service politique Philippe Corbé, toujours sur BFMTV, le 24 février. «On est au XXIe siècle, on est dans une ville européenne, et on a des tirs de missiles de croisière comme si on était en Irak ou en Afghanistan, vous imaginez !», a pour sa part commenté Ulysse Gosset, également éditorialiste pour la chaîne d'informations en continu. Ces propos survenaient eux-mêmes après une autre intervention remarquée, sur Europe 1, de Jean-Louis Bourlanges, député des Hauts-de-Seine et président de la commission des Affaires étrangères à l’Assemblée. Selon lui, les Ukrainiens qui s'apprêtent à quitter leur pays seront pour l'essentiel «des intellectuels» et apporteront aux pays d'accueil «une immigration de grande qualité dont on pourra tirer profit». 

Auteur: RT France

Un racisme décomplexé ?

«Vos propos sont honteux et intolérables !», a réagi l'eurodéputée écologiste Karima Delli, reprochant à Christophe Barbier d'établir une hiérarchie entre les réfugiés et d'entretenir un «racisme décomplexé».  «L’accueil des réfugiés est inconditionnel quels que soient sa culture, son pays, sa religion», a-t-elle affirmé, à l'opposé de Nicolas Bay, soutien du candidat de Reconquête! : celui-ci a estimé sur France Culture le 26 février qu'«il y a une différence entre les Ukrainiens qui participent de notre espace civilisationnel, avec des populations qui appartiennent à d'autres civilisations, et qui devraient assez naturellement demander la solidarité à des pays qui participent de leur même civilisation». 

Pour La France insoumise, Clémentine Autain s'est indignée de cette série de commentaires, dénonçant «le cynisme le plus crasse et la hiérarchie entre les immigrés». Selon l'élue, «le cocktail est à vomir et donne la mesure de l'ambiance idéologique de notre époque». La députée LFI visait notamment le président de la commission des Affaires étrangères à l'Assemblée nationale Jean-Louis Bourlanges qui avait qualifié «de grande qualité» sur Europe 1 le flux migratoire en provenance d'Ukraine. 

«La violence de ces extraits est inouïe et d’une idiotie abyssale», a réagi la politiste Virginie Martin sur Twitter, commentant la compilation établie par le compte Caisses de grève. «3e jour de guerre en Ukraine, 3e jour de racisme en France», s'est également insurgé Mickaël Correia, journaliste à Mediapart. «En à peine 3 jours, on a entendu qu'il fallait aider les Ukrainiens car «ce ne sont pas des Syriens», car ils sont «une immigration de qualité dont on pourra tirer profit» et car ce sont des «Européens de culture».

«Tout va bien du côté de la suprématie blanche. Elle se pavane à la télé, la bouche pleine de slogans va-t-en-guerre et de hiérarchisation des réfugiés, des vies humaines. Et elle se déploie aux frontières européennes, opérant le si sordide mais habituel tri racial», a vivement déploré la journaliste Sihame Assbague.

Un mauvais procès, selon les mis en cause

Les intéressés ont tenu à réagir à cette vague de critiques, à commencer par Christophe Barbier.  «Je n’ai jamais dit qu’il ne fallait pas accueillir les autres réfugiés, mais qu’accueillir des Ukrainiens était évident et sans difficulté», a développé le journaliste, ajoutant : «Quant à la montée de Zemmour, interrogez-vous plutôt sur la responsabilité de cette gauche «wokiste» que vous incarnez», a-t-il lancé à l'eurodéputée verte.

Jean-Louis Bourlanges a lui estimé être victime d'un mauvais procès intenté par «l'extrême gauche», précisant qu'il fallait avoir «un esprit particulièrement tordu pour y voir une offense à l'égard de quiconque». L'élu a soutenu n'avoir fait que défendre la tradition de la France par rapport aux réfugiés, qui a toutes les raisons d'accueillir les réfugiés ukrainiens dans «les meilleures conditions». Comme les réfugiés syriens, ceux-ci représentent «une chance pour la France», a-t-il plaidé, considérant que les attaques de Clémentine Autain n'étaient qu'une pitoyable tentative de diversion pour faire oublier «le naufrage absolu des positions de LFI sur Poutine et l'Ukraine».

Des polémiques semblables ont eu lieu du côté des médias anglophones. Ainsi, le journaliste Charlie D’Agata a décrit l’Ukraine sur CBS News le 25 février comme un pays «européen et civilisé», en opposition à l’Irak et l’Afghanistan. «Ce n’est pas un endroit [...] comme l’Irak ou l’Afghanistan qui ont vu des conflits faire rage pendant des décennies. C’est une ville relativement civilisée, relativement européenne – je dois aussi choisir ces mots avec soin – où vous ne vous attendriez pas à cela, où vous n’espériez pas que cela se produise…», a-t-il commenté. Le journaliste a tenu à s'excuser après cette intervention.

S'agissant d'un «tri» qui serait opéré parmi les réfugiés, le site d'information AJ+ a fait état de cas d'interdiction qui aurait été faite aux personnes noires d'entrer dans des pays limitrophes de l'Ukraine. 

Un autre internaute, sur un compte assez suivi, s'est dit «pressé de lire les articles et voir les reportages dans les médias français sur l’abject racisme qui empêcherait les Noirs et les Arabes voulant eux aussi fuir la guerre en Ukraine».

Selon un bilan établi par l'ONU le 27 février, près de 370 000 réfugiés ont fui l'Ukraine depuis le début de l'opération militaire russe, le 24 février.

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