Décès de Coralie Delaume : une intellectuelle de la pensée souverainiste et républicaine

Décès de Coralie Delaume : une intellectuelle de la pensée souverainiste et républicaine© Christophe Mouton pour Les Rencontres Républicaines
Coralie Delaume intervenait régulièrement dans des conférences (image d'illustration).

De nombreux politiques de Jean-Luc Mélenchon à Julien Aubert, en passant par Jean-Pierre Chevènement ont salué la mémoire de l'essayiste Coralie Delaume. Décédée le 15 décembre, elle était une infatigable combattante pour la souveraineté nationale.

Coralie Delaume n'est plus en ce 15 décembre. Un cancer a eu raison de cette guerrière, qui laissera sans nul doute un vide intellectuel dans la pensée «souverainiste». Officier de l'armée de terre, elle est parvenue à déjouer certains clichés que d'aucuns pourraient avoir sur les militaires. S'inscrivant dans une lutte pour élever la pensée intellectuelle, Coralie Delaume a débuté ses réflexions dans un blog, l'Arène nue, qui va rapidement être une source pour les républicains de gauche et de droite, attachés à la souveraineté nationale.

Si son premier article sur cette plateforme date de 2010 et cible un activiste panafricain, Kémi Seba, elle lance concrètement son activité de blogueuse à partir de 2011. Mêlant le second degré et le sérieux, ses articles défendent particulièrement l'universalisme, la nation ou la souveraineté de la France. Elle ne s'en cachait pas : elle était partisane d'une alliance entre les pourfendeurs de l'Union européenne pour battre ce qu'elle nommait des alternances du «pareil au même». En ce sens, en 2011, quelques mois avant la présidentielle de 2012, elle écrivait : «A quel moment se produira le grand "renversement des alliances" qui semble désormais nous pendre au nez, ni ce qui en résultera. Une vaste union des communistes aux gaullistes façon "Conseil national de la Résistance" ? Une recomposition de la gauche sous l’impulsion de Chevènement, de Montebourg, et à présent de Mélenchon ? Tout est infiniment plus désirable, quoiqu’il arrive, que la reconduction, en mai 2012, du pareil au même.»

Dans un article pour Marianne en mars 2020, elle dénonçait avec sa plume acérée «l'extrême-centre», dont font partie pour elle "Les Républicains [LR]", le "Parti socialiste" ou "En marche". Quoi qu'il arrive, selon Coralie Delaume «c'est toujours la même politique qui est menée». «Une politique néolibérale faite d'européisme indépassable, d'austérité budgétaire, de libre-échange et de déflation salariale», ajoute-t-elle.

Une spécialiste de la question européenne

Entre 2014 et 2019, elle écrit quatre livres pour dénoncer l'euro comme monnaie unique, la construction européenne, la soumission des peuples à cette UE – qu'elle compare à «Frankenstein» – ou la crise démocratique due au néolibéralisme. Elle sera ainsi régulièrement invitée à des conférences pour expliquer, analyser, prévenir. 

L'essayiste est aussi l'une des principales voix pour dénoncer les privatisations en France, à l'instar de celle des Aéroports de Paris en 2019. En effet, comme elle l'énonce le 16 septembre de cette année-là (lors d'un débat public sur la souveraineté de la France), «la question de la souveraineté nationale ce n'est pas seulement vis-à-vis de l'Union européenne mais c'est aussi aussi vis-à-vis du marché, du capital et cela concerne aussi les accords de libre-échange». 

Défendant une Europe des nations, une Europe à géométrie variable, elle était effectivement sceptique sur l'idée politique du Frexit, alors même que son travail peut convaincre que la France n'a d'autre choix. Pour elle, il faut donc d'abord effectuer le bon diagnostic pour convaincre les Français que l'avenir ne passe pas par l'UE. Dans un livre La fin de l'Union européenne et dans une interview pour Le Figarovox elle anticipe de fait un scénario : «Le Frexit me semble politiquement invraisemblable. Pour autant, je ne crois pas non plus à la survie à long terme du monstre supranational que nous avons créé – ni à celle de la monnaie unique. Je ne vois donc qu’un scénario plausible, celui du choc externe provoquant l’éclatement.»

Elle n'hésite pas non plus à montrer une certaine lassitude, lorsque certains activistes du Frexit souhaitaient la pousser à défendre publiquement une sortie pure et dure de l'Union européenne. Dans un tweet, elle s'amuse à dire à l'un de ses interlocuteurs : «Répéter sans cesse Frexit n'a qu'un seul effet : irriter jusqu'aux gens qui ne vous sont pas hostiles.»

Proche des chevènementistes, nombre d'entre eux ont témoigné leur émotion. L'ancien ministre Jean-Pierre Chevènement observe : «Aller à contre-courant de la doxa, spécialement quand il s'agissait des dérives européistes, ne l'effrayait pas». «Cette rigueur, alliée à un travail soutenu, était au service d'une vision républicaine de notre avenir», poursuit-il dans un communiqué.

Ancienne cadre du Mouvement républicain citoyen (MRC, parti fondé par Jean-Pierre Chevènement), l'intellectuelle et militante pour la cause républicaine et féministe, Fatiha Agag-Boudjahlat a regretté que les médias ne «parleront pas» du décès, alors que la France a «perdu une vraie intellectuelle [...] qui n’avait pas honte d’assumer d’aimer la France et la République».

Pour l'ancien porte-parole du MRC et élu de Belfort, Bastien Faudot, Coralie Delaume «était celle qui pensait juste, qui dosait, qui osait». «Sans Coralie, l’arène (celle du débat intellectuel et des combats politiques) est vraiment nue», complète-t-il.

Indéniablement, Coralie Delaume était respectée de gauche à droite, y compris de politiques dont elle n'était pas forcément proche. Le leader de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, y est allé de son petit mot sur Twitter : «Tristesse : le décès de Coralie Delaume est un crève-cœur pour l'amitié comme pour l'esprit. Pensées très émues à ses proches.»

L'ancien ministre socialiste, Arnaud Montebourg, note l'«acuité intellectuelle, l'intransigeance et la passion de la France [de Coralie Delaume]» qui a «tant apporté» au débat public. 

L'eurodéputé d'Europe Ecologie Les Verts, David Cormand admire «l’intelligence généreuse» de l'essayiste qui «nourrissait, sur le fond comme sur la forme, des débats féconds, exigeants et bienveillants».

A droite, le député LR et président du mouvement gaulliste Oser La France, Julien Aubert, a aussi exprimé sa «tristesse». Il considérait Coralie Delaume comme «une femme d’engagement et de combat pour la France et sa souveraineté».

La présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen estime quant à elle que Coralie Delaume laisse à la France «une importante contribution intellectuelle au combat pour la souveraineté française face aux dangers du fédéralisme européen».

Républicaine convaincue, Coralie Delaume avait 44 ans.

Bastien Gouly

Raconter l'actualité

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans les commentaires sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

En cliquant sur chaque option, vous pouvez contrôler l'activation ou la désactivation du dépôt des cookies et de la création des profils : le bandeau de couleur indique si le dépôt de cookies et la création de profils sont autorisés (vert) ou refusés (rouge). Les cookies techniques (cookies de session, d'authentification et de sécurité) sont indispensables au bon fonctionnement de nos services et ne peuvent être désactivés.
OK

Ce site utilise des cookies.

En poursuivant votre navigation, vous acceptez l'utilisation, de la part de RT France et de tiers, de cookies et autres traceurs à des fins de mesure d'audience, partage avec les réseaux sociaux, personnalisation des contenus, profilage et publicité ciblée. Pour paramétrer l’utilisation des cookies veuillez accéder dans la rubrique «Paramétrer vos choix» et pour plus d’informations, nous vous invitons à consulter la rubrique «Politique de Confidentialité»