«On a le sentiment d’être dans un pays de non droit» : les récits de maires agressés

«On a le sentiment d’être dans un pays de non droit» : les récits de maires agressés© SEBASTIEN BOZON Source: AFP
reportage
L'écharpe tricolore, l'un des insignes des maires français, prise en photo à Saulx le 7 janvier 2020 (image d'illustration).

Coups, menaces, insultes... des maires et adjoints, dont les agressions se multiplient, attendent une plus grande protection des autorités. Deux édiles ont témoigné auprès de RT France de ce phénomène en augmentation de 17% par rapport à 2019.

Les témoignages de maires victimes d'agressions se multiplient. Dans une interview à Ouest France, Francis D’Hulst, maire délégué de Portbail (Manche) explique que, le 6 août, après avoir été alerté par des habitants de sa commune, il s'est rendu sur les lieux d'un camping sauvage pour signaler aux campeurs installés entre la pinède et la dune que cette pratique est interdite.

Ce même individu est arrivé derrière moi et m'a balancé deux coups de poing dans la nuque et sur le haut de l'omoplate

«Il y avait trois copains, âgés d’environ 25 ans, autour d’un feu de camp. J’ai décliné ma fonction de maire délégué et je les ai invités à démonter la tente et à partir. Ils ont refusé, prétextant qu’ils ne possédaient pas de véhicule. J’ai insisté sur la sensibilité de l’environnement. Parmi les trois individus, l’un s’est alors excité et m’a insulté en menaçant de mettre le feu à ma voiture.», explique-t-il. Auprès de RT France le 18 août, il relate encore : «Ce même individu est arrivé derrière moi et m'a balancé deux coups de poing dans la nuque et sur le haut de l'omoplate.»

Le maire se dirige alors vers sa voiture pour prévenir la gendarmerie. «J’ai aussitôt appelé les gendarmes, arrivés dans le quart d’heure suivant les faits. Ils ont interpellé l’individu et l’ont embarqué. J’ai déposé une plainte à la gendarmerie pour cette agression.», poursuit-il dans les colonnes du quotidien du grand Ouest.

L'agresseur de Francis d'Hulst s’est vu imposer un rappel à la loi. «Cela me désole, parce qu’on a le sentiment d’être dans un pays de non droit.», s'indigne-t-il. Le dossier a été classé sans suite. Après cette agression, Agnès Le Brun, vice-présidente et porte-parole de l’Association des maires de France (AMF), déplorait auprès de l’AFP que «la réponse pénale ne soit pas au rendez-vous», regrettant que les auteurs d’agressions ne répondent pas plus vite de leurs actes devant la justice et que les maires soient esseulés face à des «actes délictueux».

Pierre Emmanuel Bégny, ancien maire de Saâcy-sur-Marne, a lui aussi témoigné sur RT France après avoir été victime de plusieurs agressions, dont l'une un soir de 14 juillet : «On avait un bal, je sors de la voiture et là une personne éméchée commençait un peu à insulter la police municipale. Il se rend compte que je suis le maire et à ce moment-là il me chope par le cou. Il veut me mettre des coups de poing, il essaie de me mettre de par terre, etc. Cest une agression sans doute lambda pour les élus locaux. Mais qui, quand vous la recevez, est assez violente psychologiquement.» Des faits qui l’ont, entre autres, poussé à ne pas se représenter comme candidat à la mairie de sa commune en 2020.

233 maires ou adjoints agressés physiquement depuis le mois de janvier 

D’après des chiffres du ministère de l’Intérieur révélés par le Journal du Dimanche le 8 août, 233 maires ou adjoints ont été agressés physiquement depuis le mois de janvier. Ils étaient 198 à la même époque l’année dernière, soit une augmentation de plus de 17%. Une tendance qui se confirme d'année en année : en 2019, 383 faits de violence ont été recensés, contre 361 en 2018.

Depuis le début de l'été, les agressions s'enchaînent : le 4 août, celle du maire de Saint-Philippe-d'Aiguille (Gironde), le 7 août celle du maire de Croisilles (Pas-de-Calais), poussé à terre après avoir été appelé pour tapage nocturne. Hospitalisé pour blessures légères, il a décidé de porter plainte. En juillet, trois mineurs étaient mis en examen pour violences aggravées envers le maire de Miribel-les-Echelles (Isère). Au mois d'août 2019, Jean-Mathieu Michel, maire de Signes, était renversé par une camionnette dont il voulait verbaliser les occupants qui jetaient illégalement des gravats.

Après l’agression du maire de Saint-Philippe d’Aiguille, le Premier ministre Jean Castex a qualifié le lendemain ce type de violences d’ «inadmissibles».

Philippe Bas, président Les Républicains de la commission des lois du Sénat, a écrit au Premier ministre le 6 août pour lui répondre : «Je dis au Premier ministre qu'il faut absolument mettre en place dans les préfectures une cellule qui apporterait conseils, accompagnement et soutien, y compris moral, aux maires et à leurs adjoints en cas d'agression. Car le maire est souvent tenté dans ces ­situations de se décourager et de laisser tomber. Or nous ne devons rien laisser passer.»

En décembre 2019, la loi Engagement et proximité a renforcé la protection juridique des maires, insuffisante et «pas efficace» selon Philippe Laurent, maire de Sceaux et secrétaire général de l’Association des maires de France, interrogé par le JDD

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