Roselyne Bachelot est-elle vraiment si populaire ?

Roselyne Bachelot est-elle vraiment si populaire ?© Philippe Wojazer Source: Reuters
Soutien de Nicolas Sarkozy, Roselyne Bachelot porte ici le maillot de l'équipe de France au cours d'un match de football à Saint-Denis, le 2 juin 2007 (image d'illustration).

Présentée par certains sondages et experts comme une ministre populaire, Roselyne Bachelot a pourtant été fortement critiquée durant sa carrière politique. La majorité présidentielle a évidemment tout intérêt à ce que la France ait la mémoire courte.

A entendre ou lire certains médias et experts, la nouvelle ministre de la Culture serait populaire. Un dernier sondage d'Harris Interactive pour LCI, publié le 7 juillet, affirme même que 59% des Français ont confiance en Roselyne Bachelot. Il faut dire qu'avec la crise du Covid-19, le matraquage médiatique a permis de réhabiliter la septuagénaire.

Tandis que la France essuyait une pénurie de masques, d'aucuns se sont remémorés que celle-ci, alors ministre de la Santé de Nicolas Sarkozy en 2009, n'avait pas hésité à effectuer des achats massifs de vaccins pour répondre à l'éventuelle pandémie de grippe H1N1. Critiquée de toutes parts à l'époque pour les coûts engendrés, la voilà considérée comme une politique responsable, avant tout soucieuse de la vie de ses concitoyens.

Mais, en isolant cet épisode, les experts des plateaux TV et la majorité présidentielle ont eu la malice d'occulter certaines interrogations de l'époque que la décision de Roselyne Bachelot avait engendrée, au-delà de la «surcommande» de vaccins. Comme le rappelait l'AFP le 17 avril 2010, «nombre de médias [ont souligné] les possibles conflits d'intérêt des experts gouvernementaux travaillant pour des laboratoires, laissant planer le doute sur leur intégrité. D'autres [ont remarqué] que les contrats d'achat de vaccins ont été signés "dans la plus grande opacité"». La polémique sur les commandes de vaccins soulevait ainsi plusieurs problématiques.

Des débuts comme ministre de l'Ecologie en 2002, et déjà les premiers couacs

D'autre part, comment peut-on oublier la carrière tumultueuse de Roselyne Bachelot ? Tout au long de son parcours politique, elle aura eu bien du mal à se détacher de l'image de gaffeuse, cumulant les bourdes.

Elle se distingue rapidement dès le début de sa carrière dans les ministères. Héritant du portefeuille de l'Ecologie entre 2002 et 2004, elle n'hésite pas à recommander par exemple aux automobilistes, en pleine canicule de 2003, de «garer les voitures à l'ombre». Une infantilisation des Français qui peut étonner de la part de celle qui a dénoncé le 2 juillet 2020, lors d'une commission d'enquête sur la crise sanitaire, un «pays infantilisé», attendant «tout du seigneur du château» ?

Parmi ses fausses notes les plus emblématiques, la ministre se fait aussi rapidement fustiger par l'opposition en repoussant de deux semaines sa visite dans le sud de la France, sinistré par les crues en septembre 2002. La presse, également, s'étonne de cette absence. Pendant que les autres ministres défilent sur le territoire pour soutenir les victimes, la principale concernée, pour sa part, attend. Dans une interview, elle prononce du reste des phrases qui choquent l'opinion publique, considérant qu'«il y a toujours eu des cataclysmes» et que «les habitants des zones inondées vivent avec, tel le paysan du Nil».

Autre couac, plus léger mais politiquement maladroit, Roselyne Bachelot s'est illustrée en 2003 pour avoir révélé l'existence du sonotone du président Jacques Chirac. Ce secret qui devait maintenir la figure d'un chef de l'Etat encore valide et fringuant créera un malaise palpable dans l'entourage du président. A peine un an après son entrée au gouvernement, Roselyne Bachelot se fait ainsi tancer dans son propre camp. Dans Libération, du 27 mars 2003, Nicolas Hulot – qui conseille à l'époque Jacques Chirac sur les questions environnementales – la présente d'ailleurs comme une «erreur de casting». Les Guignols de l'info s'en donnent en outre à cœur joie. Roselyne Bachelot déplore qu'on la présente alors «comme la ménagère de moins de 50 QI».

En 2004, lors d'un remaniement, Jean-Pierre Raffarin l'écarte. Roselyne Bachelot va ensuite rallier Nicolas Sarkozy qui, lors de son accession à l'Elysée, en fait sa ministre de la Santé et des Sports (2007-2010) puis des Solidarités (2010-2012).

Une ministre de la Santé controversée

Elle sera l'artisan de loi dite «Bachelot», ou «Hôpital, patients, santé et territoire», promulguée en juillet 2009. Cette réforme de l'hôpital crée des remous, ses adversaires dénonçant la primauté de la logique économique sur celle de la santé, avec un pouvoir accru du directeur d'hôpital sur les médecins.

Elle met aussi en place le «protocole» Bachelot, le 2 février 2010, qu'Elise Lucet pour France 2 déterre en mai 2020 dans «Cash Investigation». Dans ce protocole, Roselyne Bachelot promeut une hausse de salaire des infirmiers en contrepartie d'un départ à la retraite repoussé de cinq ans et de la suppression de la notion de pénibilité pour la profession. A l'Assemblée nationale, Roselyne Bachelot se justifie en affirmant que «l'espérance de vie des infirmiers et des infirmières à 55 ans est de 31,6 ans, exactement comme la moyenne des femmes françaises». Sauf que «Cash Investigation» note que ces chiffres, émanant de la Caisse nationale des retraites du personnel hospitalier, écartent les décès d'infirmières avant leur départ à la retraite. A l'époque, les infirmiers font montre de leur colère et un seul syndicat signe le protocole : le Syndicat national des cadres hospitaliers (regroupant principalement, d'après «Cash Investigation», les directeurs d'hôpitaux).

Autre prise de position controversée : en 2010, elle déclare cautionner les salles de shoot (salles d'injection de drogues), Matignon rejetant alors la proposition de la ministre. La droite UMP (ex-Les Républicains) adresse même un communiqué pour dénoncer cette position. Elle obtient tout de même le soutien de quelques élus UMP comme Nadine Morano.

Les Français n'avaient pas une bonne opinion de Roselyne Bachelot avant sa première retraite politique

Haute en couleur, elle passe souvent pour une ingénue. Ses prises de parole ne l'aident pas, comme en 2008 lorsqu'elle délivre son sentiment après être rentrée dans le vestiaires des champions du monde français de handball : «Dans les vestiaires, nous n'avions qu'un mot : énorme !» En 2012, voulant féliciter les handballeurs après leurs performances aux Jeux olympiques de Londres, elle les appellera, «nos basketteurs».

Tous ces faits ont forgé l'image politique et médiatique de Roselyne Bachelot jusqu'à sa retraite provisoire. En conséquence, elle n'a jamais été vue comme une personnalité de premier rang pouvant jouer un rôle politique plus important, comme le confirme le baromètre de Kantar–TNS. A la question, «souhaitez-vous lui voir jouer un rôle important au cours des mois et des années à venir ?», les Français ont répondu favorablement à 32% seulement en juin 2007 pour atteindre 15% en mai 2012.

De saltimbanque à un retour en politique

Concernant sa popularité, l'Ifop témoigne également d'une cote faible. En décembre 2011, quelques mois avant la présidentielle, elle n'atteignait ainsi que 40% de «bonnes opinions», loin derrière Jacques Chirac (73%), François Bayrou (64%), François Hollande (54%) ou Jean-Luc Mélenchon (46%).

Après 2012 et l'échec de Nicolas Sarkozy à un nouveau mandat, Roselyne Bachelot entame sa reconversion. Elle participe à des émissions en tant qu'animatrice et chroniqueuse, faisant parfois hurler les politiques par son attitude, à l'image de son embrassade de postérieur dans une émission sur Comédie+ ou lorsqu'elle se met en février 2014 à danser et à rapper dans une émission sur D8 (ex-C8) au côté de La Fouine. Pour ce même programme, elle se lancera dans la dégustation de pénis en chocolat. Ce côté égrillard, Roselyne Bachelot l'assume, notamment dans les émissions de Cyril Hanouna. De fait, quand elle annonce en 2017 quitter définitivement la vie politique et avoir pris cet engagement avant 2012, cela semblait crédible.

Mais la voilà de nouveau dans l'arène politique à la suite d'un remaniement. Son passé donne déjà du grain à moudre pour contester sa droiture. D'autant plus qu'elle-même réfuta en 2014 sur D8... le principe même du «remaniement», une procédure selon elle, «absurde qui perturbe l’administration de l’Etat et nuit à sa continuité». Sans aucun doute, Roselyne Bachelot a adopté les codes du «en même temps».

Bastien Gouly

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