Régionales 2022 : l'union de la gauche dans les Hauts-de-France, une expérience sans lendemain ?

Régionales 2022 : l'union de la gauche dans les Hauts-de-France, une expérience sans lendemain ?© STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
L'eurodéputée Karima Delli à un meeting d'EELV à Paris le 21 mai 2019 (photo d'illustration).

Les quatre principales forces de gauche – PS, PCF, EELV et LFI – se sont entendues pour une candidature commune à l'élection régionale dans les Hauts-de-France. Une alliance difficilement applicable pour la présidentielle de 2022.

«C’est fait ! Nous, Europe Ecologie Les Verts, France Insoumise, Parti Socialiste et Parti Communiste Français, faisons union.» Dans un communiqué commun le 11 mars, les quatre principaux partis de gauche ont annoncé s'unir derrière l'eurodéputée verte Karima Delli, en vue de l'élection régionale (13 et 20 juin) dans les Hauts-de-France face au président sortant Xavier Bertrand. 

C'est une petite révolution chez les partis de gauche dans le cadre d'une élection de cette importance. «Fort de nos valeurs communes et conscients de nos différences», comme indiqué lors de l'annonce de cette coalition, les différents mouvements ont réussi à calmer temporairement leurs récurrentes frictions pour tenter de battre la droite et «rompre l’emprise suffocante de l’extrême droite qui s’exerce dans les Hauts-de-France». De quoi faire de la région du Nord un laboratoire en vue de la présidentielle, comme se prennent à rêver les militants ?

En l'état actuel des sondages, la gauche aurait besoin d'un front commun pour espérer atteindre le second tour en 2022. La dernière enquête d'opinion en date, menée du 2 au 4 mars par Harris Interactive, accorde – suivant le candidat de la droite – 11% des voix à Jean-Luc Mélenchon (FI), 7 à 8% à Yannick Jadot (EELV), 6 à 7% à Anne Hidalgo (PS) et 1% Fabien Roussel pour le PCF. L'union est donc obligatoire pour ne pas être en quatrième position, derrière le président sortant Emmanuel Macron (25 à 26%), la candidate du RN Marine Le Pen (25%) et le représentant de la droite (15% pour Xavier Bertrand, 12% pour Valérie Pécresse). En notant qu'un rassemblement derrière une seule figure ne promet pas une addition automatique des votes.

Alliance impossible pour la présidentielle ?

L'expérimentation annoncée pour l'élection régionale dans les Hauts-de-France est néanmoins un premier pas prometteur. Elle a toutefois peu de chance de se répéter pour la présidentielle. Plusieurs raisons à cela. D'abord, la spécificité de la région nordiste : traumatisée par le souvenir de 2015, quand le candidat socialiste avait dû se désister au nom du barrage républicain dans la triangulaire avec Xavier Bertrand et Marine Le Pen, la gauche ne veut pas revivre cette configuration qui lui a coûté 6 ans d'absence au conseil régional. Auprès de RT France, la sénatrice EELV Esther Benbassa justifie encore aujourd'hui cette décision par «le danger de l'extrême droite».

D'où la nécessité de s'organiser pour arriver plus fort, cette fois. D'ailleurs, le rassemblement derrière l'écologiste Karima Delli repose pour l'instant uniquement sur un accord, sans programme pour le soutenir. Les négociations viendront après, expliquent les différents partis, l'objectif étant déjà de tester la solidité de l'attelage : «On va pouvoir mesurer le poids de ce type de liste», a expliqué au Figaro Adrien Quattenens, député LFI du Nord et coordinateur national du parti.

Pour les autres régions, disons que c'est très hypothétique

Le problème, c'est que les Hauts-de-France semblent la seule région propice à cet essai. Il y a bien le Grand Est également, où des projets d'union ont émergé, mais justement... il y en a plusieurs, ce qui n'est pas très rassembleur. D'un côté, les dirigeants d'EELV, du PS et du PCF ont signé le 6 mars un préaccord de «pacte pour une région Grand Est écologiste, citoyenne et solidaire». De l'autre, La France insoumise est à l'initiative d'un «appel inédit» pour une union «de la gauche et de l’écologie», lancé en décembre 2020 par la parlementaire LFI Caroline Fiat, avec l’ancienne ministre socialiste de la Culture Aurélie Filippetti et la première secrétaire du PS dans le Bas-Rhin, Pernelle Richardot. 

En dépit de ces habituelles scissions de la gauche, Esther Benbassa veut y croire, avec un enthousiasme modéré toutefois : «Peut-être, et j'insiste sur ce peut-être, que l'on va arriver à un rassemblement des forces progressistes dans le Grand Est. Pour les autres régions, disons que c'est très hypothétique. On aimerait bien sûr que ce qui se réalise dans les Hauts-de-France se reproduise ailleurs, ce serait une bonne chose pour faire barrage à l'extrême droite.» 

Mais hautement improbable. En Ile-de-France par exemple, le 11 mars, alors que la coalition était officialisée dans les Hauts-de-France, la tête de liste PS Audrey Pulvar était taclée sur France Info par la députée LFI Clémentine Autain, qui l'accusait «de vouloir faire un rassemblement sans s'adresser aux insoumis». «En général quand on veut faire route avec quelqu’un, on l’appelle, plutôt qu’on ne l’interpelle», a répondu sur Twitter l'ancienne journaliste et actuelle adjointe d'Anne Hidalgo à la mairie de Paris.

Le patron du PS Olivier Faure ne s'est pourtant pas dit fermer au scénario de l'alliance autant que possible : «Dans les régions dans lesquelles il n’y a pas encore d’offre stabilisée, je souhaite que nous puissions nous mettre d’accord, [...] derrière un écologiste, parfois derrière un socialiste, parfois derrière quelqu’un issu de la société civile», a-t-il assuré le 11 mars sur RMC.

Reste cette question justement, qui pourrait mettre un terme à toute perspective de front commun en 2022 : derrière qui se ranger ? Derrière la réussite des tractations dans les Hauts-de-France, les coulisses ont fait des déçus. Fabien Roussel du PCF aurait voulu être le candidat du rassemblement, plutôt que Karima Delli : «Les insoumis ont préféré une tête de liste verte à une tête de liste communiste. En termes d’ADN, je pensais qu’ils étaient plus proches de nous mais c’est la vie politique qui impose ses choix», a-t-il soufflé le 12 mars à Libération.

Patrick Kanner, le socialiste qui convoitait aussi la tête de liste, a estimé dans le même journal que le «PS reste[ra] la force centrale en termes de places», alors qu'un cadre EELV a expliqué au Figaro qu'au contraire, son parti est le seul «à pouvoir faire la jonction entre toutes les forces de gauche». Ambiance, alors que chacun prépare son candidat dans son coin pour 2022, et que «Jean-Luc Mélenchon est dans une démarche de se maintenir, quoi qu’il arrive», balaie Patrick Kanner. L'idée d'une union dans un an en vient même à faire rire la sénatrice écologiste Esther Benbassa : «Pour la présidentielle, honnêtement, j'attends de voir.»

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