Auditionné à l’Assemblée nationale, Christophe Castaner réagit aux propos du préfet Didier Lallement

Auditionné à l’Assemblée nationale, Christophe Castaner réagit aux propos du préfet Didier Lallement© Alain Jocard Source: Reuters
Le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, à l'Assemblée nationale le 7 avril 2020 (image d'ilustration).

Devant le mission d'information de l'Assemblée nationale sur la pandémie de coronavirus, Christophe Castaner a dû répondre des propos polémiques de Didier Lallement sur le confinement, mais aussi sur le manque de matériel dans la police.

Après Nicole Belloubet la veille, Christophe Castaner s’est présenté, ce 9 avril, devant la mission d'information de l’Assemblée nationale sur l'épidémie de Covid-19. Questionné par de nombreux députés sur la déclaration polémique faite, le 3 avril, par le préfet de Paris Didier Lallement, qui avait estimé que «ceux qui sont aujourd'hui hospitalisés, ceux qu'on trouve dans les réanimations, ce sont ceux qui au début du confinement ne l'ont pas respecté», le ministre de l’Intérieur a évoqué des propos «inexacts, maladroits et faux».

«Il a regretté ses propos et s’en est excusé», a ajouté Christophe Castaner, laissant ainsi penser que le haut-fonctionnaire pourrait conserver sa place malgré les nombreux appels à la démission lancés aussi bien à gauche qu’à droite.

Un soutien qui ne convainc pas Jean-Pierre Colombies, ancien commandant de police, qui décrypte pour RT France : «Je suis intimement convaincu que Didier Lallement ne restera pas en poste dans ces conditions. Je pense que la décision est prise, par le ministre de l’Intérieur ou plus probablement par Emmanuel Macron, et que Christophe Castaner l’a défendu pour la forme.»

Il précise toutefois qu’il ne faut pas s’attendre à ce que le préfet de Police de Paris soit remercié dans les semaines à venir. «Cela serait perçu comme un aveu de faiblesse et la contestation sociale va être considérable après toutes ces provocations donc il va être difficile de lui trouver un remplaçant. L’exécutif semble devoir s’accommoder de Didier Lallement pour le moment», explique-t-il, regrettant que le préfet «n’ait pas compris qu’il était fonctionnaire et non homme politique».

«Ces errements sont le résultat d’une chaîne d’irresponsabilité entamée sous les quinquennats précédents et dont Emmanuel Macron n’est que la continuation. Le président de la République se retrouve enfermé, sans colonne vertébrale politique, et avec un ministre de l’Intérieur qui n’est visiblement pas l’homme de la situation puisqu’il n’a eu de cesse de souffler sur les braises de la contestation sociale au lieu d’œuvrer au maintien de la cohésion du pays», poursuit celui qui a passé 34 ans au sein de la police.

1 400 contaminés parmi les fonctionnaires du ministère de l’Intérieur

Si la question de l’avenir de Didier Lallement reste pour le moment en suspens, Christophe Castaner a également annoncé les premiers chiffres officiels des fonctionnaires malades du Covid-19 au sein du ministère de l’Intérieur. Il a fait état de 1 400 personnes touchées par le coronavirus de manière «avérée» et a souligné souhaiter «que le Covid-19 soit inscrit au tableau des maladies reconnues comme étant professionnelles», notant en avoir fait la demande aux ministres concernées, le 7 avril, pour les agents ayant été en contact avec la population.

«Ce chiffre représente les contaminations avérées mais en réalité, sans tests généralisés pour les policiers, comme pour tous les personnels de santé par exemple, il est impossible de se rendre compte de l’ampleur du phénomène et l’information doit donc être relativisée», assure l’auteur de 34 : Police déconnexion (Edilivre-Aparis, 2019). «Les policiers sur le terrain ont avant tout besoin de protections adéquats et en quantité suffisante ce n’est pas le cas», regrette-t-il.

Des accusations récurrentes de pénuries de matériel au sein des forces de l’ordre qui ont fait réagir Christophe Castaner. «Dès le début du mois de mars […] j’ai veillé à ce que des kits de protections soient disponibles dans tous les véhicules de patrouille ou d’intervention auprès de ceux qui sont chargés de recevoir le public dans les commissariats, les brigades de gendarmerie ou les guichets de préfecture», a-t-il fait valoir, annonçant que le ministère de l’Intérieur avait commandé «40 millions de masques», mais que seulement 100 000 seraient disponibles immédiatement pour la police, grâce à une commande de 2,5 millions d’unités, arrivée de Chine les 3 et 4 avril.

«Le ministre de l’Intérieur se rend encore coupable de mensonge ici. Il y a eu des injonctions envers certains policiers, pourtant au contact de la population, à ne pas porter les masques. La situation est très difficile à supporter pour les hommes de terrain. On répète à l’envi que l’on va acheter des masques en masse mais rien ne se passe», tance de son côté Jean-Pierre Colombies.

«Le nombre de CRS qui n’attendent qu’une seule chose pour lever la crosse en l’air est considérable. Ceux qui prennent les décisions ne sont pas des opérationnels. Que Castaner, Nunez et Lallement aillent se faire doter d’un gilet pare-balles et d’un casque lourd afin qu’ils de frottent aux black-blocks ou aux identitaires pour connaitre la réalité du terrain», suggère-t-il.

Christophe Castaner assure que l'Etat veille

Interrogé par le député LR Eric Ciotti sur «la menace sécuritaire et terroriste au lendemain de la crise sanitaire», faisant valoir son inquiétude quant aux libérations de détenus annoncées par Nicole Belloubet, Christophe Castaner a noté que «personne n’a baissé la garde sur la prévention et la lutte contre le terrorisme […] Tous nos dispositifs continuent à fonctionner». «Aucun détenu incarcéré pour terrorisme n’a été libéré […] Au 3 avril il y avait 853 personnes incarcérées pour des délits de droit commun suivies pour radicalisation et nous avons mis en place un dispositif spécifique pour accompagner la sortie de chacun, y compris pour les fins de peine», a-t-il argumenté.

Mais comme le confirme Jean-Pierre Colombies, la situation de sortie de crise pourrait être bien plus explosive. «Il y a une fracture de longue date entre la société et sa police et elle est loin d’être résorbée. Il faut que les politiques au pouvoir se saisissent rapidement du problème et comprennent que chacune de leurs interventions a un impact dans l’opinion publique et se répercute sur les fonctionnaires de police», conclut-il.

Enfin, le ministre de l’Intérieur a annoncé que 9,5 millions de contrôles et 568 000 verbalisations avaient été réalisés depuis le début du confinement. Selon le dernier bilan des autorités, daté du 8 avril, 10 869 personnes ont perdu la vie en France des suites du coronavirus. 30 375 restent encore hospitalisées dont 7 148 au sein d’un service hospitalier de réanimation.

Alexis Le Meur

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